Entre Israël et le Hezbollah, une trêve précaire au Liban sous la pression des Etats-Unis et de l’Iran

 

Des frappes israéliennes sur les collines autour de la ville de Nabatiyé (Liban), le 19 juin 2026. ABDULMONAM EASSA POUR « LE MONDE »
Un cessez-le-feu est en vigueur depuis vendredi après-midi, alors que l’escalade des hostilités mettait en péril le protocole d’accord entre Washington et Téhéran, mais l’Etat hébreu n’entend pas se retirer du sud libanais.
Un « cessez-le-feu » dans le « cessez-le-feu » et toujours autant d’incertitudes. Les Etats-Unis et l’Iran se sont érigés en garants de la nouvelle trêve imposée à Israël et au mouvement chiite Hezbollah au Liban. Aidés du médiateur qatari, ils ont pesé de tout leur poids, vendredi 19 juin, auprès des deux belligérants pour consolider la fragile cessation des hostilités décrétée dans le cadre du protocole d’accord irano-américain.
L’escalade meurtrière entre l’armée israélienne et le parti milice chiite, qui a fait quatre morts parmi les soldats israéliens et 47 morts au pays du Cèdre, vendredi, menaçait de faire dérailler les négociations techniques prévues, en Suisse, entre les négociateurs américains et iraniens. Celles-ci ont été temporairement suspendues, Téhéran exigeant au préalable le respect du cessez-le-feu au Liban. Israël et le Hezbollah ont confirmé être convenus d’un arrêt des combats à 16 heures, vendredi. Une baisse du feu a été constatée dans le sud du Liban, sans toutefois déboucher sur une cessation totale des affrontements.
Depuis qu’une nouvelle trêve a été imposée pour le pays du Cèdre, le 14 juin, dans le cadre du protocole d’accord ensuite paraphé à distance par les présidents américain, Donald Trump, et iranien, Massoud Pezeshkian, les combats entre l’armée israélienne et le Hezbollah n’ont pas cessé, de la même manière qu’ils avaient continué après le précédent cessez-le-feu du 16 avril. A quelques kilomètres au sud de Nabatiyé, la grande cité chiite du sud du Liban, les Israéliens tentent de consolider leurs positions autour de la forteresse de Beaufort, en s’emparant de la colline d’Ali Al-Taher. Le Hezbollah, qui y dispose de tunnels, lui oppose une forte résistance
L’armée israélienne a annoncé avoir tué « des dizaines » de membres du Hezbollah, vendredi, en riposte à la mort de quatre soldats dont le char a été touché peu après minuit dans la zone de Kfar Tebnit, près de Nabatiyé. Le déluge de feu qui s’est abattu en représailles sur le Liban, dans la région située autour de cette ville, ainsi qu’au sud du fleuve Litani et dans la plaine de la Bekaa, a fait 47 morts, dont deux enfants, et 97 blessés. « Au cours des dernières semaines, et y compris la nuit dernière, le Hezbollah a lancé des centaines de drones explosifs et des roquettes sur les civils et les soldats israéliens », a expliqué, vendredi, le porte-parole de l’armée, le brigadier général Effie Defrin, en faisant état de 150 bombardements conduits au Liban pour la seule journée de vendredi.
Les ministres israéliens d’extrême droite, comme à leur habitude, avaient appelé à aller beaucoup loin. « Pour chaque larme d’une mère israélienne, mille mères libanaises doivent pleurer », avait réclamé Itamar Ben Gvir (sécurité nationale), tandis que Bezalel Smotrich (finances et colonies), avait demandé d’« ouvrir les portes de l’enfer » sur le pays du Cèdre.

