| C’est une voix forte pour la paix et la reconnaissance du peuple palestinien qui s’est éteinte. © Patrice Pierrot/ABACA |
En quelques mots imparables mais sans arrogance, elle rétablissait telle vérité historique, maltraitée par le récit dominant. Par exemple, le fait que le Conseil national palestinien a reconnu Israël en 1988 et qu’il a proclamé l’État palestinien sur seulement 23 % du territoire de la Palestine mandataire, soit bien moins que les 54 % que l’ONU lui avait attribués en 1947 : « Arafat voulait mettre un terme à la guerre par le compromis, sauf que personne n’a aidé Arafat ni son peuple », rappelait Leïla. Près de quarante ans plus tard, loin de reconnaître enfin, à son tour, l’État de Palestine, le pouvoir israélien et son armée anéantissent Gaza, tandis qu’en Cisjordanie l’occupant cherche, en détruisant des camps de réfugiés et en couvrant les exactions des colons, à créer les conditions d’une réannexion totale du territoire palestinien.
Pourtant, si 85 États viennent enfin de condamner la volonté d’Israël « d’étendre (sa) présence illégale » en Cisjordanie occupée, ils laissent désespérément impunies les innombrables violations du droit international par Israël. Cette lâcheté exaspérait Leïla : « Une voix pour la paix dans un monde sourd », soulignait avec justesse, le lendemain de sa disparition, l’éditorial du grand quotidien libanais « l’Orient-le Jour ».
Mais son combat, ô combien légitime, contre l’occupant, tout comme sa juste colère contre l’impunité totale accordée aux autorités israéliennes, fussent-elles coupables du pire des crimes contre des populations civiles, ce « deux poids deux mesures » érigé en système, en particulier par l’Europe, ne conduisait jamais Leïla à perdre ses repères éthiques. Face au massacre du 7 octobre 2023, elle, qui comptait des amis et des amies chers en Israël et s’opposa toujours à toute violence contre des populations civiles, s’est dite « horrifiée », affirmant que ses auteurs, du Hamas, « devront être jugés par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre ».
Par ailleurs, si elle a vivement reproché aux dirigeants européens, et occidentaux en général, de ne pas s’impliquer dans la tragédie infligée par Israël à la Palestine, elle n’a pas moins ménagé ses critiques, souvent acerbes, vis-à-vis de ceux du monde arabe, et même, le cas échéant, à l’encontre de l’Autorité palestinienne. Cette sincérité à toute épreuve lui conférait une force de conviction dépassant largement les limites d’un quelconque « camp ». Telle était Leïla, notre amie et notre référence pour la cause palestinienne et toutes les valeurs humaines – la justice, l’égalité, la dignité – qui s’y rattachent et en font une cause universelle.
Par Francis Wurtz, député honoraire au Parlement européen.
L'Humanité du 28 février 26
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