Guerre en Iran : pourquoi Téhéran doute des réelles intentions diplomatiques de Donald Trump

 

En parallèle, Washington continue d’étudier une intervention terrestre.© Iranian Red Crescent/UPI /ABACAPRESS.COM
Un mois après le déclenchement des bombardements sur l’Iran, le président des États-Unis promet à Téhéran des négociations au Pakistan en vue d’un cessez-le-feu ou l'enfer. Les deux dernières initiatives de Donald Trump se sont soldées par des attaques contre la République islamique en juin et en février.
Un mois après le déclenchement de la guerre illégale en Iran, le président des États-Unis est-il réellement prêt à un accord avec l’Iran ? Donald Trump assure depuis lundi que des discussions ont lieu pour mettre un terme au conflit avec la République islamique. Téhéran a jusqu’à présent démenti.
Plusieurs médias états-uniens et israéliens révèlent que Washington aurait soumis via le Pakistan un plan de paix en 15 points à Téhéran. Comme en juin et en février, lors des pourparlers américano-iraniens, les mêmes sujets de négociation demeurent : le programme nucléaire iranien, son enrichissement, le soutien aux alliés régionaux. La nouveauté de ce plan concerne la réouverture du détroit d’Ormuz à la navigation.

L’obstacle israélien
L’Iran a publiquement démenti les propos du président Donald Trump sur des discussions en cours. Pour l’instant, personne ne sait si ce plan sert de base de négociation. « Nous sommes en négociation en ce moment », a encore réaffirmé Donald Trump, précisant que son émissaire, Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président, J. D. Vance, et le chef de la diplomatie, Marco Rubio, participaient à ces discussions.
Selon la presse israélienne, le premier ministre Benyamin Netanyahou ne souhaite pas un tel compromis qui limiterait la capacité d’Israël à mener de nouveaux bombardements contre l’Iran. Tel-Aviv n’a jamais caché son opposition a tout accord entre Washington et Téhéran, car l’exécutif israélien a besoin de l’Iran comme menace existentielle. « Avant le 28 février, la diplomatie avait permis de régler la question du nucléaire, même chose pour les proxys et il restait à négocier sur les missiles », rappelle Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS.
Selon le site d’information Axios, les responsables iraniens ont indiqué « aux pays médiateurs (le Pakistan, l’Égypte et la Turquie) que les mouvements militaires américains » et le déploiement d’importants renforts de troupes « ont renforcé leur soupçon que sa proposition de pourparlers de paix n’était qu’une ruse ». Car l’administration iranienne a rappelé avoir été trompée « à deux reprises par le président Trump ».
En parallèle, Washington continue d’étudier une intervention terrestre. L’armée va déployer dans la région 3 000 parachutistes de la 82e division aéroportée alors que des nouveaux navires de guerre doivent rejoindre la zone. Dans ce contexte, les autorités iraniennes auraient refusé le plan états-unien et posé des conditions préalables aux négociations : la fin des assassinats, des garanties concrètes empêchant la reprise de la guerre, la fin des attaques contre « les groupes de résistance » au Moyen-Orient, le versement de dommages, la reconnaissance de la souveraineté de l’Iran sur le détroit d’Ormuz et la poursuite du programme de développement de missiles.

Trump prêt à “déchainer l’enfer”
Dans un geste d’ouverture, Téhéran a déclaré que les « navires non hostiles » pouvaient emprunter le détroit d’Ormuz. Le président du parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, ancien commandant des gardiens de la révolution durant la guerre Iran-Irak a averti sur X que les troupes américaines ne devaient pas « mettre notre détermination à l’épreuve ». Cette figure parmi les radicaux ressort après la mort de Ali Larijani comme capable de parvenir à un accord avec Washington.
Une issue diplomatique qui a été confirmée par le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). « Je pense qu’il pourrait y avoir des pourparlers ce week-end à Islamabad », a déclaré Rafael Grossi au journal italien Corriere della Sera, sans donner plus de détails mais évoquant des discussions sur les missiles et « les garanties de sécurité » pour l’Iran.
Devant le refus de Téhéran de négocier sur le plan en 15 points, la porte-parole de la Maison-Blanche a adressé une forme d’ultimatum, mercredi, aux autorités iraniennes. Karoline Leavitt, a menacé si l’Iran « ne comprend pas qu’il a été vaincu militairement (…), le président Trump veillera à ce qu’il soit frappé plus durement » et à « déchaîner l’enfer ».

Vadim Kamenka
L'Humanité du 25 mars 2026

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