A Gaza, un cimetière profané pour retrouver le corps du dernier otage israélien

 

Le cimetière Al-Batsh dévasté par l’armée israélienne sur une capture écran d’une vidéo diffusée sur Instagram par un journaliste gazaoui, le 28 janvier 2026. @MAHMOUD.GHAZI84/INSTAGRAM
L’armée israélienne a dévasté le cimetière Al-Batsh, dans la partie est de la ville de Gaza, et exhumé des centaines de victimes palestiniennes, pour retrouver et identifier, à la fin janvier, le corps de Ran Gvili, le dernier otage encore dans la bande de Gaza, qui y était enterré.
Sur sa page Instagram, devenue un mur d’hommage à son époux Bilal, tué en novembre 2023, à l’âge de 27 ans, dans un bombardement israélien sur leur maison, dans la bande de Gaza, sa veuve Nada Sarsour exprime son choc. L’objet de sa sidération est une photo aérienne de l’opération « Brave Heart », menée fin janvier pour récupérer le corps de Ran Gvili, tué lors des massacres du Hamas le 7 octobre 2023, et dernier otage israélien retenu dans l’enclave côtière.
Sur l’image révélée le 26 janvier sur son compte X par le journaliste de la radio militaire israélienne Doron Kadosh, on distingue des pelleteuses en train d’excaver le cimetière Al-Batsh de Shujaiyya, dans l’est de la ville de Gaza, au milieu de sacs bleus renfermant vraisemblablement des corps. « Mon mari repose dans ce cimetière depuis deux ans et un mois. Je n’ai pas pu lui rendre visite une seule fois parce que les véhicules de l’armée israélienne sont tout proches. Et aujourd’hui, ils ont profané toutes les tombes qui s’y trouvent », écrit Nada Sarsour.
Comme elle, de nombreux Palestiniens de Gaza ont été indignés par cette photo. « Nous avons reçu de nombreux appels de familles exprimant leur douleur, leur inquiétude, mais aussi leur frustration après avoir vu ce qui s’est passé. Nous suivons de près cette affaire », indique, au Monde, Patrick Griffiths, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Gaza.

Exhumation de plusieurs centaines de corps
Pour la première fois lors des échanges d’otages et de prisonniers, morts et vivants, intervenus durant la guerre, entre le Hamas et l’Etat hébreu, le CICR, dont l’un des mandats est de s’assurer que les corps des victimes sont manipulés avec respect, n’a pas été convié à l’opération israélienne du 25 janvier dans le cimetière Al-Batsh. Celle-ci a conduit à l’exhumation de plusieurs centaines de corps de Gazaouis. Deux cent cinquante d’entre eux ont été examinés par des experts médico-légaux, selon le porte-parole de l’armée cité dans la presse israélienne, avant que le corps de Ran Gvili ne soit retrouvé « grâce à une identification dentaire », indique l’armée israélienne contactée par Le Monde. Il était le dernier des 250 Israéliens et étrangers kidnappés par le Hamas à ne pas avoir été ramené dans son pays.
Selon la presse israélienne, l’armée aurait été orientée vers le cimetière grâce à des renseignements livrés par un membre du Jihad islamique, capturé par le Shin Bet, le service de renseignement israélien, un mois avant l’opération. L’armée assure avoir pris « toutes les précautions possibles pour réduire les atteintes aux civils, à l’environnement alentour et aux sites funéraires », ainsi que « des mesures délibérées pour préserver la dignité des défunts ».
« Le cimetière Al-Batsh était rempli de victimes de la guerre d’extermination, et les familles n’ont pas le droit de s’y rendre en raison de la présence israélienne », affirme, au Monde, Ziad Obeid, du ministère des affaires religieuses à Gaza. Dans un communiqué, le ministère a condamné des actes qu’il qualifie de « violation flagrante de la sacralité des morts et de manquement grave à toutes les valeurs religieuses et humaines, ainsi qu’aux coutumes et au droit international ».
Selon ses estimations, 40 des 60 cimetières de la bande de Gaza ont été détruits par Israël depuis le 7 octobre 2023 – des atteintes mises en lumière par plusieurs enquêtes de médias internationaux dont le service enquête vidéo du Monde ou de CNN et susceptibles de constituer des crimes de guerre. « Nous avons demandé, par l’intermédiaire du CICR, à pouvoir effectuer une visite d’inspection afin de déterminer si les défunts doivent être réinhumés conformément aux rites religieux, mais les autorités israéliennes n’ont pas donné suite », indique le responsable palestinien.

Marie Jo Sader
Le Monde du 07 février 26

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