Joseph Aoun, imposé à la présidence par les Américains en coordination avec les Saoudiens et les Occidentaux, avec l'aval du duo chiite après un accord conclu avec eux, et son acceptation des exigences de ce duo qui lui a accordé leurs votes au second tour des élections législatives, a suscité un profond ressentiment. Son insistance à engager des négociations directes avec les sionistes sous l'égide américaine, et l'accord de Nawaf Salam et de plusieurs forces politiques pour accorder aux sionistes les pleins pouvoirs afin d'éliminer toute résistance, ont provoqué un mécontentement généralisé, malgré les objections à cette démarche, compte tenu de sa menace pour la paix civile et de sa légitimation de la trahison nationale sous divers prétextes.
Depuis sa nomination à la tête de l'armée, J.Aoun s'appuie sur le soutien inconditionnel de l'ambassade américaine à Beyrouth. Il a refusé d'obtempérer à la demande du président Michel Aoun, qui l'avait nommé, d'ouvrir les routes pour faciliter le passage des voyageurs au tunnel de Nahr el-Kalb, préférant exécuter la requête de l'ambassadeur américain. J.Aoun a violé la loi, s'est opposé au ministre de la Défense de l'époque et a agi comme s'il détenait l'autorité suprême au sein du commandement militaire.
Comment faire confiance à un homme connu pour sa loyauté absolue envers les Américains, à tout prix ? Comment peut-il être élu président sur la simple base de promesses verbales faites à l'alliance Amal-Hezbollah concernant la résistance et son armement, d'autant plus qu'il a trahi le président Michel Aoun qui l'a porté au pouvoir ?
Si l'on examine le comportement des présidents maronites depuis l'indépendance du Liban, la plupart se caractérisaient, à des degrés divers, par leurs sympathies pro-occidentales. La seule exception fut Émile Lahoud, et c'est pourquoi les forces du 14 mars ont tout fait pour l'isoler et le renverser.
L'élite politique chrétienne est un produit du système créé pour elle par la puissance coloniale française. Elle a lié l'existence et la continuité de l'État à la survie du système, lequel lui a octroyé des privilèges politiques à la mesure de sa position économique. Si les Français ont « créé » ce « Liban » pour les chrétiens en général et les maronites en particulier, la démographie ne jouait pas en leur faveur, et ils ont été contraints d'accorder certains privilèges à l'élite musulmane en tant que partenaires subordonnés dans la répartition du pouvoir et de l'influence.
Malgré les bouleversements démographiques importants engendrés par la guerre civile, les secteurs économiques et financiers – banques, concessions et grandes sociétés commerciales – sont restés majoritairement aux mains des chrétiens, tandis que les sunnites, les chiites et les druzes détenaient moins de 40 % du pouvoir.
Historiquement, les partis chrétiens se sont montrés hostiles au nationalisme arabe et à la cause palestinienne, même si d'éminents dirigeants des partis de gauche, nationalistes et communistes, étaient chrétiens. Les partis confessionnels, toutes tendances confondues, s'unissent pour défendre les intérêts de la grande bourgeoisie libanaise. Toutes les forces politiques au pouvoir défendent les banques et les politiques financières appauvrissantes, représentant ainsi les intérêts des grands monopoles et du capital.
L'arrivée au pouvoir des chiites en tant que force confessionnelle résulte d'une forte présence chiite dans le sud, où ils ont en permanence souffert de l'ennemi sioniste. La résistance armée a permis aux chiites d'être représentés au pouvoir, compensant ainsi leur faiblesse au sein de la structure économique et financière de la bourgeoisie, dominée par les chrétiens. Les intérêts de la classe dominante la contraignent à mettre en œuvre les conditions politiques de l'Occident, notamment la fin de l'état de guerre avec l'ennemi, la normalisation des relations avec cette entité, et même la cession d'une partie du territoire libanais.
Il en a toujours été ainsi. À chaque moment crucial, la bourgeoisie libanaise a prouvé sa volonté de s'aligner sur l'Occident et Washington, quitte à détruire le pays et à briser la paix civile.
Les discours de haine et l'incitation à la violence contre les chiites, simplement parce qu'ils ont pris les armes contre Israël, ne sont pas nouveaux. Avons-nous oublié que cette même rhétorique a été utilisée contre les Palestiniens et la gauche libanaise avant et pendant la guerre civile ? N'est-ce pas la même rhétorique que celle employée lorsque l'ancien président Camille Chamoun a joué avec le destin du pays en invitant les Marines ?
Souvenez-vous du président Elias Sarkis, pur produit de l'ère Chéhabiste, arrivé à la présidence sur un char syrien, ouvrant la voie à Bachir Gemayel et aux Israéliens pour gouverner le pays ! Souvenez-vous que Camille Chamoun et Pierre Gemayel se sont rendus à Damas pour solliciter l'aide d'Hafez al-Assad, avant de se retourner contre lui quelques mois plus tard et de s'allier à Tel-Aviv !
Le niveau de dépravation actuel, qui consiste à mendier auprès des sionistes, est sans précédent, mais il survient dans un monde arabe qui se précipite vers Tel-Aviv et se soumet aux Américains. Dès lors, pourquoi s'étonner du comportement de Joseph Aoun ? La bourgeoisie libanaise rêve de modifier l'équilibre des pouvoirs politiques pour favoriser la domination de l'élite chrétienne sur l'économie, et elle voit dans sa relation avec Israël l'occasion d'y parvenir. Joseph Aoun est complice de ce projet, et il n'y a d'autre moyen d'enrayer cette trajectoire qu'en attaquant ce pouvoir de l'intérieur et en vainquant les sionistes au sud. Cela coûtera à notre peuple d'immenses sacrifices, en vies humaines et en biens. Pour les hommes d'honneur et les patriotes, c'est une question de survie.
Dr Tannous Chalhoub
Le 29 avril 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire