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Plus que jamais asphyxiée par le blocus états-unien, l’île socialiste voit aussi s’amplifier le mouvement de soutien en sa faveur. Un convoi international d’aide humanitaire doit arriver à La Havane le 21 mars, « pour briser l’isolement tant sur le plan matériel que symbolique », explique à l’Humanité David Adler, un des principaux organisateurs de cette initiative.
Après Gaza, une nouvelle flottille internationale s’organise, pour attirer cette fois les regards du monde entier sur la situation de quasi-siège imposée à Cuba. L’Internationale progressiste, une organisation lancée en 2020 par des proches du sénateur socialiste états-unien Bernie Sanders avec pour mission « d’unir, d’organiser et de mobiliser les forces progressistes du monde entier », appelle les militants du continent américain et au-delà à mettre le cap sur La Havane afin de « briser » symboliquement le blocus renforcé par Donald Trump, et qui frappe plus durement que jamais la population de l’île.
Sous la bannière « Notre Amérique – un convoi pour Cuba », une cargaison massive de denrées alimentaires, de médicaments et de biens de première nécessité doit ainsi converger vers la capitale cubaine le 21 mars prochain… Et montrer l’exemple à des gouvernements n’osant pas défier ouvertement Washington.
« L’histoire montre que la solidarité populaire a le pouvoir de redéfinir les possibilités politiques et de contraindre les États à changer de cap », explique à l’Humanité David Adler, à la tête de l’action militante et pour qui Cuba reste l’exemple courageux d’une petite nation du Sud qui refuse de renoncer à sa souveraineté de se soumettre aux diktats de l’empire états-unien. Entretien.
Pourquoi est-il important d’attirer l’attention mondiale sur Cuba en ce moment ?
L’île de Cuba est assiégée, et l’accès à la nourriture, au carburant et aux fournitures essentielles à la vie de la population est actuellement encore plus compliquée que d’habitude. Les conséquences de ce siège s’intensifient chaque jour. Il y a peu, un large éventail d’experts de l’ONU a averti que les unités de soins intensifs et les services d’urgence des hôpitaux étaient compromis, tout comme la production, la livraison et le stockage des vaccins et des médicaments.
Sans une action internationale immédiate et concertée, les effets de ce siège pourraient se traduire par une crise humanitaire sans précédent dans notre continent.
C’est pourtant une stratégie d’asphyxie que le gouvernement des États-Unis affiche fièrement…
C’est une politique cruelle, et c’est précisément le but recherché. Trump n’hésite pas à se pavaner devant les journalistes en disant qu’à Cuba « il y a un embargo. Il n’y a pas de pétrole. Il n’y a pas d’argent. Il n’y a rien ».
Face à cette offensive féroce, considérez-vous que la réponse de la « communauté internationale » a été à la hauteur ?
Il est clair qu’elle n’a jusqu’à présent pas répondu aux besoins humanitaires du peuple cubain, et ne s’est pas opposée aux efforts de l’administration Trump pour l’étouffer.
Cet échec est en partie dû à la menace de sanctions secondaires brandie par l’administration trumpiste à l’encontre de tout gouvernement qui oserait briser son blocus énergétique. Mais les peuples du monde savent que nous ne pouvons pas laisser passer ce crime, que nous devons agir maintenant, avec clarté, courage et conviction.
C’est pourquoi nous préparons le convoi « Notre Amérique » vers Cuba, en appelant à un mouvement mondial de solidarité avec le peuple cubain et en fournissant une aide humanitaire essentielle au moment où il en a le plus besoin. Ensemble, nous pouvons briser le siège, sauver des vies et défendre la cause de l’autodétermination cubaine.
Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer un blocus qu’elles qualifient de « génocide ». C’est un terme extrêmement fort.
Ce n’est pas un hasard si le renforcement du siège états-unien sur Cuba fait suite au siège israélien sur Gaza. Cela reflète la normalisation de la punition collective en tant qu’instrument de pouvoir accepté. Une fois que la famine, la privation de carburant et l’effondrement des systèmes médicaux sont tolérés dans un contexte donné, ils deviennent des outils disponibles ailleurs, et le siège devient une politique à disposition des puissants.
