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| Photo extraite d'un clip vidéo diffusé par le média militaire concernant l'utilisation de l'artillerie contre l'armée d'occupation (Média militaire) |
La confrontation actuelle entre le Hezbollah et Israël nous réserve dix surprises, démontrant comment les acteurs non étatiques, leurs sociétés et le passage du temps peuvent devenir des éléments décisifs et exceptionnels dans le cours d'un conflit.
La première surprise réside au sein de la société libanaise, et plus particulièrement dans l'environnement de la résistance. Alors que l'effondrement économique brutal du Liban laissait présager un affaiblissement de la base populaire, la réalité a démontré la capacité de cette structure sociale à générer une cohésion qui surpasse celle de l'État face aux crises. La société est ainsi devenue un acteur central, capable d'absorber les chocs et de maintenir un minimum de stabilité.
À l'inverse, la seconde est apparue sous deux formes de fragilité : d'abord, au sein même de la société israélienne, ensuite, dans la relation entre les échelons politique et militaire. On s'attendait à ce que cette société, ainsi que son gouvernement de droite, adhèrent à une stratégie fondée sur la persévérance dans une guerre prolongée jusqu'à une victoire décisive. Cependant, les tensions internes ont rapidement ressurgi, menaçant de raviver les crises passées, compte tenu de la contradiction entre le concept de sécurité rapide et la réalité d'une guerre prolongée engendrant des coûts militaires, économiques et psychologiques croissants. De plus, le fossé grandissant entre les objectifs de l'échelon politique, représenté par le gouvernement de droite, et ceux de l'échelon militaire – un fossé qui n'existait pas après le 7 octobre 2023 – s'est accentué au cours des combats dans le sud.
La troisième a été l'initiative du Hezbollah de s'engager directement dans la guerre, la transformant ainsi de son cadre tripartite traditionnel (Iran-Israël-États-Unis) en un conflit régional plus vaste.
La quatrième fut l'effondrement de la doctrine de sécurité israélienne récemment établie, fondée sur la victoire rapide, la guerre éclair et l'élimination de la menace sans laisser à l'adversaire la possibilité de lancer une contre-offensive.
La cinquième résidait dans le système de commandement et de contrôle du Hezbollah, l'une des cibles de la récente confrontation. Du côté israélien, on a constaté un niveau de commandement plus préparé et une plus grande capacité d'action et d'initiative soutenues.
La sixième résidait dans l'ampleur même des capacités militaires du Hezbollah, notamment ses missiles, ses drones et ses munitions de divers types. Ceci témoigne de la possession d'un stock stratégique lui permettant de soutenir un conflit prolongé.
La septième concernait le système de gestion de l'appareil militaire du Hezbollah. Les processus d'évaluation et de développement semblent extrêmement efficaces et précis, ce qui explique ses performances sur le terrain et les résultats obtenus sur le front.
La huitième a concerné les services de renseignement et de sécurité israéliens, résultant de leur incapacité significative à évaluer les capacités, le potentiel et les intentions du Hezbollah après la précédente guerre.
La neuvième fut la capacité du Hezbollah à déjouer les différentes formes de guerre menées contre lui, et notamment sa réussite à atténuer le risque d'escalade vers une guerre civile, malgré de profondes divisions politiques. Ceci est principalement lié à l'effet dissuasif du parti.
Enfin, la dixième surprise réside dans la transformation qui s'est opérée dans le concept de pouvoir dans la région, où le pouvoir n'est plus le domaine exclusif de l'État ou de l'armée, mais est devenu lié à la capacité de résister et de gérer la société et le temps sous pression, ce qui pourrait constituer un nouveau modèle de résistance dans d'autres régions.
Par Kamal Jaafar
Le 04 avril 2026

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