Entre Israël et le Liban, un accord qui ne prévoit pas la fin de l’occupation

 

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Israël, le Liban et les États-Unis ont signé vendredi 26 juin à Washington un accord-cadre visant à trouver « une paix durable » entre les deux pays. Mais Israël assure que son armée restera au Liban jusqu’au désarmement du Hezbollah. Celui-ci rejette l’accord. Une « capitulation face à Israël », dénonce de son côté le dirigeant libanais Walid Joumblatt joint par l’Humanité.

Le Liban et Israël ont annoncé avoir signé un accord à Washington, sous les auspices des États-Unis et plus précisément de Marco Rubio, son secrétaire d’État. L’aboutissement de plusieurs jours de pourparlers visant, officiellement, à mettre fin aux combats entre l’armée israélienne et les combattants du Hezbollah. Un texte en 14 points, présentée par chacune des deux parties comme une victoire. Selon le quotidien libanais L’Orient le jour, il prévoit la reconnaissance mutuelle entre les deux États. Ce qui, implicitement, signifie reconnaissance d’une souveraineté territoriale. Or, le mot « occupation » n’est jamais utilisé, ni celui de « retrait » israélien qui n’est pas évoqué, et encore moins un calendrier et des modalités. Tout est conditionné à la situation sécuritaire et au désarmement du Hezbollah. Les autorités israéliennes se sont empressées de considérer qu’il s’agissait d’une autorisation implicite à poursuivre ses attaques dans le périmètre instauré par la ligne jaune (du même ordre que celle en place à Gaza et qui est en permanence déplacée permettant à Israël de grappiller toujours plus de territoire).

Tel-Aviv restera seul juge d’un désarmement réel
Le président libanais, Joseph Aoun, peut bien expliquer qu’il s’agit d’un « premier pas » vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans « occupation », « subordination », ni « tutelle », Benyamin Netanyahou, lui, a été on ne peut plus explicite. « Le point le plus important est qu’Israël restera dans la zone de sécurité dans le sud du Liban. C’est une réussite majeure, et nous maintiendrons notre présence là-bas tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé et tant qu’il y aura une menace pour l’État d’Israël », a lancé tout sourire le premier ministre israélien. « Nous continuerons à maintenir la zone de sécurité originale… Nous n’autoriserons ni le Hezbollah ni les civils à y entrer. Cela reste inchangé », a-t-il ajouté. Et pour être certain d’être bien compris, il a enfoncé le clou : « Le plus important, c’est qu’Israël rend une chose claire : notre sécurité passe avant tout. »
Benyamin Netanyahou a toutes les raisons d’être satisfait. D’autant qu’en plus de cette fameuse zone de sécurité, sont créées des « zones pilote » d’où l’armée israélienne se retirerait progressivement une fois vérifiée que l’armée libanaise a désarmé le Hezbollah. Aucun mécanisme n’étant vraiment défini, Tel-Aviv restera seul juge d’un désarmement réel. Marco Rubio a fait savoir que les États-Unis faciliteraient la mise en œuvre de l’accord par le biais d’un « Groupe de coordination militaire pour le Liban » tripartite. La France, censée contribuer à la mise en œuvre du cessez-le-feu de novembre 2024, déjà exclus de ce rôle par son allié américain, est maintenant définitivement sur la touche. Pourtant, un communiqué du Ministère français des Affaires étrangères souligne : « La France se tient prête à contribuer à la mise en œuvre de cet accord-cadre et à la réalisation de l’ensemble de ces objectifs. » Quant à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, elle veut croire que l’accord est une étape « cruciale » vers une désescalade dans la région.
Au-delà des déclarations, l’avenir s’annonce incertain et pourrait mettre en cause l’accord États-Unis/Iran lui-même. Encore une fois, c’est Benyamin Netanyahou qui a vendu la mèche. « L’Iran a essayé de nous forcer à nous retirer du sud du Liban par la pression. En fait, Israël, le Liban et les États-Unis leur disent : cela ne vous regarde pas. Vous n’avez aucun rôle au Liban… »

“Un accord honteux, qui représente un abandon de souveraineté”
Mais le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a dénoncé un accord-cadre « humiliant, honteux, (qui) représente un abandon de souveraineté (…) Ce sont les prévisions du protocole d’accord irano-américain qui doivent être appliquées ». Vendredi 26 juin, des partisans du mouvement chiite ont bloqué certaines artères de Beyrouth et notamment la route menant à l’aéroport. Le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a d’ailleurs affirmé sur la chaîne Al Mayadeen, que les autorités libanaises ne seraient pas en mesure d’appliquer l’accord à moins de « basculer dans la guerre civile » avec le soutien des États-Unis. Walid Joumblatt, leader de la communauté druze et du Parti socialiste progressiste, a réagi auprès de l’Humanité. « C’est une capitulation face à Israël », a-t-il dit. De fait, l’armée libanaise étant dans l’incapacité matériel et politique de s’opposer à l’occupation du sud du pays par les Israéliens, la mission qui lui est dévolue de désarmer le Hezbollah s’avère impossible. Cela vise également à empêcher toute lutte contre la présence israélienne au Liban. Israël a bombardé, samedi 27 juin, une zone proche de la ville de Nabatieh au sud du Liban.

Pierre Barbancey
L'Humanité du 28 juin 2026

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