Le détroit bloqué par Téhéran symbolise l’échec de la stratégie militaire du président états-unien. Le responsable du contre-terrorisme de son administration démissionne, dénonçant le « mensonge » quant à une menace imminente iranienne.
Enlisé dans une guerre qui ne produit pas les effets attendus, incapable de justifier auprès de l’opinion publique sa décision, isolé sur le plan diplomatique, Donald Trump doit désormais affronter une première défection au sein de l’appareil d’État : Joe Kent, responsable du contre-terrorisme, a rendu publique sa décision dans une lettre adressée directement au locataire de la Maison-Blanche et rendue publique sur les réseaux sociaux.
Il y affirme notamment que l’Iran ne représente pas une « menace imminente » pour les États-Unis. « C’est un mensonge, assène-t-il. Au début de ce mandat, de hauts responsables israéliens et des personnalités influentes des médias américains ont mené une campagne de désinformation qui a complètement sapé votre programme « l’Amérique d’abord » et a attisé les sentiments bellicistes afin d’encourager une guerre contre l’Iran. »
Son ciblage d’une influence israélienne lui vaut les accusations d’antisémitisme de la part de certains élus républicains. Pourtant, le secrétaire d’État, Marco Rubio, a lui-même justifié l’engagement de Washington par un soutien « préventif » à Tel-Aviv, qui avait décidé de lancer une guerre contre l’Iran.
Joe Kent, un ancien militaire devenu isolationniste
Le profil très Maga (Make america great again) du démissionnaire gêne la Maison-Blanche. Impossible de le dépeindre en fou furieux gauchiste. Joe Kent est un ancien militaire de carrière, déployé à 11 reprises à l’étranger, principalement en Irak. C’est la mort de son épouse, chiffreuse dans l’armée, dans un attentat djihadiste près d’Alep (Syrie), qui le fait basculer dans le camp de la critique de la « guerre contre le terrorisme ». Il se rapproche alors des milieux libertariens puis de Donald Trump, lorsque ce dernier mène sa première campagne des primaires républicaines en s’opposant notamment aux « guerres sans fin ».
Isolationniste convaincu, c’est à ce titre qu’il est nommé au contre-terrorisme auprès de la directrice de la sécurité nationale, Tulsi Gabbard, une ancienne démocrate soutien de Bernie Sanders en 2016, convertie au trumpisme par conviction pacifiste illusoire. Cette dernière, totalement marginalisée au sein de l’administration Trump depuis plusieurs mois, s’est fendue d’un communiqué mou dans lequel elle assure que, « après avoir examiné attentivement toutes les informations dont il disposait, le président Trump a conclu que le régime islamiste terroriste iranien représentait une menace imminente et il a pris des mesures en conséquence ».
L’administration Trump fait bloc. À l’image du vice-président, J. D. Vance, supposément le plus hostile aux aventures guerrières, qui a assuré, mardi 17 mars, le service minimum en se disant« convaincu » que Donald Trump « fera du bon travail pour le peuple américain et qu’il veillera à ce que les erreurs du passé ne se reproduisent pas ». Alors qu’une majorité des États-Uniens se déclarent opposés à la guerre (56 %, selon un sondage Quinnipiac réalisé le 9 mars), l’électorat républicain (85 %) demeure fidèle à son « champion ». Seul l’envoi de troupes au sol semble constituer une « ligne rouge ». La démission de Joe Kent produira-t-elle un appel d’air au sein de la coalition républicaine ? Ou la dégradation de la situation contribuera-t-elle à dégrader le soutien aveugle de la base à un Donald Trump empêtré dans sa propre guerre ?
L’Otan refuse d’aider à débloquer le détroit
Si les annonces d’assassinat de dirigeants iraniens se succèdent presque quotidiennement, la situation s’apparente de plus en plus à un bourbier. Marin en l’occurrence : le détroit d’Ormuz incarne la faillite stratégique du président états-unien. Selon plusieurs médias, il presse les généraux de faire quelque chose. Ces derniers tentent de lui expliquer qu’aucune opération militaire n’est possible dans cette configuration. Ormuz est une souricière. Il se tourne alors vers des alliés de l’Otan qu’il rudoie en temps habituel.
Ceux-ci déclinent. Une « erreur vraiment stupide » de leur part, accuse-t-il, mardi 17 mars. « J’ai longtemps dit que je me demandais si l’Otan serait jamais là pour nous. Donc ceci était un grand test, parce que nous n’avons pas besoin d’eux mais ils auraient dû être là. » Aucune puissance européenne ou atlantiste ne veut rejoindre Donald Trump dans le piège qu’il s’est lui-même tendu. Pour couronner le tout, le plus grand porte-avions au monde et le plus cher (13 milliards de dollars), le Gerald Ford, actuellement déployé en mer Rouge, souffre de plusieurs problèmes. Il devra mettre le cap sur la Crète pour des réparations, ôtant une pièce maîtresse à un dispositif états-unien déjà impuissant à faire plier le pouvoir à Téhéran.
Christophe Deroubaix
L'Humanité du 18 mars 2026

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