La FIFA sanctionne Israël pour « discriminations », pas pour ses clubs illégaux en Cisjordanie occupée

 

12 février 2025 des supporters du Celtic déploient une banderole demandant une sanction des instances du foot contre IsraëlAndrew Milligan/PA Wire
Après deux ans d’enquête faisant suite à deux requêtes palestiniennes, la FIFA a sanctionné Israël, jeudi 19 mars, pour avoir violé ses règles anti-discrimination. Dans le même temps, l’instance internationale ne dit rien sur l’implantation des clubs israéliens de football en Cisjordanie occupée, profitant de la colonisation illégale.
Comportements racistes, slogans exaltant la pureté raciale, insultes envers les joueurs arabes, propagande de dirigeants… Après deux ans de suspense, la FIFA a tranché jeudi 19 mars deux requêtes palestiniennes : elle a sanctionné Israël pour avoir violé ses règles anti-discrimination, tout en classant le dossier des clubs israéliens de football en Cisjordanie occupée.
Si l’instance mondiale a infligé 150 000 francs suisses (environ 165 000 euros) d’amende à la fédération israélienne de football (IFA) pour des « violations graves et répétées » de ses obligations de lutte contre les discriminations, la commission de discipline n’a pas suspendu l’IFA, comme le lui demande depuis 2024 la fédération palestinienne (PFA) en l’exhortant à respecter ses statuts et se « tenir du bon côté de l’histoire ». La fédération israélienne devra payer les deux tiers de l’amende « sous 30 jours », et investir le reste dans la mise en œuvre d’un plan général visant à « prévenir la répétition d’incidents de ce type ».

« Incitation au génocide »
Elle devra également déployer, lors de ses trois prochains matches internationaux à domicile, « une banderole d’une taille significative et très visible portant les mots « Football Unites the World – No to Discrimination » (le football unit le monde – Non à la discrimination) », ajoute l’instance.
Sur 40 pages, sa décision égrène une cascade de comportements racistes dans le football israélien, allant de slogans exaltant la pureté raciale dans les tribunes du Beitar Jérusalem aux insultes envers les joueurs arabes, en passant par des « messages politiques et militaristes » de dirigeants des Ligues professionnelles et du Maccabi Netanya sur leurs réseaux sociaux.
À propos du partage d’un article hostile à tout cessez-le-feu à Gaza, la commission de discipline estime ainsi que « l’absence de tout langage atténuant – tel que des appels à la retenue, des préoccupations pour les victimes civiles ou la reconnaissance de principes humanitaires – rend cette publication non seulement politiquement chargée, mais également problématique sur le plan éthique ».
Pour condamner l’IFA, la FIFA juge insuffisantes et trop vagues les amendes qu’elle avait infligées au Beitar, sans les rattacher explicitement à des incidents racistes. Elle observe aussi que l’instance n’a « fait aucune déclaration publique condamnant le racisme, n’a lancé aucune campagne de lutte contre la discrimination et n’a entrepris aucune démarche visant à favoriser l’inclusion de joueurs arabes ou palestiniens ».
« Si cela constitue un pas dans la bonne direction », a estimé dans la nuit l’instance palestinienne sur son compte Facebook, « les conclusions ne répondent pas pleinement à l’ampleur et la gravité des violations soulevées » par sa requête, qui allaient jusqu’à « l’incitation au génocide ».

Rien sur la colonisation et le « nettoyage ethnique »
Autre revers : la FIFA n’adoptera « aucune mesure » concernant les clubs israéliens implantés dans les colonies illégales de Cisjordanie. « La FIFA ne devrait prendre aucune mesure étant donné que (…) le statut juridique final de la Cisjordanie demeure une question non résolue et extrêmement complexe en droit international public », a justifié l’organisation, qui compte « continuer à promouvoir le dialogue et offrir une médiation » entre IFA et PFA.
Pourtant, au regard du droit international justement, la colonisation israélienne en Cisjordanie est illégale. Plus de 500 000 Israéliens vivent en Cisjordanie – hors Jérusalem-est – parmi environ trois millions de Palestiniens, dans des colonies que les Nations unies considèrent comme hors-la-loi.
Dans un rapport publié le 17 mars, soit deux jours avant la décision de la FIFA, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU dénonçait « le déplacement de plus de 36 000 Palestiniens en Cisjordanie occupée », ce qui « constitue une expulsion massive (…) d’une ampleur inédite ». Le haut-commissariat soulignait que « les déplacements en Cisjordanie occupée, qui coïncident avec le déplacement massif de Palestiniens à Gaza (…), semblent indiquer une politique israélienne concertée de transfert forcé massif » sur l’ensemble des territoires occupés, « qui soulève des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique ». L’ONU enfin appelait Israël à cesser immédiatement l’expansion des colonies en Cisjordanie.
Selon plusieurs experts des Nations Unies, « au moins huit clubs de football se sont développés ou ont été identifiés comme jouant dans les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée ». De plus, ces « clubs israéliens, dont beaucoup ont fait preuve de racisme envers le peuple et les joueurs palestiniens au fil des ans, sont intégrés à l’IFA », soulignaient-ils, précisant qu’un neuvième club, basé en Israël, joue certains de ses matches à domicile dans une colonie.

Théo Bourrieau
L'Humanité du 21 mars 2026

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