Attaques contre le plus grand champ gazier du monde, répliques sur les pays du Golfe, Trump se défausse sur Israël… les ressorts de l’escalade sur les installations énergétiques au Moyen-Orient

 

Les attaques israéliennes survenues mercredi 18 mars sur le champ gazier géant de South Pars/North Dome et la réplique iranienne inquiètent au plus haut point. Principal instigateur de la guerre illégale déclenchée au Moyen-Orient au côté de Benyamin Netanyahou, Donald Trump aurait bel et bien approuvé les bombardements israéliens contre les infrastructures gazières iraniennes, contrairement à ce qu’il a affirmé.
Une nouvelle étape a été franchie dans la guerre illégale déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Mercredi 18 mars, Israël a bombardé le champ gazier géant de South Pars/North Dome, exploité conjointement par Téhéran et Doha : il s’agit tout simplement de la plus grande réserve de gaz connue au monde. La réponse du régime islamique ne s’est pas fait attendre, puisqu’il a attaqué la raffinerie qatarie de Raf Laffan, le plus grand pôle de production de gaz naturel liquéfié (GNL) en service, dans la nuit de mercredi à jeudi. La compagnie nationale Qatar Energy a reconnu des « dégâts considérables » sur le site, ayant provoqué « d’importants incendies », tous « maîtrisés » depuis.
Et s’il s’agissait de l’acte militaire le plus dangereux depuis le début de la guerre ? Suite à l’attaque israélienne, les gardiens de la révolution ont officiellement déclaré les installations énergétiques des pays du Golfe comme des « cibles légitimes ». Outre les représailles sur Raf Laffan au Qatar, deux raffineries pétrolières de la compagnie nationale du Koweït ont été incendiées par des drones. Les Émirats arabes unis ont signalé ce jeudi une chute de débris de missiles interceptés sur l’un de ses complexes gaziers, désormais fermé.

Donald Trump aurait bien autorisé l’attaque israélienne
L’Arabie saoudite a déploré une attaque aérienne sur la raffinerie Samref de Saudi Aramco et d’Exxon Mobil, ainsi que des menaces sur le complexe pétrochimique de Jubail, essentiel pour les habitants de Riyad. « Nous nous réservons le droit de mener des actions militaires si cela s’avère nécessaire, a prévenu le ministre des Affaires étrangères saoudien, le prince Fayçal ben Farhane, à l’issue d’une réunion avec une dizaine de chefs de la diplomatie de pays arabes. Le Royaume ne cédera pas aux pressions, au contraire celles-ci se retourneront contre leurs auteurs. »
Le principal instigateur de cette réaction en chaîne, Donald Trump, a fait mine de ne pas avoir été informé du bombardement israélien de South Pars, survenu mercredi. « Israël, sous le coup de la colère face aux événements du Moyen-Orient, a violemment attaqué une installation majeure en Iran (…) Les États-Unis n’étaient au courant de rien concernant cette attaque, et le Qatar n’y était aucunement impliqué, ni même informé de son déroulement », a-t-il prétendu sur son réseau Truth Social. La suite du message révèle à quel point le président états-unien navigue à vue dans cette guerre.
« Israël ne mènera plus aucune attaque contre ce champ gazier de South Pars, d’une importance capitale, à moins que l’Iran ne décide imprudemment d’attaquer une cible innocente, en l’occurrence le Qatar. Dans ce cas, les États-Unis, avec ou sans l’aide ou le consentement d’Israël, détruiront massivement l’intégralité du champ gazier de South Pars avec une puissance jamais vue ni imaginée par l’Iran », a-t-il ajouté.
Est-il vraiment possible qu’il n’ait pas été prévenu en amont par Tel-Aviv de cette opération ? Pas pour Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël. « Trump peut publier ce qu’il veut. Mais il n’y a absolument aucune chance que l’armée israélienne mène une frappe à cet endroit sans en donner la visibilité complète au CENTCOM, a assuré le diplomate sur X. Trump était au courant (et a approuvé). Il réalise maintenant que cela a provoqué une escalade majeure avec les attaques (totalement injustifiées) de l’Iran contre des cibles énergétiques du Golfe. »

Les prix du gaz et du pétrole continuent de flamber
Barak Ravid, correspondant pour le site Axios, a lui aussi confirmé cette hypothèse sur X : « De hauts responsables israéliens et américains ont affirmé que les États-Unis avaient eu connaissance à l’avance de la frappe israélienne et l’avaient même approuvée afin de faire pression sur l’Iran. Après les représailles iraniennes contre les gisements gaziers du Qatar, Trump change désormais de cap ». Encore faut-il qu’il en ait un.
Donald Trump est définitivement embourbé dans cette guerre, lui qui voyait en cette attaque contre South Pars « un message adressé à Téhéran concernant sa position dans le détroit d’Ormuz », ont déclaré des responsables états-uniens cités par le Wall Street Journal.
Conséquence de cette nouvelle escalade, les prix des hydrocarbures continuent d’exploser. Le gaz européen s’envole : peu après le début de la cotation jeudi matin, le contrat à terme du TTF néerlandais (référence européenne), a bondi de 24,13 % à 67,85 euros le mégawattheure, après avoir grimpé jusqu’à 35 %. Pour le pétrole, le cours du baril de Brent de la mer du Nord (référence mondiale), a augmenté de 9,92 % à 118,03 dollars, peu après avoir grimpé de plus de 10 %. Son équivalent états-unien, le baril de WTI, a gagné 2,59 % à 98,81 dollars.

Antoine Portoles
L'Humanité du 19 mars 26

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