Cette année, l'Aïd arrive dans la bande de Gaza dans un contexte humanitaire catastrophique. La guerre en cours et la fermeture des points de passage ont un impact profond sur la vie quotidienne. L'atmosphère festive est morne, car les besoins essentiels à la survie priment sur les célébrations.
Dans les rues, les décorations qui ornaient autrefois les quartiers ont disparu, et les chants de takbir (la proclamation de la grandeur de Dieu) qui se mêlaient aux rires des enfants se font désormais discrets. Les marchés semblent presque déserts : les prix ont explosé et les produits de première nécessité sont rares en raison des restrictions d'entrée. Un vendeur a confié au quotidien Al-Hadaf News : « Avant la guerre, l'Aïd était une période de grande effervescence, tant sur le plan de la vie que du commerce. Les marchés grouillaient de monde et les achats et les ventes explosaient. Chacun se préparait à acheter vêtements, sucreries et tout le nécessaire pour les fêtes.
Aujourd'hui, la situation est tout autre. Les affaires sont au ralenti, les marchandises sont rares à cause de la fermeture des points de passage et de la guerre, et les prix sont exorbitants, inaccessibles à la plupart des gens. Même ceux qui viennent au marché ne peuvent que regarder, incapables d'acheter quoi que ce soit. L'Aïd a perdu beaucoup de son sens pour nous, commerçants, car nous comptions sur cette période pour compenser nos pertes et améliorer notre situation. Dans ces conditions, nous ne parlons plus de profits comme avant. Notre principale préoccupation est devenue la survie et la résilience, la tentative de préserver ce qui reste de nos commerces, en espérant que les jours à venir apporteront des jours meilleurs et permettront un semblant de normalité dans nos vies et sur les marchés. »
Des tentes à la place des maisons… et l’Aïd marqué par le déracinement
Dans les abris et les camps de déplacés, l’Aïd prend une tout autre dimension : des milliers de familles sans abri vivent sous des tentes, privées du strict nécessaire. Là, malgré la dure réalité et la souffrance accumulée, les mères s’efforcent de créer une atmosphère simple pour leurs enfants.
Umm Yasser Al-Safadi confie : « Nous essayons de rendre nos enfants heureux avec des choses simples… un bonbon, un mot gentil. Nous essayons de leur redonner le sourire malgré la fatigue et nous cachons notre tristesse autant que possible pour qu’elle ne les atteigne pas. Mais la vérité, c’est que l’Aïd a beaucoup changé et n’est plus ce qu’il était. Avant, nous attendions ces jours avec une immense joie, nous préparions la maison, nous achetions de nouveaux vêtements et nous accueillions l’Aïd le cœur rempli de bonheur.
Aujourd’hui, nous vivons sous une tente, privés du strict nécessaire, et pourtant nous essayons de faire en sorte que nos enfants sentent que l’Aïd existe encore et d’apporter un peu de joie dans leurs cœurs malgré cette dure réalité. » L'enfant Ali Issa ajoute : « J'aimerais tellement porter de nouveaux vêtements et jouer avec mes amis… mais nous sommes ici, sous la tente, et nous ne ressentons plus la même joie qu'avant. L'Aïd a beaucoup changé pour nous, et maintenant, nous attendons les choses les plus simples pour être heureux. Nous essayons de vivre l'instant présent, d'oublier la fatigue et de rire autant que possible, malgré tout. Si Dieu le veut, le prochain Aïd sera meilleur, et nous pourrons porter de nouveaux vêtements et jouer en toute sécurité comme avant. »
Perte, douleur et souvenirs indélébiles
De nombreuses familles passent la fête de l'Aïd sans leurs proches disparus pendant la guerre, ou dans des maisons réduites en ruines, ce qui rend le deuil omniprésent dans l'espace public, malgré leurs efforts pour rester fortes et résilientes.
Abou Muhammad al-Najjar, qui a perdu sa maison, raconte : « Ma maison a été détruite, et tous les souvenirs qu'elle renfermait ont disparu avec elle. J'ai perdu ce lieu qui représentait la sécurité et le confort pour ma famille et moi, avec tous ses petits détails du quotidien et ses moments simples. L'Aïd avait ses propres rituels, de la préparation de la maison à l'accueil des proches et aux visites, créant une atmosphère de joie et de chaleur familiale. Mais aujourd'hui, tout a changé. Nous vivons comme des déplacés, loin de chez nous, accablés par l'inquiétude du logement et de la sécurité. Malgré cette immense douleur, ma plus grande préoccupation reste le bien-être et la sécurité de mes enfants, car c'est ce qui me donne la force de continuer. Nous essayons de leur donner de l'espoir et d'adoucir la dureté de la réalité, malgré les difficultés croissantes auxquelles nous sommes confrontés, en espérant que les jours reviendront et qu'avec eux nos maisons et nos souvenirs seront restaurés tels qu'ils étaient autrefois. »
Fermeture des points de passage… Une crise qui s’aggrave
La fermeture des points de passage a considérablement aggravé la crise humanitaire dans la bande de Gaza, entraînant une forte diminution de l’acheminement de l’aide humanitaire et des biens de première nécessité. Cette situation a des répercussions directes sur le quotidien des habitants. Avec le maintien de cette fermeture, les prix des produits de base ont flambé, alourdissant le fardeau des familles et rendant l’accès aux produits de première nécessité extrêmement difficile pour beaucoup.
Cette situation dramatique ne se limite pas à la seule sphère économique, mais s’étend à divers aspects de la vie. De nombreuses familles sont désormais incapables de subvenir à leurs besoins essentiels, qu’il s’agisse de nourriture, de vêtements ou de fournitures pour les occasions spéciales, même pendant les périodes qui étaient auparavant considérées comme des moments de joie, tels que les fêtes et les célébrations religieuses.
Une fête empreinte de résilience
Malgré tout, l'Aïd à Gaza témoigne de la force de l'esprit humain et de sa capacité à s'accrocher à la vie. Les apparences peuvent s'estomper et les fardeaux peser lourd sur les cœurs, mais l'esprit de résilience demeure.
À Gaza, cette année, l'Aïd ne se mesure pas aux vêtements neufs ni aux festins fastueux, mais à la persévérance du peuple, au sourire d'un enfant sortant des tentes et à l'espoir tenace que les fêtes futures apporteront davantage de miséricorde et de paix.
(Correspondance locale - Gaza, le 20 mars 2026)
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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