Israël : deux militants de la flottille pour Gaza maintenus en détention malgré les protestations internationales

 

L’activiste brésilien Thiago Avila, l’un des leaders de la Global Sumud Flotilla avec Saif Abu Keshek, comparaît devant un tribunal de Beersheba (Israël), le 6 mai 2026. AMIR COHEN/REUTERS
Un tribunal israélien a confirmé l’incarcération de ressortissants espagnol et brésilien, accusés d’« assistance et appartenance à une organisation terroriste ». Selon Madrid, Israël n’a fourni « aucune preuve » d’un lien entre l’Espagnol et le Hamas ; le premier ministre, Pedro Sanchez, a dénoncé un « kidnapping ».

Le Brésilien Thiago Avila et l’Espagnol Saif Abu Keshek resteront en prison à Ashkelon, en Israël, au moins jusqu’au 10 mai. Mercredi 6 mai, la cour d’appel de Beersheba a rejeté le recours de l’association Adalah (Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël) visant à contester la prolongation de la détention, décidée à la demande de la police, des deux membres-clés de la Global Sumud Flotilla, la flottille humanitaire pour Gaza.
Ils faisaient partie des 176 membres embarqués sur une vingtaine de navires pour tenter de briser le blocus israélien imposé à la bande de Gaza dévastée, où l’acheminement de l’aide reste entravé. La flottille a été interceptée le 30 avril, lors d’une opération controversée de la marine israélienne dans les eaux internationales au large de la Grèce, à plus de 1 100 kilomètres de l’enclave palestinienne et d’Israël.
« Il n’y a, à ce stade, aucune inculpation. Leur détention répond à des fins d’interrogatoire sur la base de suspicions », déclare au Monde Lubna Tuma, l’une des avocates de l’association représentant les deux activistes. Selon Adalah, Thiago Avila et Saif Abu Keshek sont accusés par Israël « d’assistance et d’appartenance à une organisation terroriste », sur la base de « preuves secrètes » auxquelles l’équipe de défense n’a pas eu accès.

Grève de la faim
Les deux hommes auraient notamment été questionnés de nombreuses fois par l’agence de sécurité israélienne, le Shin Bet, et par la police, sur leurs liens avec la Conférence palestinienne pour les Palestiniens à l’étranger, une organisation accusée par Washington d’agir « clandestinement » pour le compte du Hamas. Les deux hommes nient fermement ces accusations et ont commencé une grève de la faim depuis leur arrestation, le 30 avril.
« Il n’existe aucun lien entre l’acheminement d’une aide à une population civile par le biais d’une flottille humanitaire et une quelconque organisation terroriste », a plaidé Adalah. L’organisation estime qu’Israël n’avait « aucune autorité légale pour procéder à une arrestation – qui s’apparente en réalité à un enlèvement – dans les eaux internationales ». La situation est d’autant plus problématique, juge-t-elle, que les militants ont été arrêtés à bord d’un navire battant pavillon italien, relevant donc de la juridiction italienne, en violation de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
Les autorités israéliennes ont multiplié les déclarations accusatrices contre la Global Sumud Flotilla pour justifier leur intervention dans les eaux internationales. Le ministère des affaires étrangères a qualifié l’initiative de « provocation organisée par le Hamas », justifiant l’interception par la nécessité d’« empêcher la violation d’un blocus naval conforme à la loi ». L’Etat hébreu impose un siège à la bande de Gaza depuis 2007, date de la prise de pouvoir du mouvement islamiste.
Mercredi, avant l’audience, les Nations unies ont appelé Israël à la libération « immédiate et inconditionnelle » des deux hommes. « Ce n’est pas un crime de manifester sa solidarité et de tenter d’apporter une aide humanitaire à la population palestinienne de Gaza, qui en a désespérément besoin », a déclaré le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Thameen Al-Kheetan, demandant à Israël de mettre fin à son régime de « détention arbitraire » ainsi qu’au « blocus de Gaza ».