L’initiative « Notre Amérique » s’inspire de l’action menée par la Global Sumud Flotilla qui s’est dirigée vers Gaza l’année dernière. Quels liens voyez-vous entre ces actions ?
De Gaza à Cuba, le blocus, les sanctions et l’étranglement économique sont utilisés comme des instruments de contrôle impérialiste — pour discipliner les gouvernements, punir la désobéissance et faire des exemples.
En réponse, les citoyens ordinaires ont à la fois le droit et la responsabilité de s’organiser au-delà des frontières pour briser l’isolement, tant sur le plan matériel que symbolique.
C’est la leçon tirée de la Flottille mondiale du Sumud, et j’ai été fier de participer à leur dernière mission en octobre 2025. Notre mission pour Cuba s’appuie sur cette leçon et maintient vivante la flamme de la solidarité internationale à un moment où les forces réactionnaires voudraient plonger le monde dans les ténèbres.
Pour se justifier, l’administration Trump affirme que Cuba représente une « menace extraordinaire » pour les États-Unis.
La réalité c’est que Cuba ne menace d’aucune façon la sécurité militaire des États-Unis. L’unique menace que l’île représente est politique et symbolique : l’exemple d’une petite nation du Sud qui refuse de renoncer à sa souveraineté, qui investit dans la santé publique et le développement social, et refuse de se soumettre aux diktats de Washington.
C’est ce qui les dérange. Et c’est pourquoi la pression s’intensifie, afin d’envoyer un message non seulement à Cuba, mais à tout pays qui affirme sa dignité, ses droits et son indépendance en dehors de la sphère d’influence des États-Unis.
Des experts de l’ONU ont d’ailleurs qualifié le décret présidentiel de Trump de « grave menace pour un ordre international démocratique et équitable ».
Tout à fait, et il ne s’agit pas d’une escalade rhétorique, mais de la défense de principes fondamentaux. Lorsqu’une population entière est soumise à des privations systématiques afin de la contraindre à capituler politiquement, la communauté internationale a le devoir de réagir.
Alors que peu d’États semblent disposés à tenir tête au président des États-Unis, le soutien des peuples peut-il jouer un contrepoids face à l’injustice que subissent les Cubains ?
Il est de notre devoir moral de nous mobiliser dès maintenant et de montrer l’exemple en matière de diplomatie que nous souhaitons voir adopter par les États qui sont censés nous représenter. L’histoire montre que la solidarité populaire a le pouvoir de redéfinir les possibilités politiques et de contraindre les États à changer de cap.
Le convoi que nous organisons est donc à la fois symbolique et pratique. Il affirme clairement que les citoyens ordinaires n’accepteront pas les politiques qui nuisent à la population cubaine, et prouvera que l’action collective peut surmonter les obstacles qui barrent la route l’aide humanitaire.
Un juste retour des choses avec un pays qui a maintes fois prouvé que la solidarité internationale était au cœur de son action politique ?
Depuis des décennies, Cuba a toujours fait preuve d’une énorme solidarité internationaliste, c’est à coup sûr le pays qui peut se targuer d’être le plus engagé au niveau mondial pour aider les autres. De la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud à ses brigades médicales à travers le monde, lorsque survient une crise, le peuple cubain est présent. Il est temps que le monde se mobilise pour lui.
Des organisations de solidarité d’Europe peuvent-elles participer au mouvement que vous avez lancé ?
Cette mission est ouverte aux organisations, syndicats, groupes de la société civile, acteurs humanitaires et bénévoles du monde entier. Il ne s’agit pas d’une organisation ou d’un pays en particulier, mais plutôt de former une coalition internationale fondée sur la solidarité avec le peuple cubain et le respect de ses droits.
Des militants et des groupes du Canada, des États-Unis, du Mexique, du Chili, du Brésil, de Colombie et d’ailleurs sont impliqués, et nous coordonnons activement avec nos partenaires pour soutenir la participation par voie aérienne, terrestre et maritime. Notre objectif n’est pas seulement de livrer des fournitures essentielles, mais aussi d’envoyer un signal fort à l’échelle mondiale pour montrer que le siège contre Cuba ne restera pas sans réponse de la part des peuples du monde.
Luis Reygada
L'Humanité du 27 février 2026

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