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| Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, du 11 mai au 13 juin 2026. Badke(Remix) d’Ata Khatab et Amir Sabra, en tournée au Théâtre du Rond-Point du 14 au 17 octobre 2026. |
Quelque chose de singulier se passe dans la salle de Badke(Remix), une sorte d’énergie ambivalente, à la fois joyeuse et grave. Cette pièce chorale, jouée deux soirs à la MC93 dans le cadre des Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, dont la stimulante programmation court au 13 juin, n’arrête pas de compliquer, de reconfigurer la valeur immédiate que lui apporte la dabkeh, cette danse traditionnelle entraînante et festive ancrée dans l’Est de la Méditerrannée.
On reconnaît la dabkeh par la manière qu’ont les corps de frapper du pied à l’unisson, croisant et décroisant les chevilles, se tenant par l’épaule en formant une ligne qui devient parfois un cercle. Il y a quelque chose de limpide et communicatif dans la dabkeh, il y a aussi une force dans le mouvement qui redouble sa symbolique résistante, et dont la pièce fait un axe chorégraphique central : aujourd’hui plus que jamais, à l’heure où la Palestine est victime d’un génocide, ces pas sont des gestes de résistance.
Une pièce qui mêle transmission et identité culturelle palestinienne
Transfiguration scénique et célébration de cette danse importante dans l’identité culturelle palestinienne, Badke voyait le jour il y a treize ans en Belgique, des mains de Koen Augustijnen, Rosalba Torres Guerrero et Hildegard De Vuyst, trois chorégraphes des Ballets C de la B. Badke(Remix) est le fruit d’une transmission de cette pièce à deux danseurs de la version originale, Amir Sabra et Ata Khatab, et à une nouvelle distribution.
Entièrement remisée à des mains palestiniennes, la pièce accomplit, à l’endroit de la scène, une nécessité politique et historique aujourd’hui impérieuse : rendre aux Palestiniens ce qui leur appartient.
La pièce commence dans le noir, laissant juste entendre les battements de pieds des dix danseurs sur le sol, en rythme. Sortant peu à peu de l’obscurité, les danseurs se dévoilent, six hommes, quatre femmes, dansant à l’unisson. Ici et là, des duos ou des trios se détachent bientôt de l’ensemble, surimprimant à la scène collective d’autres affects, des esquisses de vie intime.
Une danse qui raconte la violence et la vie
Leurs costumes, des habits de ville et deux robes qui évoquent de loin Pina Bausch, arrachent le spectacle à la tentation d’un regard exotisant. À l’écart du seul folklore, la pièce, remarquablement construite, fait entrer la dabkeh dans une dramaturgie très contemporaine qui ne cesse d’en affirmer le caractère social, presque conversationnel.
La scène est à la fête, puis soudain, les lumières s’éteignent. Les corps gisent au sol, les fronts frappent le plancher. Puis tous se relèvent. Après le couvre-feu, après les bombes, la danse reprend – symbole très direct d’une existence sous l’occupation, vécue dans le dépassement perpétuel de la violence administrée par l’État colonial.
En Palestine, après chaque attaque, les survivants comptent leurs morts. Ici, il est plutôt question de cette vie qui persiste et s’obstine. Cet état des choses ne souffre pas de réjouissance univoque et naïve. Le spectateur le sent. Badke(Remix), son élégance et sa revendication de lutte portée par dix danseurs remarquables, force autre chose : le respect.
Samuel Gleyze-Esteban
L'Humanité du 26 mai 26
Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, du 11 mai au 13 juin 2026.
Badke(Remix) d’Ata Khatab et Amir Sabra, en tournée au Théâtre du Rond-Point du 14 au 17 octobre 2026.

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