Classée comme « organisation terroriste » par le gouvernement Starmer, Palestine Action a remporté, vendredi 13 février, une victoire d’ampleur : la justice estime que l’interdiction du mouvement est illégale. La répression des autorités avait amené à des centaines d’arrestations lors de manifestations de soutien et à la mise en danger de militants détenus, laissés en grève de la faim pendant plusieurs mois.
Le gouvernement britannique vient de voir, vendredi 13 février, sa politique répressive à l’encontre de Palestine Action contestée. Trois juges, sous la direction de la présidente de la Cour du banc du roi (« King’s bench division »), Victoria Sharp, sont formels : l’interdiction du mouvement de soutien au peuple palestinien est illégale. La ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a annoncé qu’elle ferait appel de cette décision.
Les membres de Palestine Action remportent donc « une victoire monumentale », se réjouit Huda Ammori, cofondatrice de Palestine Action, dans la lutte judiciaire qui les oppose au premier ministre britannique, Keir Starmer. Le dirigeant travailliste et son gouvernement avaient décidé, le 23 juin 2025, de placer Palestine Action sur sa liste des « organisations terroristes », au même titre que des organisations comme l’État islamique.
« Une longue série d’actes de vandalisme »
En une décision politique, la moindre affiliation ou soutien public au mouvement décolonial est devenu passible d’une lourde peine de prison – jusqu’à quatorze ans. L’interdiction de Palestine Action a surtout créé un précédent, en étant la première d’un groupe de protestation qui prône l’action directe et la désobéissance civile, de manière non-violente.
La ministre britannique de l’Intérieur, Yvette Cooper, a justifié l’interdiction par « l’attaque odieuse perpétrée à Brize Norton, aux premières heures du vendredi 20 juin, (qui) s’inscrit dans une longue série d’actes de vandalisme inacceptables commis par Palestine Action ». Cette dernière faisait ainsi référence aux jets de peinture rouge sur des avions de chasse britanniques, stationnés sur la base de la Royal Air force de Brize Norton.
Huda Ammori avait contesté l’interdiction lors d’un procès devant la Haute Cour de Londres, dont une partie s’est déroulée à huis clos et qui s’est conclu en décembre. « Nous avons été interdits parce que la perturbation, par Palestine Action, du plus grand fabricant d’armes d’Israël, Elbit Systems, a coûté à la société des millions de livres de bénéfices et lui a fait perdre des contrats de plusieurs milliards de livres », résume la cofondatrice du mouvement, auprès du quotidien britannique The Guardian.
Les opérations de Palestine Action avaient notamment permis, en 2022, de pousser Elbit Systems – la plus grande entreprise d’armement israélienne – à vendre son usine d’armement située à Oldham (nord de l’Angleterre) et de quitter la région. Les membres du collectif britannique avaient multiplié les actions directes pendant près de dix-huit mois, afin de dénoncer l’utilisation de l’usine pour produire les drones, chars et munitions à destination des forces d’occupation israéliennes. Un an plus tard, Tel-Aviv relançait ses crimes de guerre à grande échelle, amenant à un génocide des Palestiniens dans la bande de Gaza.
En vertu de la loi antiterroriste
Plusieurs membres de Palestine Action ont été arrêtés pour avoir participé à diverses actions directes sur des sites d’Elbit Systems et sur la base de la Royal Air Force. Six d’entre eux ont par exemple pénétré, en août 2024, dans un centre de recherche d’Elbit Systems, près de Bristol. Une fois à l’intérieur, ils ont démantelé plusieurs drones quadricoptères, utilisés par les forces d’occupation israéliennes pour assassiner des civils palestiniens.
Les six militants ont été arrêtés à la sortie de leur action, tandis que quatre autres ont été interpellés à travers le Royaume-Uni. Ces derniers se sont par la suite lancés dans une grève de la faim, en novembre 2025. Alors que les seules charges retenues contre eux se limitaient à des dégradations et à l’intrusion, ils ont été arrêtés en vertu de la loi antiterroriste – aussi utilisée à l’encontre du groupe de rap nord-irlandais Kneecap, soutien indéfectible des luttes décoloniales.
Après 73 jours de grève et abandon total du gouvernement britannique, amenant à des hospitalisations, trois d’entre eux ont finalement recommencé à s’alimenter. Ces derniers ont obtenu une victoire majeure : l’annulation par les autorités d’un contrat de formation militaire d’une valeur de 2,3 milliards d’euros avec Elbit Systems. En ville, les manifestations se sont multipliées en guise de soutien, et ce, malgré le risque d’emprisonnement.
Plusieurs centaines de civils ont bravé l’interdiction pour brandir des pancartes « Je m’oppose au génocide. Je soutiens Palestine Action ». La police de Londres n’a par exemple pas hésité à arrêter 890 personnes, à l’occasion d’une manifestation organisée début septembre. Plus de 2 500 agents avaient été dépêchés sur place. Un mois plus tôt, ce sont 521 manifestants qui avaient été arrêtés.
La militante suédoise Greta Thunberg a quant à elle été interpellée, mardi 23 décembre, lors d’un des rassemblements organisés dans la capitale du Royaume-Uni. Elle avait été libérée sous caution à peine quelques heures plus tard.
La répression policière était telle que les Nations unies (ONU) ont pris la parole pour dénoncer une mesure « disproportionnée ». Un jugement partagé par des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains et des personnalités, comme le cinéaste britannique Ken Loach et la romancière irlandaise Sally Rooney – derrière une tribune de soutien publiée fin août dans The Irish Times. La justice britannique vient donc contrarier les desseins du gouvernement Starmer, pour lequel le soutien au régime génocidaire en place à Tel-Aviv importe plus que le droit international.
Tom Demars-Granja
L'Humanité du 13 février 26
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