L’activiste espagnol Saif Abu Keshek, d’origine palestinienne, comparaît devant un tribunal de Beersheba (Israël), le 6 mai 2026. AMIR COHEN/REUTERS

Après leur déclaration conjointe vendredi, le Brésil et l’Espagne ont réclamé à plusieurs reprises la libération de leurs ressortissants. Le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares Bueno, s’est insurgé contre une action israélienne « complètement illégale », en dehors de « toute juridiction ». Selon Madrid, Israël n’a fourni « aucune preuve » d’un quelconque lien entre son ressortissant et le mouvement islamiste palestinien. De quoi envenimer les relations déjà tendues entre l’Espagne et Israël, depuis que le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, s’est affirmé comme l’un des opposants les plus critiques en Europe à la guerre menée par l’Etat hébreu à Gaza. Lors d’un rassemblement politique, samedi 2 mai, M. Sanchez a dénoncé un « kidnapping par le gouvernement de Nétanyahou ».
Sur les 176 militants de la Global Sumud Flotilla, seuls Thiago Avila et Saif Abu Keshek, considérés comme leaders de la flottille, ont été arrêtés et détenus, tandis que les autres ont été débarqués, le 1er mai, dans le sud-est de la Crète. Parmi eux, 31 blessés y ont reçu des premiers soins. Sur la page Instagram de l’organisation Global Sumud Flotilla, des activistes témoignent de coups infligés par l’armée israélienne à ceux qui ont refusé de se soumettre aux ordres ou ont protesté contre l’arrestation de leurs deux camarades.

« Un mouvement non violent »
Selon Adalah, Thiago Avila et Saif Abu Keshek, également d’origine palestinienne, ont eux été victimes de « nombreuses violences », qui ont commencé pendant la traversée en mer de deux jours vers Israël, après leur arrestation. « Ils ont été forcés de rester les yeux bandés en permanence, dormant sur le ventre. Ils ont été menacés d’être jetés à l’eau. Thiago s’est évanoui à deux reprises. Lorsque nous les avons vus pour la première fois, ils avaient des ecchymoses sur le visage », affirme Lubna Tuma. A la prison de Shikma, à Ashkelon, ils seraient « maintenus à l’isolement dans de petites cellules sans fenêtre, avec une lumière à haute intensité allumée 24 heures sur 24, et ils auraient les yeux bandés lorsqu’ils sont hors de leur cellule ou qu’ils ne sont pas interrogés ». Thiago Avila a par ailleurs perdu sa mère, décédée à Brasilia le 5 mai, pendant sa détention.
Adalah considère que les autorités israéliennes cherchent à assimiler la Global Sumud Flotilla à des « activités terroristes », dans une stratégie visant à criminaliser les actes de solidarité en faveur du peuple palestinien à Gaza. « Nous sommes un mouvement non violent, humanitaire et non affilié. Nous transportions des médicaments, de la nourriture, du lait infantile, des fournitures scolaires et des lettres écrites par des enfants du monde entier à destination des enfants de Gaza », a déclaré au Monde Hannah Smith, l’une des porte-parole de Global Sumud Flotilla, indiquant que plusieurs bateaux ont été abandonnés en Méditerranée, certains ayant coulé.
« Il faut malheureusement des événements assez tragiques pour que les médias commencent à s’intéresser à nous », déplore Fabien Hery, membre d’équipage de la campagne française de la Flottille de la liberté pour Gaza, partie le 4 avril de Marseille pour Gaza. « Ce que l’on fait ne change pas la réalité ni les conditions du peuple palestinien. En revanche, cela sert – et c’est ce que nous espérons – à réveiller l’opinion publique en Europe, pour obliger nos dirigeants à prendre position et à exercer une pression sur Israël et les Etats-Unis pour arrêter ce massacre », affirme le militant breton. La campagne française avait annulé sa mission une fois arrivée en Calabre, en raison de la « faiblesse de la mobilisation publique » et du « manque de soutien d’élus prenant position pour la flottille ».

Par Marie Jo Sader
Le Monde du 07 mai 26

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