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| Des manifestants ont bloqué l'entrée d'un siège'un site d'une filiale de Thales à Gennevilliers, le 13 avril 2026.© L'Humanité |
Contre l’horreur, la poésie. Contre le fracas, la mélopée cuivrée d’une clarinette. Contre les bombes, des lanternes célestes aux couleurs du drapeau palestinien. Lundi matin à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), devant le site d’une filiale de l’équipementier Thales, une centaine de manifestants ont choisi la beauté pour interpeller les consciences.
Et souligner, à l’initiative des collectifs Stop Arming Israël et Guerre à la guerre, la complicité de la France avec la politique génocidaire du gouvernement Netanyahou, notamment à travers des entreprises comme Thales, dont certaines pièces équipent l’armée israélienne.
Huit heures viennent de sonner. Sur le rond-point qui donne accès au site, dans l’air frais du matin, des petits groupes se sont rejoints. On déploie des banderoles, des drapeaux palestiniens. « Israël assassin, Thales complice ! » Les voitures, bloquées, s’arrêtent. Les moteurs s’éteignent. Plus personne ne passe.
« Je travaille à Thales, mais je suis d’accord avec eux »
Aux côtés des militants, des élus arborent leurs écharpes tricolores. Jérôme Legavre, député LFI de Seine-Saint-Denis, veut « dénoncer ce que le gouvernement français s’obstine à nier : des groupes français comme Thales livrent des équipements pour armer des drones ». Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine, est venue « interpeller un gouvernement, complice des crimes coloniaux, qui voudrait nous faire taire ».
« Thales et Safran sont installés sur ma circonscription. Cela fait des mois que nous militons, auprès des salariés, pour tenter d’éveiller les consciences. » Un temps, la mobilisation a semblé marquer le pas. « La brutalité de Trump et les mensonges de notre gouvernement ont relancé le mouvement », constate l’élue.
Sans la moindre justification, un policier gaze trois manifestants en pleine face. Les élus s’approchent. Le barrage tient bon. Au centre du rond-point, un briquet passe de main en main. Une, puis deux, puis dix, une armada de lanternes aux couleurs de la Palestine décolle. La fanfare s’est tue.
Dans le haut-parleur monte une voix grave. « Si je dois mourir tu dois vivre, pour raconter mon histoire, pour vendre mes affaires, pour acheter un bout de tissu… pour qu’un enfant, quelque part à Gaza, en regardant droit vers le ciel… voie le cerf-volant, mon cerf-volant, celui que tu auras fait, prendre son envol… »
Refaat Alareer est mort à Gaza, dans un bombardement israélien, le 6 décembre 2023. Les paroles du poète assassiné résonnent tandis que, tout là-haut, portées par la brise fraîche, les lanternes s’éloignent doucement. Autour de l’enseigne Thales, attachés aux grilles noires, flottent des dizaines de bouts de tissu aux couleurs rouge, noir, blanc. Dans le mégaphone, il est question du Liban, de l’Iran, des« martyrs » pour lesquels une nouvelle flottille de la liberté s’est mise en route, il y a trois jours.
Peu à peu, l’étau se desserre autour du rond-point. Avant de remettre les gaz, un motard glisse un mot de soutien pour les manifestants. « Je travaille à Thales, mais je suis d’accord avec eux. » L’un après l’autre, costume bleu et veste matelassée, des employés arrivent sur le site. « Rien à vous dire », coupe un cadre. « J’ai une réunion, il faut que je la prépare », s’excuse un autre. Il est 9 heures. Le rond-point est évacué. Quelques klaxons amicaux saluent le cortège qui s’éloigne.
Elisabeth Fleury
L'Humanité du 13 avril 26

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