Alia Mamdouh : Un récit de souffrance

 

« La solitude du manque » est le titre du nouveau roman de l'écrivaine irakienne Alia Mamdouh, installée à Paris. Publié par Dar Al-Adab à Beyrouth (2026), il paraît six ans après son précédent ouvrage, « Le Tank », paru aux éditions Al-Mutawassit (2019).

L'auteure de « L'envie », qui a fait son entrée sur la scène littéraire il y a près d'un demi-siècle avec son œuvre majeure « Notes marginales à Mme B » (1977), où elle plongeait avec spontanéité et naturel dans l'univers de dix femmes, explorant leurs passés et leurs présents et éclairant leurs relations sexuelles dans le contexte culturel et social plus large de son pays, l'Irak, disséquera par la suite la vie irakienne dans ses romans suivants. Cette dissection embrassera la patrie, un lieu de souffrance et de cruauté, rongé par les maux sectaires et politiques, et aux prises avec les complexités de la modernité, le sous-développement, la pauvreté et le réactionnisme. L'ouvrage explorerait également la condition des exilés qui, tout en offrant à beaucoup une liberté, une justice et des droits humains pleinement respectés, restent insensibles à la chaleur humaine et à l'amour, assistant impassibles à nos souffrances et à nos tragédies, sans sourciller ni manifester la moindre compassion.

Dans « Boules de naphtaline » (1986), par exemple, Mamdouh invite le lecteur à savourer la vie irakienne dans toute sa saveur : entre la vieille Adhamiya de Bagdad et Karbala, la ville de l'Imam Hussein, entre les années 1940 et 1950, dans une langue qui évoque l'atmosphère même de ces lieux saints, la poussière de leurs mosquées et de leurs cours, et la voix de la protagoniste/narratrice, une enfant puis une adolescente, qui raconte des choses qu'elle a précieusement conservées dans le coffre-fort de sa mémoire, comme si elle les avait protégées de l'oubli et des ravages de la confusion à l'aide de « boules de naphtaline ».

Dans « The Craving » (2007), Alia Mamdouh aborde des problématiques complexes à travers une narration qui explore la signification du sexe dans son lien fondamental avec la politique, et celle de la masculinité dans son rapport au pouvoir et à ses suppôts. Elle y relate la douloureuse perte de soi, de l'être aimé et de la patrie. Dans « The Tank » (2019), elle se tourne vers une biographie romancée et culturelle de l'intelligentsia irakienne de la seconde moitié du XXe siècle. C'est dans les rues de cette élite, dispersée par l'exil et déplacée par les guerres, que les rêves d'un Irak moderne, éclairé et pluraliste ont été brisés par les chars des Marines et les turbans du sectarisme, transformant le pays en un lieu d'effacement et d'aveuglement.

Alia Mamdouh nous confronte sans cesse à de profonds dilemmes : le paradoxe de la beauté et de la futilité, de l'exil et de la patrie, de la liberté et de la tyrannie, de la folie et de la raison. Dans son nouveau roman, « La Solitude de l'imperfection », elle nous confronte au dernier de ces dilemmes : la maladie et la guérison. Elle avait déjà évoqué, lors d'un entretien avec « Kalimat », une maladie personnelle et un mal qui rongeait ses terres natales : « L'histoire des terres natales est singulière dans sa persistance à faire apparaître les enfants, et par conséquent les personnages de nos œuvres, indépendamment de leur âge ou de leur culture, comme s'ils oscillaient entre fragilité et domestication, entre diverses maladies et leur déni. Par ailleurs, certaines formes d'écriture, de peinture, de poésie et de musique semblent se contenter de saisir des instants fugaces et des pages de ce qu'on appelle santé, voire une santé imparfaite. »

Au sein de ce paradoxe, Mamdouh tisse une biographie corporelle qui ne considère pas la maladie comme une simple condition biologique, mais la métamorphose en une identité, un langage et un mode de connaissance. Avec son talent caractéristique, elle tisse au sein du texte des cercles sensibles tels que la famille, la maladie, l'exil et le corps, de sorte que ces cercles émergent, se séparent et se rejoignent, comme des pierres jetées dans un lac.

Le langage narratif repose sur une technique diagnostique, par laquelle des objets inanimés – plantes, appartement, air, taches de rousseur et toux – se voient attribuer des qualités et des actions humaines, transformant la douleur en un personnage doté d'intelligence et de présence. De plus, le langage devient un véritable laboratoire existentiel lorsqu'il ne décrit plus la maladie de l'extérieur, mais la ressent de l'intérieur. Le corps n'est plus le sujet du récit, mais devient le récit lui-même.

« La Solitude du Défaut » est un récit de la douleur au cœur même de la douleur, une écriture imprégnée du souffle même de la souffrance, qui remodèle des moments d'agonie d'un point de vue artistique et esthétique, où l'épreuve du réel s'entremêle à celle de l'écriture.

Muhammad Nasser al-Din
Le 02 mars 2026

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