TotalEnergies se réjouit de « l’environnement favorable » de la guerre en Iran et encaisse 5,8 milliards de dollars de bénéfices

 

Les bombardements d’installations énergétiques et le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % de la consommation mondiale de pétrole, ont désorganisé les chaînes d’approvisionnement, raréfié l’offre et fait bondir les marges.© Lionel Urman/ABACAPRESS.COM
Le groupe pétrolier français a encaissé 5,8 milliards de dollars de bénéfices au premier trimestre (+ 51%), grâce à la hausse des cours du pétrole sur fond de conflit en Iran.
Dans les couloirs du géant TotalEnergies, la rumeur courait depuis plusieurs semaines : les résultats annoncés par le groupe ce 29 avril promettaient d’être colossaux, notamment dans le raffinage. Le verdict n’a pas déçu. La multinationale a réalisé 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d’euros) de résultat net au premier trimestre, en hausse de 51 % par rapport à la même période l’année précédente.
Dans le détail, le groupe a profité à plein de l’envolée du baril, qui a dépassé les 100 dollars sur fond de guerre en Iran, mais également de l’explosion des marges de raffinage. Ces marges désignent le profit réalisé par les raffineries lorsqu’elles transforment le pétrole brut en produits finis (essence, gazole…). Il s’agit de la différence entre la valeur marchande du brut qu’elles achètent et le prix de vente des produits raffinés.
Les bombardements d’installations énergétiques et le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % de la consommation mondiale de pétrole, ont désorganisé les chaînes d’approvisionnement, raréfié l’offre et fait bondir les marges. En mars dernier, ces dernières atteignaient en Europe 22 dollars le baril (environ 160 dollars la tonne), selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), soit 4 fois plus qu’en janvier.

« Un environnement favorable » vanté par l’entreprise en pleine guerre
Pour TotalEnergies, c’est le jackpot : d’après le document publié ce 29 avril, la branche raffinage-chimie a encaissé un résultat opérationnel net de 1,6 milliard de dollars, soit 5,3 fois plus que l’année précédente à la même période !
La prose employée par le groupe pour commenter ce résultat vaut son pesant de pétrole brut. TotalEnergies explique que ces chiffres impressionnants ont été portés par « la bonne performance opérationnelle des raffineries ayant permis de capturer les marges élevées en mars, et des activités de négoce de brut et de produits pétroliers ayant tiré parti d’un environnement favorable au mois de mars ». Il s’agit ici de faire référence, de manière pudique, à l’énorme plus-value encaissée par TotalEnergies en mars, qui avait raflé 70 cargaisons de pétrole pour les revendre au prix fort après la flambée du baril.
« Derrière ces résultats record se cachent des profits de guerre indécents, qui atterrissent en grande partie dans la poche de ses actionnaires, alors que des millions de personnes voient leur facture énergétique exploser, a aussitôt dénoncé l’ONG Greenpeace. Il est urgent que le gouvernement français prenne ses responsabilités et mette fin à cette situation inacceptable en taxant plus fortement les profits des grandes entreprises pétrolières. »
La gauche réclame une taxation des superprofits depuis des semaines, ce qui n’aurait rien d’incongru. Dans le monde anglo-saxon, on parle de « windfall profits » (pour « bénéfices inattendus »), et même des gouvernements très pro-business n’ont pas hésité à s’y attaquer. En avril 1980, aux États-Unis, l’administration du président Jimmy Carter fait voter le Crude Oil Windfall Profit Tax Act. Objectif revendiqué : ponctionner les profits insolents des compagnies pétrolières, qui bénéficient du second choc pétrolier né de la révolution iranienne. Mal ficelé et assorti de niches fiscales, le dispositif ne rapportera « que » 38 milliards de dollars avant sa disparition, en 1988, mais aurait pu engranger 4 fois plus, selon les chercheurs.
Le dernier avatar d’un tel impôt remonte à 2022. En pleine guerre en Ukraine, l’Union européenne introduit une contribution de solidarité exceptionnelle sur les bénéfices excédentaires des combustibles fossiles, les taxant à un taux minimal de 33 %. À l’arrivée, les recettes ont été moins massives qu’attendu, la faute, notamment, aux stratégies déployées par les multinationales de l’énergie pour planquer leurs bénéfices dans des pays à fiscalité réduite.

Cyprien Boganda
L'Humanité du 29 avril 26

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