La crainte d’un enlisement
Le président libanais, Joseph Aoun, a dénoncé « une escalade dangereuse et condamnable », sapant « les efforts en cours » pour faire taire les armes après l’entente irano-américaine. Cette surenchère a été contenue grâce aux efforts entrepris par Doha, Téhéran et Washington.
« Les Qataris sont confiants. Ils estiment qu’il y a une chance pour que le cessez-le-feu se concrétise car les Américains ont pesé de tout leur poids sur les Israéliens, et les Iraniens sur le Hezbollah, pour que les tirs s’arrêtent. Mais, on est toujours sceptiques quand il s’agit d’Israël. [L’Etat hébreu] a-t-il vraiment intérêt à respecter le cessez-le-feu ? », commente une source gouvernementale libanaise. Selon cette même source, les Américains proposent un mécanisme de respect du cessez-le-feu par lequel une partie constatant une violation peut, avant de répliquer, les saisir pour qu’ils interviennent afin de contenir les combats.
Dans une conversation téléphonique avec le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, vendredi soir, le président libanais, Joseph Aoun, a insisté sur le fait qu’un « cessez-le-feu global » constituait une « base fondamentale » pour avancer dans les négociations directes avec Israël, qui doivent reprendre lundi à Washington. Le Liban espère obtenir, avec l’aide du parrain américain, un engagement de l’Etat hébreu à respecter une cessation permanente des hostilités et à se retirer des territoires qu’il occupe dans le sud du Liban, conformément au protocole d’accord signé entre les Etats-Unis et l’Iran. Un tel retrait est pour l’instant formellement refusé par Israël, ce que le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a répété, vendredi : « Israël restera dans la zone de sécurité au Sud-Liban aussi longtemps que nécessaire pour protéger les communautés du Nord ».
L’armée israélienne veut continuer d’occuper une zone d’une dizaine de kilomètres de profondeur dans le Sud-Liban. Les affrontements de ces derniers jours ont montré qu’elle cherchait encore à l’étendre. Jeudi, elle avait publié une nouvelle carte de la « zone de sécurité avancée » incluant la colline Ali Al-Taher, près de la citadelle de Beaufort. « Les événements récents ont mis une chose au clair : les soldats de Tsahal doivent se tenir entre le Hezbollah et les civils israéliens », indique le brigadier général Effie Defrin, son porte-parole. Une stratégie qui laisse craindre un enlisement.

La pression américaine sur Israël est extrêmement forte
Les médias israéliens ont multiplié ces derniers jours les témoignages de soldats s’inquiétant à l’idée de constituer des cibles faciles si l’armée devait rester durablement tout en ayant perdu sa marge de manœuvre pour frapper le Hezbollah et repousser les combattants du parti milice à distance. D’autant qu’elle n’a toujours pas trouvé de solution face aux drones utilisés par l’organisation chiite. Les quatre soldats tués dans la nuit de jeudi à vendredi auraient été touchés par l’une de ces armes. « Nous sommes en guerre contre un ennemi qui apprend et qui évolue », avait ainsi reconnu le commandant de leur bataillon, tué lui aussi vendredi, un lieutenant-colonel, dans une interview qu’il avait donnée au site Ynet il y a quelques semaines.
La réalité est qu’Israël n’est plus complètement maître de sa politique sur le dossier libanais. De fait, les Etats-Unis ont de nouveau imposé au gouvernement israélien une trêve dont il ne voulait pas, comme pour la guerre avec l’Iran, en avril, ou à Gaza, en octobre 2025.
La pression des Etats-Unis sur Israël est extrêmement forte. Après les mots très durs du vice-président, J. D. Vance, jeudi, Donald Trump a redit qu’il était le seul à décider et que l’Etat hébreu devait suivre sa volonté. « Allez-vous être en mesure d’empêcher Israël d’attaquer le Liban ? », lui a demandé, vendredi, un journaliste du site américain Axios. « Ouais. J’en serai capable. Ils ont beaucoup de respect pour moi, et ils font ce que je dis », lui a répondu le président américain.
Vendredi soir, le Washington Post a fait part de l’inquiétude des services de renseignement américains sur les capacités de Benyamin Nétanyahou à faire dérailler le cessez-le-feu et les négociations avec l’Iran, alors que le pays se trouve en pleine campagne électorale.

Par Hélène Sallon et Luc Bronner
Le Monde du 20 juin 2026

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