Dans une lettre ouverte à la hiérarchie militaire, rendue publique lundi 16 mars et dont le Monde se fait l’écho, quatre anciens hauts gradés israéliens, membres de Commandants pour la sécurité d’Israël, dénoncent des « actes de violence (qui) s’appuient sur un système organisé comportant plusieurs niveaux hiérarchiques institutionnels ». De son côté, le rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme publié mardi 17 mars pointe « une expulsion massive de Palestiniens d’une ampleur inédite ».
Le week-end dernier, dans le nord de la Cisjordanie occupée, un couple de Palestiniens, un homme de 37 ans et sa femme de 35 ans, ainsi que leurs deux garçons de 5 et 7 ans ont été tués par des soldats. La semaine précédente, deux Palestiniens ont été tués par des tirs de colons à Abu Falah, au nord-est de Ramallah, un troisième est mort asphyxiés… Menaces, exactions, expulsions… La violence de l’armée et des colons israéliens est le quotidien des Palestiniens de ce territoire pour lequel le gouvernement de Benyamin Netanyahou, non content du génocide conduit à Gaza, ne cache pas ses projets d’annexion en violation du droit international.
Malgré un fort soutien de la population et des partisans de la paix qui se sentent souvent bien seuls, des voix s’élèvent jusqu’au cœur du système. Dans une lettre ouverte à la hiérarchie militaire, rendue publique lundi 16 mars et dont le Monde se fait l’écho, quatre anciens hauts gradés israéliens, membres de Commandants pour la sécurité d’Israël (le plus grand groupe israélien d’anciens généraux de l’armée, du Mossad, du Shin Bet, de la police et des corps diplomatiques équivalents), qui avaient alerté six mois plus tôt, dénoncent « la violence et le terrorisme juifs (qui) n’ont cessé de s’intensifier depuis, devenant un phénomène quotidien, permanent et terrifiant ».
« Émeutes et pogroms purs et simples »
Les auteurs pointent une violence systémique visant la colonisation du territoire : « Il ne s’agit pas ici de quelques émeutiers ou de “mauvaises herbes”. Ces actes de violence s’appuient sur un système organisé comportant plusieurs niveaux hiérarchiques institutionnels. Ce système a des objectifs clairs : vider de larges zones de toute présence palestinienne par le biais de menaces, d’atteintes graves à la vie et aux biens, ainsi que d’émeutes et de pogroms purs et simples », écrivent-ils.
Les signataires redoutent la volonté des responsables politiques « d’entraîner l’armée israélienne dans une guerre totale en Cisjordanie et d’aboutir à une situation similaire à celle de Gaza » et que « la violence et la terreur exercées par les colons radicalisent les Palestiniens, les poussant à prendre les armes et à rejoindre le Hamas et d’autres organisations terroristes ». Une lettre qui fait écho au rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme publié mardi 17 mars.
« Le déplacement de plus de 36 000 Palestiniens en Cisjordanie occupée constitue une expulsion massive de Palestiniens d’une ampleur inédite », estime le document qui couvre la période allant de novembre 2024 à la fin octobre 2025. Le Haut-Commissariat souligne que « les déplacements en Cisjordanie occupée, qui coïncident avec le déplacement massif de Palestiniens à Gaza (…), semblent indiquer une politique israélienne concertée de transfert forcé massif » sur l’ensemble des territoires occupés, « qui soulève des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique ».
« La violence des colons largement impunie »
Le rapport fait également état, sur la période concernée, de « l’avancement ou de l’approbation, par les autorités israéliennes, de 36 973 unités de logement dans les colonies de Jérusalem-est occupée et d’environ 27 200 dans le reste de la Cisjordanie ». « Depuis la fin de la période couverte par ce rapport, les efforts concertés du gouvernement israélien pour s’emparer du plus grand nombre possible de terres palestiniennes, avec le moins de Palestiniens possible qui y vivent, s’intensifient sans relâche », a déclaré mardi Ajith Sunghay, qui dirige le bureau du Haut-Commissariat dans les territoires palestiniens.
« À cette fin, des Palestiniens sont chassés de leurs foyers et de leurs terres chaque jour, afin de permettre l’expansion des colonies illégales », a-t-il ajouté devant la presse à Genève. Dans son rapport, le Haut-Commissariat recense 1 732 incidents de violence commis par des colons ayant entraîné des victimes ou des dégâts matériels, contre 1 400 lors de la période précédente (novembre 2023 à fin octobre 2024).
Contrairement aux déclarations du premier ministre israélien visant à faire croire à des actes isolés et réprimés, « la violence des colons s’est poursuivie de manière coordonnée, stratégique et largement impunie, les autorités israéliennes jouant un rôle central », souligne le rapport.
« Évacuer tous les colons et à mettre fin à l’occupation »
Au total, sept Palestiniens ont été tués par des colons israéliens en Cisjordanie en 2026, « un chiffre en forte hausse par rapport aux huit Palestiniens tués par des colons durant toute l’année 2025 », selon Ajith Sunghay. Et depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, « la situation s’est aggravée », a-t-il affirmé, indiquant que « les forces de sécurité israéliennes continuent de tuer des Palestiniens en toute impunité, comme en témoigne le meurtre d’un jeune homme de 17 ans ce matin ».
Le « transfert illégal » de Palestiniens « constitue un crime de guerre », rappelle de son côté le Haut-Commissariat. Et « dans certaines circonstances », de tels actes peuvent même « s’apparenter à un crime contre l’humanité ».
Dans un communiqué, le Haut-Commissaire Volker Türk appelle Israël « à cesser immédiatement et complètement la création et l’expansion des colonies, à évacuer tous les colons et à mettre fin à l’occupation » des territoires palestiniens. Il demande également à Israël « de permettre le retour des Palestiniens déplacés et de mettre fin à toutes les pratiques de confiscation de terres, d’expulsions forcées et de démolitions de maisons ».
L'Humanité du 18 mars 2026

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