Plus d’une centaine d’intellectuels, journalistes et militants français et palestiniens se sont retrouvés, ce 25 janvier, par visioconférence pour dénoncer le renoncement des autorités françaises, qui refusent d’évacuer les lauréats palestiniens du programme d’accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil.
Ils sont près de 120 à s’être connectés ce 25 janvier 2026 pour une visioconférence inédite. Chercheurs, artistes, universitaires, juristes, tous dénoncent – depuis Paris, Lille, Marseille ou Gaza – la suspension tacite, pour les intellectuels palestiniens, du programme d’accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil (Pause) par le gouvernement français : un véritable blocus culturel infligé aux Gazaouis.
Comme le souligne Marion Slitine, chercheuse au CNRS et fondatrice du collectif Maan (« ensemble »), les chiffres soulignent l’ampleur du renoncement. 21 lauréats Pause restent actuellement bloqués à Gaza avec leur famille, parfois depuis plus de dix-huit mois.
67 dossiers d’artistes et scientifiques gazaouis ont, par ailleurs, été déposés en septembre 2025, sélectionnés par le comité scientifique et artistique de Pause, mais seulement 12 d’entre eux, uniquement des personnes sans famille, ont été officiellement inscrits sur les listes d’évacuation.
55 autres lauréats potentiels restent toujours en attente de la validation des ministères français de tutelle. Le 22 janvier, les structures accueillantes ont été informées que leurs candidats remplissent pourtant tous les critères mais que le gouvernement français ne les évacuera pas.
L’association Jurdi fustige « une volonté des autorités françaises »
Une paralysie loin d’être technique pour Patrick Zahnd, président de l’association Jurdi (Juristes pour le respect du droit international), qui fustige une « volonté politique des autorités françaises » faisant « défaut de manière discriminatoire ».
Pour lui, le droit international est piétiné par ceux-là mêmes qui devraient le défendre, mettant des « personnes protégées en danger » alors même qu’elles sont « la mémoire du peuple palestinien ». Pour la politiste et sociologue Sophie Wauquier, chargée de mission Chercheurs en exil à l’université Paris‑VIII, il s’agit d’une rupture brutale avec des pratiques jusque-là constantes, rappelant que, dans l’histoire de Pause, le « critère d’ethnicité » n’avait, jusqu’ici, jamais existé.
À l’écran, apparaît Neama Hassan, poétesse et écrivaine, lauréate Pause en attente de validation depuis novembre 2025. Cette mère de sept enfants raconte sa vie sous tente, déplacée onze fois, et son acharnement pour que l’éducation reste un droit fondamental, utilisant, faute de tableau, des bâches en nylon pour écrire et garantir quelques enseignements aux jeunes Gazaouis.
Ziad Medoukh, un autre lauréat, poète et professeur de français à l’université al-Aqsa, pointe, lui, le sentiment « terrible » de l’attente conjuguée à la famine et à l’insécurité.
Didier Fassin accuse, pour sa part, le gouvernement français de complicité avec l’armée d’occupation israélienne, qui vise spécifiquement ces intellectuels. Pour lui, il se rend « coupable de non-assistance à personne en danger (…), coupable de discrimination (et de) violation du droit international ».
Ce constat amer vient s’ajouter à un bilan humain pour la culture déjà très lourd à Gaza, où plus d’une centaine d’artistes et d’intellectuels, ainsi que plus de 240 journalistes, ont été tués depuis octobre 2023. En ne tenant pas ses promesses d’accueil, la France, selon l’anthropologue professeur au Collège de France, « jette le déshonneur » sur son propre héritage.
Émilien Urbach
L'Humanité du 26 janvier 26
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