Gaza : Famine systématique et destruction des fondements de la vie… Vastes zones agricoles se situent au-delà de la « ligne jaune »

 

L'agriculture à Gaza a toujours été le pilier de l'économie, faisant vivre deux millions de personnes. Des vergers d'agrumes du nord aux champs de fraises de Beit Lahia, et à travers les vastes étendues du sud et de l'est de Gaza, l'agriculture a historiquement constitué la pierre angulaire de la production alimentaire et un moteur économique majeur. Ce petit territoire couvrait autrefois plus de la moitié des besoins de sa population et exportait son surplus.
Depuis le 7 octobre 2023, les terres verdoyantes qui caractérisaient la majeure partie de la bande de Gaza ont été détruites, tout comme sa population et ses terres. La machine de guerre a transformé des milliers de dounams de terres vierges et diversifiées en décombres et en monticules de terre brûlée. Aujourd'hui, le secteur agricole est au bord de l'effondrement après que l'occupation a renforcé son contrôle militaire sur les zones frontalières du nord et de l'est – qui constituent le grenier à blé de Gaza – et a entrepris de raser ce qui restait. La source de revenus de milliers de familles et la source de nourriture de plus de deux millions de personnes ont disparu, plongeant Gaza dans un tunnel obscur de famine systématique et de destruction des biens de première nécessité.

Un pilier vital
Avant l'agression, le secteur agricole et le système alimentaire de la bande de Gaza constituaient un pilier de l'économie locale et de la sécurité alimentaire. La production agricole était évaluée à environ 600 millions de dollars par an, contribuant à près de 14 % du PIB. Les exportations agricoles et alimentaires représentaient environ 63 % des exportations totales de Gaza.
Le secteur avait également atteint des niveaux remarquables d'autosuffisance pour plusieurs produits de base, notamment les légumes, le lait, les œufs, la volaille et le poisson, ce qui renforçait la résilience de la communauté locale et réduisait sa dépendance aux importations.

130 000 dunams détruits (1 dunam équivaut à 1000 m2 soit 0.1 ha)
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et les images satellites de l’ONU, le secteur agricole de Gaza a subi d’importants dégâts, notamment la destruction de 130 000 dunams de terres cultivées et de plus de 10 000 dunams de serres, ainsi que des dommages à plus de 2 000 puits agricoles. De plus, l’élevage, la pêche et les infrastructures agricoles ont subi des dommages considérables, ce qui affecte directement la production agricole et les chaînes d’approvisionnement alimentaire.
Les données et les évaluations publiées par la Banque mondiale indiquent que les dommages et les pertes subis par le secteur agricole et le système alimentaire s’élèvent à 3,4 milliards de dollars, tandis que les besoins en matière de relèvement et de reconstruction atteignent environ 10 milliards de dollars.
Selon la FAO, 54,1 % des terres agricoles sont détruites et inutilisables, tandis que 32,8 % sont détruites mais accessibles. Seuls 9,1 % des terres sont intactes mais inaccessibles, et moins de 5 % sont arables et accessibles.

Paralysie du secteur agricole

Dans ce contexte, l'ingénieur Hussam Abu Abdo, chargé de plaidoyer et de soutien à l'Union des comités de travail agricole, a déclaré que les zones orientales des gouvernorats de la bande de Gaza constituaient le pilier du secteur agricole de Gaza et représentaient le principal grenier à blé, notamment pour la production de légumes en plein champ et sous serre. Ces zones ont été entièrement détruites et confisquées.
M. Abu Abdo a ajouté que les « zones tampons » sont devenues totalement inutilisables. Une grande partie de ces terres a été entièrement détruite ou rendue inaccessible du fait de sa situation derrière les nouvelles lignes militaires établies : la Ligne jaune. Il en résulte une quasi-absence de production de légumes frais dans la bande de Gaza, une perte quasi totale de l'alimentation quotidienne et une dépendance presque complète aux légumes importés et aux conserves.
M. Abu Abdo a expliqué que plus de 50 % des terres agricoles étaient consacrées à la production de fruits et légumes. Ces zones fournissaient auparavant la majeure partie des produits frais consommés quotidiennement dans la bande de Gaza. Niveau d'autosuffisance avant la guerre comparé à la situation actuelle
L'ingénieur Abu Abdo souligne qu'avant la guerre, la bande de Gaza était autosuffisante en légumes, œufs, volailles et bétail, avec une autosuffisance alimentaire locale estimée à environ 90 % des besoins totaux. Après la guerre, ce secteur dépend des importations, dont le pourcentage a atteint environ 90 % ou plus.

Les terres agricoles disponibles représentent moins de 10 % des besoins.
Dans ce contexte, il a souligné que la superficie cultivable en 2025 ne dépassait pas 1,5 % de la superficie totale, ce qui signifie que la production locale ne couvrirait que 5 à 10 % des besoins alimentaires, voire serait parfois nulle. Il a noté que le déficit en produits de base est extrêmement élevé et que leurs prix sont exorbitants, comme suit :

1. Légumes
Avant la guerre : Autosuffisance totale avec exportation des surplus
Actuellement : Pénurie grave et forte hausse des prix
Déficit : 90-95 %

2. Viande
Disparition totale du cheptel bovin
Mortalité massive des ovins et des volailles
Déficit : 80-90 %

3. Produits laitiers
En raison de la mortalité du bétail et des pénuries d’aliments pour animaux
Déficit : 70-85 %

En résumé, le tableau d'ensemble montre qu'environ 77 % de la population souffre d'insécurité alimentaire aiguë.
L'ingénieur Abu Abdo conclut en affirmant que la bande de Gaza est passée d'un système alimentaire semi-autosuffisant à un système presque entièrement dépendant de l'aide humanitaire, tandis que le secteur agricole, désormais improductif, est quasiment effondré. De plus, la crise actuelle ne se limite pas aux pénuries alimentaires, mais inclut la destruction à long terme de la capacité du secteur à produire sa propre nourriture.

Un avenir incertain et coûteux… Cultiver sans outils. 
Face à cette réalité, l’agriculture n’est plus ce qu’elle était et repose désormais sur des méthodes primitives faute d’intrants agricoles de base. L’agriculteur Mohammed Al-Bashiti explique : « Il n’y a pas de carburant pour les pompes, alors nous transportons l’eau dans des seaux sur de longues distances. Il n’y a pas d’engrais, nous dépendons donc des déchets animaux ou des matières végétales en décomposition.»
Al-Bashiti souligne que le déficit de production annuel atteint 80 % avec ces méthodes, ce qui représente un coût important en termes d’efforts et de ressources financières. Le rendement des cultures ne couvre même plus les coûts de production, et pourtant, il ne peut se permettre d’abandonner ses terres de peur qu’elles ne deviennent stériles.

Conclusion
Les chiffres alarmants qui résultent de l'agression contre le secteur agricole indiquent clairement que l'occupation a délibérément cherché à le détruire, ajoutant une nouvelle flèche au cercle d'anéantissement qu'elle a tracé pour la bande de Gaza. Cette destruction touche tous les aspects de la vie, tout ce qui pourrait permettre à ses habitants de survivre. Avec un déficit de 95 % en cultures de base, la communauté internationale se trouve face à une obligation morale et juridique qui va bien au-delà du simple envoi de camions d'aide.

Muhannad Fawzi Abu Shamala
"Al-Hadaf" - Gaza, le 26 avril 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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