Génocide à Gaza : la France livre des armes à Israël en « flux continu » depuis Roissy

 

« Il n’y a aucune vente d’armes françaises à Israël », déclarait Sébastien Lecornu le 6 juin 2025, alors qu’il était ministre des Armées. Une « hypocrisie », un « mensonge », selon les présentateurs du rapport.© JULIEN DE ROSA / AFP
Un rapport révèle le rôle central de la France dans la fabrication et l’acheminement des armes à Israël. Un démenti cinglant aux déclarations lénifiantes de Sébastien Lecornu qui pourrait valoir à Paris des poursuites pour « complicité de génocide ».
Actionneurs, composants destinés à l’avionique, maillons de munitions pour fusils et mitrailleuses, capteurs pour blindés… « Entre octobre 2023 et mars 2026, plus de 525 livraisons de matériel militaire ont été expédiées par des fabricants français à destination des industries de défense et aérospatiales israéliennes », révèle un rapport du Mouvement de la jeunesse palestinienne (Palestinian Youth Movement, PYM) et d’Urgence Palestine, rendu public ce mardi.
Parallèlement à ces livraisons, majoritairement embarquées dans des avions de la compagnie israélienne El Al, la France a également autorisé des transits cruciaux pour l’armée d’Israël. Ainsi, « entre avril 2025 et octobre 2025, la France a autorisé le transit de plus de 117 pièces d’avion de combat par l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle », ajoute ce rapport. Le tout dans un contexte génocidaire, désormais établi par plusieurs décisions de la Cour internationale de justice (CIJ), qui pourrait valoir à la France d’être poursuivie pour « complicité ».

La France accusée de « facilitation du génocide des Palestiniens »
Réalisé à partir de données publiques, le rapport des deux ONG, à la fois précis et « non exhaustif », dénonce le rôle de « 12 régions et 46 villes » dans « la facilitation du génocide des Palestiniens ». Dans son collimateur, une dizaine d’entreprises françaises – Sermat, ADR, Effbe France, Safran, Thales, Aubert et Duval… – qui fabriquent des pièces d’armement pour la société israélienne Elbit Systems, fournisseur quasi exclusif de l’armée ide Tel-Aviv.
Le rapport met également en lumière le rôle central de plateforme joué par l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle dans l’acheminement des cargaisons. Qu’elles partent de la France ou y effectuent un transit, ces livraisons sont pour la plupart expédiées vers 16 sites israéliens différents en un « flux continu », qui, constate le rapport, constitue un démenti flagrant aux déclarations du gouvernement français.
« Il n’y a aucune vente d’armes françaises à Israël », déclarait ainsi Sébastien Lecornu le 6 juin 2025, alors qu’il était ministre des Armées. Une « hypocrisie », un « mensonge », selon les présentateurs du rapport, réunis mardi au siège d’Amnesty International. Des « dénégations intenables », estime la députée communiste Elsa Faucillon.
Mardi après-midi, l’élue est montée au créneau dans l’Hémicycle, lors des questions au gouvernement. Le rapport de PYM et d’Urgence Palestine « établit l’implication de dix entreprises françaises dans la chaîne d’approvisionnement d’Elbit Systems, principal équipementier de l’armée israélienne », note-t-elle. Outre ces livraisons, il démontre aussi que l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle a servi de point de passage à de nombreux transits d’armes des États-Unis vers Israël.
« Vos gouvernements successifs ont autorisé plus de 117 vols de transit pour des pièces d’avions de chasse de Lockheed Martin, notamment des F-35, les mêmes appareils utilisés dans les bombardements sur Gaza et dans l’invasion du Liban », relève ainsi Elsa Faucillon. Or, comme le rappellent les ONG, « le transit de matériel militaire sur le territoire français est soumis aux mêmes exigences que l’exportation : il nécessite une autorisation préalable de l’État ».

« Ce rapport révèle une réalité accablante »
En vertu des textes dont elle est signataire, notamment la convention sur le génocide et le traité sur le commerce des armes, la France a l’obligation de prévenir tout risque de génocide. Or il n’en est rien. Bien au contraire. « Depuis des mois, vous tentez de faire taire les voix de solidarité avec le peuple palestinien. Vous criminalisez celles et ceux qui dénoncent votre politique. Vous détournez le délit d’apologie du terrorisme pour en faire un bâillon, tonne Elsa Faucillon. Ce rapport révèle une réalité accablante : pendant que vous réduisez au silence, vous contribuez à armer des génocidaires. » Et la France devient, de facto, complice d’un génocide.
Reconnue complice de génocide par la CIJ en raison de ses livraisons d’armes à Israël, l’Allemagne vient d’affirmer qu’elle lui retirait, dorénavant, tout soutien. « Que faudra-t-il pour que Macron le fasse aussi », interroge une porte-parole du Mouvement de la jeunesse palestinienne, à l’occasion de la publication du rapport. « Vous devez la transparence à notre Assemblée : quand allez-vous cesser de mentir mais surtout quand allez-vous cesser d’armer un État d’apartheid ? » questionne la députée communiste en s’adressant au gouvernement Lecornu.
Par ailleurs, elle réclame de longue date « une commission d’enquête chargée d’établir dans la plus grande transparence un bilan complet des transferts, exportations, transits et transbordements d’armes classiques et autres matériels de technologie militaire, ou à double usage, français à l’État d’Israël et de la coopération sécuritaire avec Israël ». Une demande relayée mardi par le Mouvement de la jeunesse palestinienne et Urgence Palestine

Elisabeth Fleury
L'Humanité du 07 avril 2026

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