L’environnement comme arme : un crime de guerre

 

L’agriculture au Sud-Liban, secteur vital, est essentielle à la vie civile. Par conséquent, lorsque l’armée israélienne détruit l’environnement naturel du Sud, elle menace la sécurité alimentaire, accentue les déplacements de population et bouleverse les réalités démographiques et économiques.
Depuis octobre 2023, les conséquences des opérations militaires israéliennes ne se limitent pas à la destruction d’habitations et au déplacement de familles. Elles comprennent également l’incendie de forêts, la destruction de vergers et des dégâts considérables aux terres agricoles sur de vastes étendues du Sud. Les informations faisant état d’épandages aériens d’herbicides près de la Ligne bleue début 2026, ainsi que les destructions massives causées par les bombardements et les incendies, soulèvent une question cruciale : l’environnement naturel est-il devenu une cible pour l’armée israélienne ?
Lorsque des vergers qui font vivre des villages entiers sont incendiés à répétition, que des terres agricoles sont rendues inutilisables et que des produits chimiques sont pulvérisés sur les champs cultivés, une question juridique urgente se pose : les Israéliens seront-ils un jour tenus responsables ? Le droit international humanitaire établit une norme stricte et claire pour de telles violations. L’article 55 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève interdit les méthodes de guerre qui causent des « dommages importants, durables et graves à l’environnement ». L’article 54 du même protocole interdit de cibler tout élément indispensable à la survie de la population civile, notamment les zones agricoles, les cultures et les installations d’eau potable.
Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, en son article 8(2)(b)(4), affirme que le fait de lancer intentionnellement une attaque en sachant qu’elle causera des « dommages importants, durables et graves à l’environnement, manifestement disproportionnés par rapport à l’avantage militaire global, concret et direct escompté » constitue un crime de guerre.
L’ampleur des destructions agricoles causées par les Israéliens au Sud-Liban – de l’incendie de milliers d’hectares à l’arrachage et à la destruction de dizaines de milliers d’oliviers, en passant par des dommages environnementaux considérables – exige que les responsables rendent des comptes au titre de ce cadre juridique spécifique. La Convention sur l’interdiction de l’utilisation militaire ou d’autres méthodes hostiles de techniques de modification de l’environnement (ENMOD) interdit également les méthodes de modification de l’environnement ayant des « effets importants, durables ou graves ». Bien que traditionnellement associée à la manipulation climatique, son principe fondamental est crucial : l’interdiction d’instrumentaliser l’environnement en temps de guerre.
La nécessité militaire n’autorise pas l’usage absolu de tous les moyens. Même en cas de légitime défense, un État demeure tenu par les principes de proportionnalité et de distinction. Lorsque la destruction de l’environnement devient délibérée et systématique, et qu’elle procure un avantage stratégique en sapant la résilience des populations civiles, elle bascule du domaine des dommages collatéraux à celui de l’illégalité. Il ne s’agit pas de rhétorique politique ; c’est le fondement même du droit international.
La guerre environnementale n’est pas un concept théorique à débattre dans les revues académiques, mais une réalité incarnée par des vergers calcinés et des sols contaminés. Pour que le droit conserve toute sa signification, les Israéliens responsables de ces violations doivent faire l’objet d’une enquête et être poursuivis en justice. Le Sud-Liban ne se défendra pas seul ; le droit est censé le garantir. Mais face à l’incapacité du droit à protéger la population et la nature, les Sud-Libans sont de plus en plus convaincus que la résistance armée populaire demeure leur seule option.

Omar Nashabeh
Le 21 février 2026

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