Les évolutions de la gestion politique de l'impérialisme américain, de l'ère de George W. Bush à celle de Barack Obama, puis à celle de Donald Trump, peuvent être interprétées comme une transition non pas dans son essence, mais plutôt dans les mécanismes de légitimation et les outils rhétoriques qui masquent une pratique constante : l'hégémonie et sa reproduction.
Sous George W. Bush, notamment dans le contexte de ce qu'on appelait la « guerre contre le terrorisme », la religion s'est intégrée à la politique selon une double perspective : d'une part, un discours universel prétendant répandre la démocratie, et d'autre part, des allusions religieuses explicites à « l'axe du mal » et à la lutte entre le bien et le mal. La religion n'était alors pas une alternative au libéralisme, mais plutôt un complément ; un outil de mobilisation interne qui renforçait un récit moral dissimulant l'intervention militaire sous le couvert d'une mission civilisatrice.
Avec Obama, cette dimension semble s'être estompée. L’administration a rebaptisé l’impérialisme sous une forme plus « rationnelle » : multilatéralisme, diplomatie et respect du droit international. Mais ce changement n’était, au fond, qu’un simple reconditionnement, et non une véritable transformation. Les interventions n’ont pas cessé ; leurs outils ont simplement évolué (drones, sanctions, guerres par procuration), tandis que le discours est resté plus proche de la légitimité juridique que de la mobilisation religieuse directe. Dans ce contexte, la présence publique de la religion a été réduite, non éliminée, au profit d’un langage technocratique qui dissimulait la violence derrière des concepts d’administration et de gouvernance.
Le changement le plus marqué s'est produit avec Trump : la façade libérale s'est considérablement effondrée, laissant place à un discours nationaliste flagrant, grossier et direct. Dans ce contexte, la religion n'était plus un simple arrière-plan culturel, mais s'est transformée en un outil de justification quasi explicite. Lorsque Jésus-Christ est invoqué dans le discours politique pour justifier des politiques agressives, on assiste à un glissement d'une « idéologie douce » vers une justification religieuse grossière de la politique. Cela ne reflète pas la force, mais révèle plutôt une crise de légitimité : lorsque l'impérialisme perd sa capacité à persuader les publics nationaux et internationaux par le langage du droit ou des valeurs universelles, il recourt à un discours qui transcende le débat rationnel et invoque l'absolu.
Ces transformations expriment l'adaptation de la structure impérialiste à l'évolution des conditions historiques. À l'ère de l'hégémonie quasi absolue qui a suivi la Guerre froide, l'intervention militaire pouvait être présentée comme faisant partie d'un projet universel. Mais avec l'érosion de cette hégémonie, la montée en force d'autres puissances internationales et les contradictions croissantes au sein même de la société américaine, il est devenu nécessaire de rechercher d'autres sources de cohésion. Ici, la religion apparaît non pas comme une foi individuelle, mais comme une idéologie de mobilisation qui reproduit la division dans une image morale simplifiée : nous/eux, le bien/le mal.
Invoquer la religion dans ce contexte vise non seulement à justifier des actions extérieures, mais aussi à contrôler des actions intérieures. Cela crée un sentiment d'unité artificielle qui transcende les divisions de classe et transforme le conflit, initialement lié à des intérêts matériels (pétrole, influence, marchés), en une lutte existentielle fondée sur des valeurs. En ce sens, la religion s'intègre à un mécanisme plus vaste de reproduction de l'hégémonie, où puissance militaire et discours idéologique convergent au sein d'une même structure.
En conclusion, ce à quoi nous assistons n'est pas l'aberration personnelle d'un dirigeant ou d'une administration, mais plutôt l'expression d'une étape du développement de l'impérialisme américain, où les formes « rationnelles » de légitimité cèdent la place à des formes plus directes et primitives. Invoquer le sacré pour masquer la violence n'est pas un signe de confiance, mais de crise : la crise d'un système qui n'est plus capable de dissimuler ses contradictions et qui recourt aux moyens de mobilisation les plus extrêmes pour se perpétuer.
Dr Tannous Chalhoub
Le 22 mars 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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