Israël à l’Eurovision : entre boycott et manifestations, à l’approche de la finale, la mobilisation ne désarme pas

 

Lors de la première demi-finale, le mardi 12 mai, pendant la prestation de la chanteuse israélienne, des spectateurs ont lancé des slogans de solidarité avec les Palestiniens.
© LUKA KOLANOVIC/IMAGO/STEINSIEK.CH
Le concours, qui fête sa 70e édition, est soumis à de vives critiques en raison de la participation d’un représentant d’Israël, pays responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes depuis 2023. Entre protestations, boycott, manifestations, l’Eurovision, où la France est représentée par la jeune Monroe et sa chanson « Regarde » est en pleine tourmente.
Jamais l’Eurovision, dont la finale a lieu ce samedi 16 mai à Vienne en Autriche, n’aura subi autant de critiques. Jamais ce concours de chant, censé unir les pays d’Europe par la culture depuis 1956, soit 70 ans, n’aura déclenché autant de polémiques, et autant de boycott.
En cause, la participation d’Israël, cette année encore, au concours, alors que depuis plus de deux ans, le pays massacre les Gazaouis, les Palestiniens, et bombarde le Moyen-Orient tous azimuts, en massacrant au passage près de 100 000 personnes. Certains s’émeuvent aussi du « deux poids/deux mesures », avec l’absence, en miroir, d’un autre pays en guerre, la Russie, en conflit avec l’Ukraine.
Ce n’est pas la première crise géopolitique que traverse le concours, dont même les votes sont bien souvent soumis à des stratégies entre pays alliés. Mais cette année, et pour la première fois de son histoire, le refus est massif, et des pays historiquement importants se sont désistés.

Cinq pays boycottent
Cinq pays, l’Irlande, l’Islande, la Slovénie, l’Espagne et les Pays-Bas, boycottent cette édition. Ils n’ont donc pas envoyé de chanteurs à Vienne, où se déroule cette 70e édition. Ces pays ne retransmettent pas non plus la cérémonie, captée par l’Union Européenne de Radio-Télévision (UER). La télévision publique slovène RTV diffusera en lieu et place « La série thématique Voix de Palestine », a déclaré la chaîne dans un communiqué.
En Espagne, la RTVE a prévu un autre évènement musical. « La Télévision espagnole fêtera ses 70 ans, sept décennies durant lesquelles des millions de chansons de milliers d’artistes ont été diffusées. RTVE rend hommage à cet héritage et se tourne vers l’avenir à travers un nouveau numéro spécial de ‘La Casa de la Musica’ », a expliqué RTVE début mai. « Nous ne serons pas à Vienne, mais nous le ferons avec la conviction d’être du bon côté de l’histoire », a également affirmé le premier ministre Pedro Sanchez, ce vendredi 15 mai, dans une vidéo partagée sur le réseau social X..
La chaîne publique irlandaise RTE consacrera sa soirée à un épisode d’une sitcom nationale des années 1990, « Father Ted ».

Une mobilisation internationale
Des artistes du monde entier protestent aussi, dans une pétition rendue publique mardi 12 mai : près de 1100 d’entre eux, avec le soutien d’Amnesty International, et à l’instar de Peter Gabriel, de l’ex-membre des Pink Floyd Roger Waters, du groupe britannique Massive Attack, du musicien et producteur Brian Eno, ont appelé à boycotter l’Eurovision, en raison de la participation d’Israël au concours.
Leur lettre est publiée sur le site No Music for Genocide. Les signataires notent qu’ « En tant que musicien·ne·s et travailleur·euses culturels, dont beaucoup vivent dans la zone couverte par l’Union européenne de radio-télévision (UER), nous refusons que l’Eurovision soit utilisée pour blanchir et normaliser le génocide, le siège et l’occupation militaire brutale des Palestinien·nes par Israël ».
Lors de la première demi-finale, mardi, des spectateurs ont lancé des slogans de solidarité avec les Palestiniens pendant la prestation de la chanteuse israélienne qui s’est qualifiée parmi les 20 finalistes. Des militants propalestiniens ont par ailleurs prévu de protester en déposant des cercueils dans le centre de Vienne en vue de la finale samedi. Dans un communiqué, ils regrettent que, « malgré ses crimes, Israël ait l’opportunité d’être célébré cette semaine à Vienne comme une nation arc-en-ciel démocratique et pacifique ».

Caroline Constant
L'Humanité du 15 mai 2026

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