L'analogie trompeuse !

Certains blogueurs et activistes des réseaux sociaux, partisans de la résistance, tentent, en réponse au discours pro-sioniste qui considère les armes de la résistance comme un fardeau pour les Libanais et un obstacle à ce qu'ils appellent la construction de l'État, d'établir un parallèle entre la résistance des « chiites » contre Israël et les combats menés par la droite « chrétienne » libanaise contre l'armée syrienne dans les années 1970 et 1980. Cette analogie semble logique au premier abord pour ceux qui perçoivent l'histoire comme une succession d'affrontements militaires similaires. Cependant, elle s'effondre dès lors qu'on l'analyse matériellement, ce qui soulève la question essentielle : qui sert quoi ? Et dans l'intérêt de qui ?
Établir un parallèle entre la résistance contre l'ennemi sioniste et les combats de la droite libanaise contre l'armée syrienne à une époque antérieure constitue non seulement une erreur politique, mais aussi un faux pas théorique qui témoigne d'une absence d'analyse de classe de la nature du conflit. Les conflits militaires ne sont pas de simples affrontements violents entre parties armées ; ils sont plutôt, par essence, une expression concentrée de contradictions structurelles : de classe, impériales et fonctionnelles.
Dans le premier cas, à savoir la résistance contre l'ennemi sioniste, nous sommes confrontés à un conflit avec un projet colonial de peuplement organiquement lié à la structure impérialiste mondiale. Ce projet vise non seulement à contrôler le territoire, mais aussi à remodeler le paysage social et démographique afin de servir la reproduction de l'hégémonie capitaliste à son centre mondial. Dès lors, la résistance revêt un caractère libérateur, malgré ses contradictions internes (qui sont inévitables), car elle se situe objectivement en opposition à une structure coloniale. Cette définition ne découle ni de son discours idéologique, ni de sa structure, ni de ses alliances, mais bien de sa position au sein du réseau du conflit.
Dans un second temps, les forces de droite libanaises se sont historiquement présentées comme des forces « souveraines », défendant l'État contre toute ingérence étrangère. Or, la souveraineté ne se mesure pas à l'aune de slogans, mais à celle de la capacité à s'affranchir des centres d'hégémonie. Dès lors, une question se pose : les combats menés par ces forces à ce moment historique visaient-ils la structure même de l'hégémonie, ou s'inscrivaient-ils dans une lutte pour assurer sa perpétuation et sa reproduction ?
Une analyse de classe de ces forces révèle qu'elles sont issues d'une alliance entre une bourgeoisie commerciale et de services et des segments liés à l'économie rentière – une structure qui, objectivement, tire profit de sa participation au marché capitaliste mondial dans les conditions actuelles. Cette structure ne produit pas de projet indépendant, mais recherche plutôt la meilleure position au sein du système de dépendance. Dès lors, leurs luttes, aussi « souveraine » que puisse paraître leur rhétorique, se sont cantonnées à la défense du système, et non à sa transformation, en s'opposant aux forces révolutionnaires représentées par le mouvement de gauche et la révolution palestinienne.
Reconnaître cette différence n'est pas seulement un exercice théorique, mais une nécessité pour comprendre l'histoire et pour la pensée politique contemporaine : distinguer la lutte de libération d'une lutte qui protège l'hégémonie détermine le cours de la réflexion sur les stratégies nationales et évite de tomber dans le piège d'analogies trompeuses qui nous empêchent de comprendre la structure réelle du pouvoir et de l'hégémonie au Liban et dans la région.

Par le Dr Tannous Chalhoub
Le 05 avril 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire