Le Mouvement de la jeunesse palestinienne et Oxfam Danemark dévoilent, dans un rapport publié lundi 8 juin, comment l’armateur Maersk a poursuivi, depuis octobre 2023, la livraison de pièces de fusils et de pistolets, ainsi que de corps de bombes, à des fabricants d’armes israéliens. Et ce, malgré des affirmations contraires.
En mars 2025, le patron du groupe danois Maersk, Vincent Clerc, a affirmé auprès de ses actionnaires que le deuxième armateur mondial ne transporte jamais d’armes vers des zones de conflit actives. Dans un numéro d’équilibriste dont les capitalistes sont experts, l’homme d’affaires a expliqué, lors de la même allocution, que les 700 navires à sa charge sont néanmoins autorisés à transporter d’« autres cargaisons militaires » vers ces mêmes zones de guerre.
Si Vincent Clerc n’avait alors pas révélé la nature de ces « cargaisons militaires », le Mouvement de la jeunesse palestinienne (PYM) et Oxfam Danemark s’en sont chargés. Dans un rapport publié lundi 8 juin, les deux organisations non gouvernementales (ONG) révèlent, grâce à des registres d’expédition, comment la compagnie maritime a exploité le génocide commis par Israël dans la bande de Gaza pour s’enrichir.
Destinée à la confection de bombes
Oxfam Danemark et le PYM recensent ainsi comment Maersk s’est attelé, entre octobre 2023 et juillet 2025, à maintenir des courroies de transmission entre neuf producteurs de pièces états-uniens ou indiens et Elbit Systems, le plus grand producteur d’armes d’Israël. L’armateur a par exemple transporté plus de 1,42 million de kilogrammes de noyaux de balles et de coupelles d’étuis en laiton des entreprises Aurubis Buffalo (New York), Sierra Bullets (Missouri) et Michigan Rod Products (Michigan).
Ces centaines de milliers de pièces – utiles pour la fabrication d’étuis de cartouches pour fusils – étaient destinées à IMI Systems, ancien producteur militaire public israélien, racheté par Elbit Systems en 2018. Maersk a également transporté vers Israël des pièces provenant de General Dynamics (Texas), désignée comme fournisseur des enveloppes de bombe MK-84, et d’Elbit Systems of America (Caroline du Sud), désignée comme fournisseur de la bombe de la série MPR, 230 kilogrammes au compteur.
L’entreprise indienne Sri Kaliswari Metal Powders a quant à elle pu livrer 60 000 kilogrammes de poudre d’aluminium destinée à la confection de bombes israéliennes, grâce au concours de Maersk. Entre novembre 2023 et juillet 2024, l’armateur a livré près de 40 000 kilogrammes de composants pour mortiers — des pièces forgées pour le tube, la culasse et des ensembles de joints — destinés à Elbit Systems en Israël.
Ces expéditions provenaient de divers fournisseurs à travers les États-Unis, notamment Trinity Forge Inc. (Mansfield, Texas), International Parts Supply Corp (Edina, Minnesota) et Ellwood National Forge (Irvine, Pennsylvanie).
« Les forces israéliennes ont utilisé (ces) munitions pour armes légères de 5,56 mm et 7,62 mm, (ces) mitrailleuses montées sur chars, (ces) bombes aériennes et (ces) obus de mortier contre des civils palestiniens à Gaza, y compris des enfants, des journalistes, du personnel médical, des personnes déplacées, des ambulances et des habitations civiles », rappellent PYM et Oxfam Danemark.
Un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars
Les fragments de balles que Maersk auraient par exemple été utilisés pour le meurtre de Hind Rajab, enfant palestinienne âgée de cinq ans, de sa famille et des secouristes qui ont tenté de la sauver en 2024, comme d’innombrables civils gazaouis. Les composants pour les bombes « anti-bunker » MK-84, de 900 kilogrammes, ont quant à eux servi dans les massacres israéliens dans la bande de Gaza et au Liban.
Leur principal partenaire, Elbit Systems, fournit près de 85 % des drones et des équipements militaires terrestres d’Israël. Le rôle du fabricant d’armes dans le génocide à Gaza – au moins 72 980 Palestiniens tués et 173 171 blessés à ce jour, selon le ministère de la Santé gazaoui – est donc indéniable.
Elbit Systems en a même tiré des profits records : 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. De quoi permettre à Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies pour la Palestine, d’annoncer que « le génocide en cours a été une entreprise lucrative » pour l’entreprise.
Contacté par Middle East Eye, Maersk a affirmé avoir « maintenu une politique stricte de non-expédition d’armes ou de munitions vers Israël » depuis octobre 2023. « Nos processus de conformité pour les cargaisons à vocation militaire reposent sur les législations européennes, américaines et danoises, la liste commune des armes de l’UE et le Règlement international sur le trafic d’armes (ITAR), ainsi que sur les résolutions des Nations Unies », ajoute l’entreprise danoise.
Dans une déclaration de juillet 2025, l’entreprise avait annoncé la réévaluation de sa collaboration avec des entreprises liées aux colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Le fruit d’une mobilisation sur la durée des institutions et groupes de soutien au peuple palestinien.
Face au maintien de ses partenariats avec Israël, une manifestation avait été organisée le 25 février 2025, devant le siège de la compagnie, à Copenhague. Le rassemblement, auquel participait Greta Thunberg, a été réprimé à coups de matraques et de gaz lacrymogène par les autorités. Ces nouvelles révélations viennent appuyer leurs revendications.
Tom Demars-Granja
L'Humanité du 09 juin 26
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire