Gaza : le Conseil de la paix de Donald Trump étale son impuissance devant l’ONU

 

Le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, envoyé spécial du Conseil de la paix pour Gaza, tient une conférence de presse à Jérusalem le 13 mai 2026. AMMAR AWAD / REUTERS
Le comité chargé par le président américain de dérouler son plan de paix dans l’enclave palestinienne accuse le Hamas d’être le principal obstacle à la résolution du conflit.

Le Conseil de la paix, organe chargé d’appliquer le plan de sortie de conflit de Donald Trump à Gaza, a rendu pour la première fois des comptes au Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), jeudi 21 mai, en présentant le bilan de ses six mois d’existence. Lequel est maigre, voire inexistant, ce que reconnaît à demi-mot son haut représentant, Nickolay Mladenov, investi d’une mission de deux ans par une résolution de l’ONU en novembre 2025.
Dans le huis clos de Gaza, où 1 million et demi de déplacés végètent sous des tentes infestées par les rats, les poux et les punaises, le comité assure que le « refus du Hamas d’accepter un désarmement » sous contrôle et de céder la place reste le « principal obstacle à la pleine mise en œuvre du plan de paix ». M. Mladenov avait échoué, ces dernières semaines, au Caire, à obtenir du mouvement palestinien une reddition de ses armes, exigée sans réelle contrepartie.
A New York, jeudi, il a exhorté le Conseil de sécurité à employer « tous les moyens à sa disposition pour presser le Hamas d’accepter la feuille de route [de désarmement] sans plus de délais, et Israël de remplir ses obligations en vertu du cessez-le-feu ». Un rapport remis par son comité déplore aussi que l’Etat hébreu occupe encore la majorité de l’enclave et y ouvre le feu quotidiennement – tout en préparant une reprise de la guerre.

Exigences d’Israël
Faute de choix, le Conseil de la paix a intégré les exigences d’Israël, qui bloque tout projet de « relèvement précoce » (comme l’installation de préfabriqués) à Gaza tant que le Hamas n’aura pas déposé ses armes, quand bien même cet ultimatum ne figure ni dans le plan de paix de M. Trump ni dans la résolution de l’ONU. « Mladenov a tenté de faire entrer du matériel pour mener quelques projets, mais il n’a rien obtenu », regrette un diplomate européen.
Il y a six mois, le 17 novembre 2025, le Conseil de sécurité avait donné carte blanche au président américain, qui avait su, un mois plus tôt, imposer un cessez-le-feu à Israël et au Hamas. Son « board » avait charge de dérouler son plan en 20 points vagues, qui n’ont pas été clarifiés depuis lors, afin de rétablir la paix et d’orchestrer la reconstruction. Seules la Chine et la Russie s’étaient abstenues de valider ce qui pouvait se lire comme un transfert direct des compétences du Conseil de sécurité. Depuis lors, M. Trump et ses envoyés, Jared Kushner et Steve Witkoff, ont été accaparés par d’autres crises – l’Ukraine et, depuis février, la guerre américano-israélienne en Iran.
Demeurent une dizaine d’administrateurs au côté de M. Mladenov, qui ne se sont pas même réunis une seule fois. Le Conseil de la paix se félicite d’avoir imposé à Israël l’entrée dans Gaza de 4 200 camions par semaine, soit trois fois moins qu’avant la guerre, pour des besoins incommensurables. « Ils prétendent avoir rempli leur objectif en mélangeant les chiffres ; ils mettent sur le même plan les paquets de chips des commerçants palestiniens privés et l’aide alimentaire », soupire un autre diplomate européen. Par ailleurs, ces livraisons ont baissé depuis le début de la guerre en Iran. Des ONG internationales, dont Israël limite l’activité, s’épuisent à faire entrer leurs produits à travers des associations locales.
La force internationale de stabilisation, ersatz des casques bleus, censée être déployée temporairement, demeure une chimère. Le rapport mentionne la visite d’un site de déploiement potentiel en avril, qui a été menée par quelques administrateurs de bas rang, sans officiers. Le document rappelle aussi que l’Albanie, le Kazakhstan, le Kosovo, le Maroc et l’Indonésie se sont engagés à contribuer aux troupes. Toutefois, la mort de quatre casques bleus indonésiens de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Unifil), tués fin mars, conduit Jakarta à réévaluer sa promesse d’envoyer 8 000 hommes.

« Quasi-propagande »
Du point de vue de son financement, le Conseil de la paix demeure une coquille vide. Le comité entretient le fantasme de la construction d’une « Riviera » de Gaza, projet futuriste confié, entre autres, à un milliardaire israélien du bâtiment installé à Chypre et proche de la famille Trump. Des diplomates saoudiens dépêchés à la conférence des donateurs de janvier, à la Maison Blanche, avaient prévenu leurs confrères en coulisse : en dépit de ses promesses, Riyad ne verserait rien tant qu’un plan de paix crédible ne serait pas mis sur la table. « Le Conseil de la paix a reçu 17 milliards de dollars [14,63 milliards d’euros] d’engagements à des fins de reconstruction, alerte le rapport soumis jeudi à New York. Le Conseil de la paix souligne que l’écart entre l’engagement et le décaissement doit être comblé de toute urgence. »
Les Emirats arabes unis ont abondé au budget quelque 120 millions d’euros, de sources diplomatiques ; ils financent les salaires et les bureaux du « board ». « Ils ont une charte et c’est une organisation internationale sur le papier, mais, dans les faits, le Conseil de la paix, c’est Nickolay Mladenov et deux lieutenants, qui ne sont même pas à Gaza mais entre Le Caire et les Emirats, résume un troisième diplomate européen. Or, trois hommes ne peuvent pas remplacer des administrations comme l’ONU ou l’UNRWA [l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, dont Israël a rasé les locaux à Jérusalem en janvier]. »
A New York, 22 ONG ont communiqué aux diplomates un contre-rapport, censé contrebalancer le bilan édulcoré dressé par le Conseil de la paix. « Aucune tentative de désinformation ne saurait dissimuler le fait que l’aide n’arrive pas à l’échelle requise, que les patients n’ont pas accès à des soins médicaux adéquats et que les points de passage vers Gaza demeurent limités », insiste Adam Coogle, directeur adjoint pour le Moyen-Orient à Human Rights Watch. Israël s’était engagé à ouvrir de nouveaux points de passage, mais un seul est ouvert à la fois, au mieux. Aucun produit dit « à double usage », civil et militaire, n’a été retiré de la liste très restrictive imposée par l’Etat hébreu.
« Ce rapport est de la quasi-propagande, dénonce Jeremy Konyndyk, le président de Refugees International. C’est une présentation biaisée et trompeuse des conditions et de l’accès humanitaires, qui passe sous silence la raison pour laquelle les résultats sont si lamentables : l’obstruction persistante du gouvernement israélien. » Ce manque de transparence dans les données pourrait notamment pousser les membres du Conseil de sécurité à réclamer des rapports plus fréquents au Conseil de la paix, afin d’exercer un droit de regard plus sérieux.

Par Carrie Nooten et Louis Imbert
Le Monde du 22 mai 26

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