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| Donald Trump s'adresse à la foule à propos de la guerre en Iran, accompagné de son épouse et d'une mascotte de lapin.© Kent Nishimura / AFP |
Prodige ? Matamore ? Les deux ? Donald Trump a inventé un nouveau concept : lancer un ultimatum sans fin aux Iraniens. Celui-ci devait initialement expirer lundi après un premier report, puis, dimanche, il a décidé de le repousser à nouveau pour le porter à mardi 20 heures, heure de Washington. Passé ce délai, le président états-unien a promis, selon ses mots, de « déchaîner les enfers sur eux ».
Rhétorique quelque peu douteuse pour signifier des bombardements majeurs sur les infrastructures énergétiques et les ponts en Iran, dans l’hypothèse où le régime islamique continuerait de bloquer le détroit d’Ormuz. « Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer – VOUS ALLEZ VOIR ! » a-t-il surenchéri sur son réseau Truth Social. Et de conclure, à sa manière : « Gloire à Allah. »
Lundi, le locataire de la Maison-Blanche s’est encore surpassé dans ses fanfaronnades, s’adressant à la nation états-unienne pour évoquer la suite des opérations militaires au Moyen-Orient, aux côtés de Melania Trump et… D’un individu déguisé en lapin de Pâques. « Le pays entier (l’Iran, NDLR) pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain (mardi) », a-t-il ensuite menacé en conférence de presse. Son Secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, lui a emboîté le pas en affirmant que, sur son ordre, les États-Unis lanceraient le plus grand volume de bombardements contre l’Iran depuis le 28 février.
Le milliardaire républicain a réitéré son refus de valider la proposition de cessez-le-feu temporaire de quarante-cinq jours transmise plus tôt à la Maison-Blanche par l’intermédiaire des médiateurs pakistanais, égyptiens et turcs. « Ce n’est pas encore assez bien mais c’est une étape très significative, a-t-il estimé. Même refus observé côté iranien. Esmail Baghaei, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, a fait savoir que ces négociations demeuraient « incompatibles avec les ultimatums et les menaces de commettre des crimes de guerre ».
Le détroit d’Ormuz pas complètement fermé
Outre la sensation d’être témoin d’une profonde confusion, doublée d’une vulgarité qui va crescendo, la lecture des propos du président états-unien interroge également par leur postulat. Contrairement à ce que prétend l’intéressé, Ormuz n’est pas entièrement fermé.
Si le contrôle de la voie maritime par les gardiens de la révolution est effectif depuis le 28 février sur près de 95 % du trafic habituel et provoque une réaction en chaîne sur l’économie mondiale, à commencer par le risque avéré d’une pénurie de pétrole dans les mois à venir, des tankers parviennent à la franchir sans être inquiétés. Pour l’heure, les traversées journalières se comptent sur les doigts de la main, mais elles pourraient bientôt être de plus en plus nombreuses.
L’Irak, deuxième exportateur d’hydrocarbures au Moyen-Orient – quelque 3,3 millions de barils d’or noir exportés chaque jour à l’accoutumée –, derrière l’Arabie saoudite, a ainsi été partiellement exempté de restrictions de navigation ces derniers jours. Des tractations sont également en cours avec Oman, mais aussi avec l’Inde, la Chine, la Turquie, la Malaisie ou encore le Pakistan.
Jeudi dernier, un porte-conteneurs de l’armateur français CMA-CGM a même réussi à passer. En négociant de gré à gré l’octroi d’un droit de passage au cas par cas, le régime islamique transforme le détroit d’Ormuz en véritable levier coercitif, dans le but de retourner l’opinion publique mondiale en sa faveur s’agissant de cette guerre intentée contre lui illégalement par les États-Unis et Israël. Il cherche à isoler Washington de ses traditionnels alliés, à commencer par les pays du Golfe, mais surtout à ménager tous les États dits « neutres » dans ce conflit.
Les gardiens de la révolution ont annoncé dimanche 5 avril qu’ils se préparaient à élargir leur stratégie, c’est-à-dire à mettre en place des conditions générales de navigation, sans en livrer le moindre détail, sauf à mentionner en particulier les Etats-Unis et Israël. Pour Donald Trump, la situation résonne définitivement comme un aveu d’échec. À ce stade, difficile de croire que les négociations pour un cessez-le-feu puissent aboutir. Sauf si le président états-unien remet encore à plus tard sa promesse de plonger l’Iran en enfer. Réponse demain.
Antoine Portoles
L'Humanité du 06 avril 2026

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