Guerre en Iran : alors qu’Israël multiplie les fronts, à Gaza, le cauchemar continue

 

À l’approche de la fin du ramadan, les distributions de denrées alimentaires sont toujours limitées de manière draconienne.© Khames Alrefi / Anadolu via AFP
Tout en attaquant l’Iran et le Liban, Tel-Aviv intensifie chaque jour son emprise dans l’enclave palestinienne au mépris du plan de paix conclu avec le Hamas. L’armée israélienne instrumentalise le contexte au Moyen-Orient pour transformer Rafah en goulet d’étranglement.
Sans surprise, la deuxième phase du plan de paix conclu entre Israël et le Hamas sous l’égide de Donald Trump, qui prévoit notamment un retrait progressif de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, le désarmement du mouvement islamiste ainsi que le déploiement d’une force internationale dite de stabilisation, est au point mort.
Au moyen d’une ligne de démarcation jaune, tracée du nord au sud de l’enclave palestinienne, Tel-Aviv marque ostensiblement son occupation sur plus de la moitié du territoire et n’a aucune intention de s’en retirer. L’armée israélienne continue de bombarder tout ce qui se trouve en dehors, en violation du cessez-le-feu. Les civils palestiniens qui osent s’approcher de ce périmètre militarisé sont pris pour cible par les snipers, l’artillerie ou les drones israéliens.
À l’intérieur, l’attention est surtout focalisée sur le point de passage de Rafah. L’unique porte d’accès au monde extérieur pour les Gazaouis, qui relie le sud de la bande de Gaza à l’Égypte, a été rouverte partiellement mercredi par l’armée israélienne, mais « uniquement pour une circulation limitée de personnes », a averti dans un communiqué le Cogat, organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles dans les territoires occupés.
Dès le 28 février, date du début de la guerre illégale provoquée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les forces d’occupation avaient fermé tous les passages frontaliers vers le territoire palestinien, dont Rafah. En rouvrant ce dernier au compte-goutte, elles créent ainsi un véritable goulet d’étranglement et s’assurent un contrôle total de ceux qui entrent et qui sortent de Gaza.

L’aide acheminée par l’Unicef suspendue
Ces opérations sont menées en coopération avec des milices palestiniennes armées, ouvertement anti-Hamas. L’une d’elles se fait appeler « Forces populaires », assiste les soldats israéliens aux checkpoints en toute illégalité. La même situation prévalait déjà durant les quatre semaines de première réouverture du point de passage, le mois dernier.
À l’approche de la fin du ramadan, les distributions de denrées alimentaires sont toujours limitées de manière draconienne. De nombreux déplacés peinent à se nourrir chaque jour. Au point de passage de Kerem Shalom, par lequel transite et est inspectée l’aide humanitaire depuis l’Égypte, le Cogat a annoncé mardi suspendre les cargaisons acheminées par l’Unicef, prétextant avoir déjoué une tentative de contrebande de tabac et de nicotine. L’agence onusienne pour l’enfance a annoncé l’ouverture d’une enquête interne. L’organisme israélien a prévenu que la reprise des livraisons serait soumise à des réponses sur ces soupçons.
Cette décision est d’autant plus préoccupante que l’ONU réclame depuis des mois l’ouverture de nouveaux points de passage. Dans un contexte de génocide à Gaza et d’offensive en Iran, de nombreux Palestiniens se sentent esseulés. « L’impunité règne et les actions disproportionnées se normalisent dans un contexte d’escalade des conflits au Moyen-Orient, a fustigé sur X Philippe Lazzarini, directeur de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens. C’est un cercle vicieux : plus les violations sont nombreuses, plus la culture de l’impunité se renforce. Et cette culture est même célébrée sans aucune honte. »

Antoine Portoles
L'Humanité du 18 mars 26

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire