Torturés, humiliés, affamés… Après leur expulsion d’Israël, les membres de la flottille Global Sumud arrivent enfin à Paris

 


21 mai 2026, Istanbul, Turquie. À leur arrivée à l’aéroport international d’Istanbul, à bord d’un premier avion, les membres de la Global Sumud Flotilla ont été accueillis par un large comité de soutien. Les traces de blessures étaient visibles confirme l’AFP sur place.
© Abdelrahman Alkahlout/IMAGO/ZUMA Press Wire
Depuis leur arrestation illégale dans les eaux internationales par l’armée israélienne le lundi 18 mai, les membres de la flottille pour Gaza ont été expulsés vers la Turquie, jeudi 21. De nombreux militants vont arriver ce vendredi à Paris après avoir subi des crimes et des violences durant leur détention. Paris reste silencieux.
Les membres de la flottille pour Gaza ont été expulsés d’Israël jeudi 21 mai vers la Turquie et vont enfin arriver ce vendredi à Paris. Arrêtés illégalement par l’armée israélienne le lundi 18 mai, les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés.
Clavicules cassées, agressions sexuelles, décharges électriques, tortures, humiliations privations de sommeil… Les premiers témoignages des civils et citoyens qui étaient à bord confirment des conditions de détention inhumaines et des crimes commis par l’armée israélienne.
L’activiste néerlandaise Jesse Aletta van Schaik, qui se trouvait à bord de la flottille Global Sumud, raconte avoir été « enlevée » dans les eaux internationales avec des centaines d’autres personnes. Elle poursuit un récit glaçant : « Ils m’ont retiré mon chemisier et ont pris des photos. Puis ils nous ont maltraités toute la nuit, frappés. Menottée, ils m’ont trainée au sol quand je ne pouvais pas marcher. »

Des militants brisés
À leur arrivée à l’aéroport international d’Istanbul, jeudi, à bord d’un premier avion, les membres de la Global Sumud Flotilla ont été accueillis par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens.
Les traces de blessures étaient visibles confirme l’AFP sur place. Selon l’urgentiste Pascal André, qui fait partie du pôle médical de la Global Sumud Flotilla, joint par l’Humanité : « Plus d’une trentaine sont partis dans la soirée de jeudi ou dans la nuit à l’hôpital à Istanbul ».
Leur état est effrayant. « Je peux simplement vous dire que j’ai vu Malika, l’infirmière avec qui j’étais à bord l’année dernière, avec laquelle on était en prison, elle semble brisée. C’est-à-dire qu’elle était en pleurs, recroquevillée sur elle-même, elle n’ose plus parler, elle a le bras droit en écharpe. Étant donné son courage et sa force de caractère, cela signifie qu’elle a subi des choses terribles », constate Pascal André.
Scott, un Sud-Africain qui était aussi à bord du bateau de Malika a également été emmené « à l’hôpital » a brièvement détaillé son père. Il en est sorti jeudi soir pour aller porter plainte au commissariat avant de regagner l’hôtel.

Dès que je ferme les yeux, je revis les scènes
Depuis l’hôpital, Başakşehir Çam et Sakura, à Istanbul, Malika explique ce vendredi avoir dû réaliser « plusieurs scanners pour déceler une fracture » après les atrocités qu’elle a subi avec d’autres activistes de la flottille, ces derniers jours. Elle détaille pour l’Humanité sur cet instant où « dans le noir, trois hommes, tous cagoulés, m’ont tabassé sur le bateau militaire. Je leur ai dit d’arrêter car je n’arrivais plus à respirer. Ils m’ont répondu, être docteur et puis ils m’ont à nouveau roué de coups ». Malika prend une pause et reprend son récit, une fois en prison. « C’était pareil : de la torture, des positions de stress, c’était horrible, vraiment c’était horrible. Dès que je ferme les yeux, je revis les scènes et les défilent en boucle dans ma tête », décrit-elle.
D’autres témoignages décrivent les mêmes actes de tortures. Parmi la dizaine de citoyens Australiens présents sur la flottille, la militante Juliet Lamont affirme que les détenus ont subi des violences « systématiques » en détention. Elle affirme qu’ils ont été victimes d’agressions sexuelles, de tirs de pistolet à impulsion électrique, de coups et d’injections de sédatifs inconnus : « C’était une campagne de violence très planifiée pour que nous ne revenions pas. », estime-t-elle.
Bulal Kitay, un membre Turc qui compte repartir dès le prochain convoi de la flottille a dressé le même récit auprès de l’AFP : « Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n’a aucune importance. C’est ce que vivent en permanence les Palestiniens ».

Aucune aide des autorités françaises
Outre le silence, c’est l’inaction des autorités françaises qui est pointée. « L’État français n’a pas assuré l’accompagnement de ses concitoyens jusqu’en métropole, les billets d’avion depuis Istanbul étant à la charge des familles ou des associations de soutien aux Gazaouis via les flottilles », condamne les organisateurs de la Global Sumud Flotilla.
Ils espèrent que « des dispositifs réglementaires d’accueil, de soutien, d’évaluation et d’accompagnement médico-psychologiques, seront activés, comme nous le demandons explicitement au gouvernement, qui n’a, jusqu’alors, rien proposé ».
L’Europe n’a toujours pas revu sa position et sa relation économique avec Israël. En plus de ces dizaines de récits sur les crimes commis par les autorités israéliennes durant leur détention illégale, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, avait diffusé une vidéo – certes scandaleuse mais loin d’être inédite – de dizaines de militants de la Flottille pour Gaza (Global Sumud), agenouillés, la tête au sol et menottés dans le port d’Ashdod après l’arraisonnement de leurs bateaux.
Les réactions ont été encore une fois mesurées de la part des Vingt-Sept avec plusieurs convocations des ambassadeurs israéliens.
Côté français, Jean-Noël Barrot, a condamné « Les agissements de M. Ben Gvir » tout en renouvelant son hostilité à la flottille : « Nous avons indiqué à plusieurs reprises notre désapprobation de cette démarche. » Devant l’inaction des dirigeants européens, l’activiste néerlandaise Jesse Aletta van Schaik dénonce « une honte » alors que « chaque gouvernement continue à faire du commerce avec Israël. L’Europe est complice ».

L'Humanité du 22 mai 2026

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