Normalisation et criminalité des menaces

 

Les menaces américaines visant l'Iran constituent des frappes préventives qui sapent ce qui reste de la légitimité internationale avant même le début d'une guerre. Lorsque Washington intensifie ses menaces de bombarder l'Iran, ou lorsque l'entité israélienne traduit ses menaces en agressions sanglantes quotidiennes au Liban, le droit international est définitivement mis à mal et la loi du plus fort prévaut.

La Charte des Nations Unies est considérée comme la constitution mondiale adoptée par l'humanité après la Seconde Guerre mondiale. Son article 2 (paragraphe 4) en constitue le fondement, interdisant explicitement la menace ou l'emploi de la force. Les rédacteurs de cette charte internationale savaient qu'une menace est le premier pas vers un crime. La législation de la plupart des pays criminalise non seulement le meurtre, mais aussi l'utilisation d'armes comme moyen de chantage, de menaces et d'intimidation. Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, à travers les menaces de guerre à grande échelle proférées par les États-Unis et l'entité israélienne contre l'Iran et le Liban, semble être une normalisation et tend à devenir un comportement acceptable dans les relations internationales. On dirait que la souveraineté nationale de l'Iran, du Liban, du Venezuela et même du Danemark est devenue un enjeu de rapports de force.

Ce déclin moral et juridique est particulièrement flagrant au Sud-Liban. Alors que la communauté internationale prétend respecter les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, la résolution 1701 est violée quotidiennement par l'armée israélienne. De la déclaration de cessez-le-feu en novembre 2024 jusqu'au début de 2026, les rapports internationaux ont recensé plus de 15 000 violations israéliennes, dont des incursions aériennes et terrestres et des bombardements directs qui ont causé la mort, des blessures et des handicaps parmi les Libanais. Les avions de combat israéliens violent de manière répétée et intensive l'espace aérien libanais, et il ne se passe pas une semaine sans que les dirigeants israéliens ne profèrent des menaces contre la population du Sud-Liban.

Les menaces proférées aujourd'hui contre le Liban, ainsi que l'occupation des postes frontières et l'épandage de produits chimiques inconnus sur les terres agricoles du Sud, démontrent que la légitimité internationale sert de prétexte à l'agression continue d'Israël contre le Sud. Il n'est plus possible de parler d'ordre mondial tant que la souveraineté du Liban est bafouée quotidiennement sous le regard même de la force de maintien de la paix des Nations Unies (FINUL).

Cependant, la rhétorique menaçante des États-Unis et d'Israël s'appuie souvent sur le prétexte de la légitime défense pour justifier des violations du droit international. Il convient de rappeler que l'article 51 de la Charte des Nations Unies n'autorise personne à recourir à l'agression en toute impunité. La légitime défense requiert une attaque armée effective et le respect des principes de nécessité et de proportionnalité. Transformer des considérations stratégiques en justifications juridiques de l'agression, que ce soit en Iran ou au Liban, sonne le glas du système onusien. Aujourd'hui, le simple soupçon de possession d'armes, même défensives, suffit à justifier des bombardements et des violations des accords internationaux, offrant ainsi aux puissances voyous un blanc-seing pour mener des guerres sans fin.

Il est essentiel de rappeler que le recours à la force en dehors du cadre de la légitime défense n'est légitime qu'avec un mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies. Contourner ce Conseil, comme c'est le cas avec la violation du territoire libanais ou la menace de frappe sur les installations nucléaires iraniennes, constitue un suicide pour le système de sécurité collective. Lorsque les États-Unis s'arrogent le droit d'agir militairement, ils violent le cadre juridique censé protéger chacun.

Le respect de la souveraineté libanaise n'est pas une question de caprice militaire, mais un principe fondamental. Si les règles juridiques sont appliquées avec deux poids, deux mesures, elles perdent leur statut de loi et deviennent de simples instruments de domination perpétuant l'injustice.

D'un point de vue juridique, l'impact des menaces militaires complique l'ensemble du processus de négociation. L'article 52 de la Convention de Vienne sur le droit des traités stipule que tout traité conclu sous la menace de la force est nul. Par conséquent, tout accord obtenu sous la contrainte de frappes de drones et de raids est juridiquement caduc. Il est indéniable que tout accord entre Iraniens et Américains, dans le cadre des négociations en cours, est difficile à conclure sous la menace militaire américaine.

Quant aux tentatives au Liban d'imposer une nouvelle réalité politique par des menaces militaires incessantes, elles constituent une violation flagrante des principes du droit international, Israël cherchant à transformer les accords internationaux en instruments de capitulation. La normalisation des menaces de bombardements et des violations des accords internationaux comme moyens acceptables de pression témoigne de l'effondrement du droit international et annonce l'avènement d'une ère d'empires sans limites.

Omar Nashabeh
Le 27 février 2026

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