Hamas-Rashad-Mladenov : « Force de stabilisation » et nouvelle force de police face à la résistance

 

La récente réunion entre une délégation du Hamas conduite par Khalil al-Hayya, le chef des renseignements généraux égyptiens, le général de division Hassan Rashad, et le coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nikolay Mladenov, a permis d’exposer la situation administrative, sécuritaire et humanitaire dans la bande de Gaza. Cette discussion s’est tenue dans le cadre des préparatifs en cours pour l’après-cessez-le-feu, malgré les violations israéliennes persistantes. Au cours de cette même réunion, la délégation du Hamas a également abordé la question de la « force internationale de stabilisation » dont le déploiement dans la bande de Gaza est prévu d’ici juin 2026, comme annoncé lors du premier sommet du processus de paix des Nations Unies.

Ces discussions interviennent alors que le Hamas poursuit sa coopération avec le « Comité d’administration de la bande de Gaza », dirigé par Ali Shaath, à tous les niveaux civil, administratif et humanitaire. L'objectif est d'accélérer les opérations de secours, de lancer le processus de reconstruction et de consolider le cessez-le-feu, bien que le Hamas maintienne des réserves sur des questions de sécurité fondamentales, notamment le désarmement de la résistance. Parallèlement, Israël continue d'exiger des conditions strictes, en décalage avec la réalité du terrain.

Selon des sources bien informées qui se sont confiées à Al-Akhbar, la délégation du Hamas a fourni à la partie égyptienne et au Comité administratif de la bande de Gaza des informations détaillées sur les institutions civiles, les commissariats de police et les services du ministère de l'Intérieur, ainsi que les noms, grades et grilles salariales des employés encore en vie. Elle a également présenté une carte du déploiement des forces civiles et de police, et un rapport sur le montant de l'aide arrivée à Gaza depuis le cessez-le-feu, indiquant que « la grande majorité provient de commerçants et non d'aide humanitaire ». Dans ce contexte, la délégation a protesté contre l'obstruction par Israël des livraisons d'aide et de subventions, arguant que l'Égypte et le Comité administratif de la bande de Gaza n'avaient pas exercé suffisamment de pression, notamment concernant l'hébergement des personnes déplacées. Ils ont également abordé la question des blessés nécessitant des soins hors de la bande de Gaza, en fournissant des dossiers médicaux complets et les autorisations des pays disposés à les accueillir.

Dans le même temps, la délégation a présenté un document détaillant les violations israéliennes depuis le cessez-le-feu, faisant état de plus de 620 martyrs, 1 400 blessés, 800 prisonniers et la destruction de plus de 200 infrastructures et habitations. La délégation a également souligné l’engagement des Brigades Qassam à cesser les opérations militaires et leurs efforts pour prévenir toute violation, notant l’« expansion quotidienne » de la zone dite « jaune » sous contrôle israélien, due au recul de la ligne de séparation vers l’ouest.

En réponse, M. Mladenov a transmis les exigences israéliennes, notamment : le désarmement complet des factions de la résistance, la dissolution de la branche militaire du Hamas, la remise des plans des tunnels, la garantie que le Hamas n’aura aucune autorité sur les forces de sécurité et l’intégration des milices des collaborateurs au sein de la nouvelle police. Cependant, selon certaines sources, le chef des services de renseignement égyptiens a exprimé sa frustration face au plan américain et son manque de confiance dans la volonté de Washington de faire pression sur Tel-Aviv pour que l'accord soit pleinement appliqué. Il a reconnu l'impossibilité d'un désarmement complet du Hamas et des autres factions, tout en soulignant la nécessité d'éviter une confrontation avec les Américains et d'empêcher l'effondrement de l'accord. Rashad a également soulevé des questions quant au sort des élections internes du Hamas, censées désigner une nouvelle direction pour le mouvement, et notamment le chef du bureau politique. Il semble évident que les Égyptiens suivent cette question de près et ont leurs propres considérations à ce sujet.



De nombreux défis
Conformément à ses objectifs déclarés, la Force internationale de stabilisation (FIS) œuvrera à stabiliser la situation à Gaza, à entamer la reconstruction, à soutenir le nouveau gouvernement et à préparer le terrain pour la fin de la guerre. La structure proposée pour cette force repose sur un commandement américain effectif et un front multinational. Ses missions comprennent la collecte des armes du Hamas, la destruction du réseau de tunnels, l'établissement de zones de sécurité et humanitaires, l'application d'un embargo sur les armes et la formation de la nouvelle police gazaouie. Ceci implique un contact direct avec le mouvement – ​​notamment dans les « zones rouges » qu'il contrôle de facto – et soulève des questions quant à la capacité des forces internationales à s'engager dans des confrontations sécuritaires au sein d'un environnement opérationnel complexe qui dépasse le cadre des missions traditionnelles de « maintien de la paix ».

Selon les estimations, le déploiement de la « Force de stabilisation » s'étendra d'avril à juin 2026, avec d'éventuels retards. L'occupation ne se retirera pas complètement durant cette période, mais maintiendra une zone tampon de 1,5 kilomètre de profondeur, le contrôle des points de passage et du corridor de Philadelphie, ainsi qu'une quarantaine de sites militaires dans la bande de Gaza. Parallèlement, le projet de création de la nouvelle police gazaouie progresse, constituant un élément central du plan post-israélien, sous la supervision du « Comité national pour l'administration de Gaza ». Douze mille personnes ont déjà été recrutées et sont actuellement en formation en Jordanie et en Égypte. Leur mission consistera à gérer l'administration civile, à soutenir le désarmement du Hamas, à superviser la reconstruction et à assister le nouveau gouvernement, ouvrant ainsi la voie à la mise en place d'une alternative sécuritaire locale sous l'égide internationale.

Cependant, les défis rencontrés sur le terrain restent considérables. Selon des informations circulant entre Israël, les États-Unis et les pays de la région, le Hamas disposerait d'environ 10 000 combattants, d'un réseau de tunnels estimé à 350 kilomètres et de dizaines de milliers d'armes, tout en poursuivant ses activités de recrutement et de reconstruction, d'après les affirmations israéliennes. Par ailleurs, les faiblesses du plan américain révèlent un décalage entre l'ampleur des tâches et les capacités de les accomplir, notamment parce que le désarmement et la destruction des tunnels requièrent une supériorité en matière de renseignement, une liberté d'action militaire et l'acceptation politique locale – des éléments qui ne sont pas encore garantis pour cette nouvelle force de police.

(Correspondance locale - Gaza, le 27 février 2026)

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