Apôtre de l’expansion d’Israël au Proche-Orient, l’ambassadeur américain en Israël suscite un tollé dans les pays arabes

 

L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, à Jérusalem, le 10 septembre 2025. RONEN ZVULUN/REUTERS
Mike Huckabee, ancien pasteur évangélique, a déclaré dans un entretien avec le journaliste américain Tucker Carlson que « ce serait bien » si Israël s’étendait sur le territoire de ses voisins. En réaction, onze pays arabes ont condamné des propos « dangereux et provocateurs ».

Fervent soutien de la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée et radicalement hostile à la création d’un Etat palestinien, Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, avait déjà suscité, par ses prises de parole passées, des réactions courroucées des pays arabes. Le fait qu’il ait donné l’impression d’accorder son blanc-seing à l’expansion de l’Etat hébreu sur une « grosse partie » du Moyen-Orient, dans une interview avec Tucker Carlson, journaliste vedette de la droite américaine, diffusée vendredi 20 février, a provoqué nouveau tollé. Dans une déclaration collective, dimanche, onze pays arabes ont dénoncé des propos « dangereux et provocateurs ».

Interrogé dans le podcast de l’ancien présentateur de Fox News sur son interprétation d’un verset de la Genèse selon lequel Israël aurait des droits sur les terres situées « entre le Nil et l’Euphrate », s’étendant de l’Egypte jusqu’à l’Irak, Mike Huckabee, qui se définit comme un « croyant biblique », a estimé que « ce serait bien s’ils [Israël] prenaient tout ». Il a tenté ensuite de minorer l’impact de ses propos en expliquant que ce sujet n’était pas sur la table, car selon lui, « [les Israéliens] ne demandent pas de reprendre tout cela. Mais ils demandent au moins de récupérer les terres qu’ils occupent actuellement, où ils vivent maintenant, qu’ils possèdent légitimement et qui constituent un refuge sûr pour eux. » Une phrase qui équivaut à blanchir l’occupation des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, en place depuis 1967. M. Huckabee, ancien pasteur évangélique, a aussi affirmé : « Si [les Israéliens] finissent par être attaqués par tous ces endroits [les pays arabes], qu’ils gagnent la guerre et s’emparent de ces terres, OK, ce sera une tout autre histoire. »

Dans leur communiqué conjoint, les diplomaties jordanienne, égyptienne, palestinienne, saoudienne et libanaise ont manifesté « leur vive opposition à l’expansion des activités de colonisation [en Cisjordanie] et leur refus catégorique de toute atteinte à la souveraineté des Etats arabes ». D’autres pays non arabes, telles que la Turquie et l’Indonésie, ou des organisations comme la Ligue arabe se sont joints à cette condamnation. L’ambassade des Etats-Unis en Israël a affirmé, dimanche, que la politique américaine vis-à-vis de l’Etat hébreu restait inchangée pour rassurer ses partenaires arabes. Mais en vain.

Soutien inconditionnel de la guerre à Gaza
Les capitales arabes s’inquiètent de velléités expansionnistes d’Israël et de la « paix par la force » qu’il impose au Proche-Orient, en poursuivant ses frappes tant dans la bande de Gaza qu’au Liban, en violation des cessez-le-feu qui y ont été décrétés. Les autorités israéliennes viennent aussi d’annoncer de nouvelles mesures foncières pour renforcer leur emprise en Cisjordanie occupée. Une réunion d’urgence de l’Organisation de la coopération islamique doit se tenir en Arabie saoudite, jeudi 26 février, à ce sujet.

Dans cet entretien long de plus de deux heures, M. Huckabee s’est en outre montré aligné sur le narratif israélien concernant les territoires palestiniens et le Proche-Orient. Il s’est fait l’avocat inconditionnel de la guerre d’anéantissement conduite par l’armée israélienne dans la bande de Gaza après l’attaque meurtrière du Hamas du 7-Octobre. Sans craindre de se contredire, il affirme qu’il est impossible de savoir combien de civils ont été tués à Gaza, car les chiffres du ministère de la santé ne sont selon lui pas fiables, tout en assurant qu’il s’agit de la guerre en terrain urbain la moins meurtrière de l’histoire pour les civils. Décrivant l’Etat hébreu comme une citadelle assiégée, il a estimé qu’il faisait face à huit fronts : le Liban, le Yémen, Gaza, la Syrie, l’Iran, mais aussi, et c’est nouveau, les Frères musulmans en Jordanie et en Egypte, ainsi que « les médias. »

Le très conservateur Tucker Carlson est devenu un critique radical de l’Etat hébreu au sein du monde MAGA (Make America Great Again). Il s’est montré aussi acéré avec Mike Huckabee qu’il avait été complaisant avec le néonazi Nick Fuentes il y a quelques mois. Il n’a cessé de suggérer au cours de l’interview que la politique américaine au Proche-Orient était dictée par Israël, et précisément par le premier ministre Bényamin Nétanyahou. Au sujet des menaces de frappes américaines en Iran, il a ainsi demandé : « Qui a le plus d’influence, 80 % des Américains [hostiles à une guerre en Iran selon lui, un chiffre qu’il a avancé sans citer de sources] ou Bibi [le surnom de M. Nétanyahou] ? » Une question qui semblait s’adresser à l’univers MAGA, déchiré sur la question du soutien à Israël.

Laure Stephan
Le Monde du 23 février 26

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