« Nous nous en occuperons dans environ deux mois » : après le Venezuela, le Groenland dans la ligne de mire de Donald Trump

 

« Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper », a lâché Donald Trump devant des journalistes à bord d’Air Force One dimanche 4 janvier dans la soirée.© Graeme Sloan - Pool via CNP/ZUMA-REA
Après avoir attaqué le Venezuela et kidnappé son président, samedi 3 janvier, Donald Trump a réitéré ses menaces contre le Groenland en promettant de s’en « occuper » dans « environ deux mois ». Si les enjeux autour de ce territoire appartenant au Danemark sont très différents de celui d’Amérique Latine, l’agression de ce week-end change la nature des intimidations de Donald Trump.
« Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois… parlons du Groenland dans 20 jours ». Ainsi, Donald Trump réitère ses menaces contre ce territoire de l’Arctique, après avoir déclaré « nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper » devant des journalistes à bord d’Air Force One dimanche 4 janvier dans la soirée.
Dans la foulée, la Première ministre danoise Mette Frederiksen s’est élevée avec fermeté contre les propos du président états-uniens : « Je demande instamment aux États-Unis de mettre fin à leurs menaces contre un allié historique et contre un territoire et un peuple qui ont clairement fait savoir qu’ils n’étaient pas à vendre ». « (…) Il est tout à fait absurde de dire que les États-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

« Faire du Groenland une partie des États-Unis »
« Ça suffit maintenant », a de son côté réagi le Premier ministre groenlandais dans la nuit de dimanche à lundi. « Plus de pression. Plus de sous-entendus. Plus de fantasmes d’annexion. Nous sommes ouverts au dialogue. Nous sommes ouverts aux discussions. Mais cela doit se faire par les bons canaux et dans le respect du droit international », a écrit sur les réseaux sociaux Jens Frederik Nielssen.
Depuis son retour au pouvoir il y a près d’un an, Donald Trump multiplie les menaces envers le Groenland. Dès le 7 janvier 2025, avant même son investiture, le président états-unien tenait une conférence de presse lors de laquelle il promettait une annexion de ce territoire danois. Depuis, pas un mois n’est passé sans que Trump ne se fende d’attaques et intimidations envers l’immense île arctique peuplée de 57 000 habitants.
Le 22 décembre dernier, Donald Trump annonçait la nomination du républicain Jeff Landry, gouverneur de Louisiane, en tant qu’envoyé spécial des États-Unis au Groenland. « Jeff comprend à quel point le Groenland est essentiel à notre sécurité nationale, et il défendra avec force les intérêts de notre pays pour la sûreté, la sécurité et la survie de nos alliés, et, en fait, du monde entier. Félicitations, Jeff ! », affirmait le président états-unien, sur son réseau Truth Social. « C’est un honneur de vous servir bénévolement pour faire du Groenland une partie des États-Unis », écrivait de son côté l’intéressé.
Samedi 3 janvier, alors que les États-Unis attaquaient le Venezuela et kidnappaient son dirigeant, Katie Miller, épouse du directeur de cabinet adjoint de la Maison Blanche, publiait sur son compte X (ex-Twitter) une carte du Groenland colorée aux couleurs du drapeau américain, assortie d’une courte légende en capitales : « SOON » (« bientôt » en anglais).

Routes commerciales et métaux rares
Le mois dernier, le président américain s’était plaint que des navires russes et chinois soient « partout » le long des côtes du Groenland. Lundi 5 janvier dans un communiqué, le ministère chinois des Affaires étrangères a exhorté les États-Unis à « cesser d’utiliser la soi-disant menace chinoise comme prétexte pour chercher des gains personnels ».
Pékin et Moscou convoitent eux aussi le Groenland. Ils ont tous deux renforcé leur position militaire en Arctique et, grâce à la fonte des glaces, ouvert de nouvelles routes commerciales autour de l’île polaire. Si la prospection pétrolière et l’exploitation de l’uranium sont prohibées sur le territoire autonome danois, de nombreux métaux rares – graphite ou lithium nécessaires aux nouvelles technologies – y sont enfouis.
Les marques de solidarité envers le Danemark n’ont pas manqué après la dernière menace du président Trump. « Il ne peut pas y avoir de modification des frontières par la force », a souligné le porte-parole de la diplomatie française Pascal Confavreux. « Personne ne décide pour le Groenland et le Danemark à l’exception du Groenland et du Danemark eux-mêmes », a écrit sur X le président finlandais Alexander Stubb.
Si les enjeux autour du Groenland sont très différents de ceux concernant le Venezuela, l’attaque du pays d’Amérique Latine par les États-Unis et l’arrestation de son dirigeant par les forces de Donald Trump teintent les menaces envers le territoire autonome danois d’une nouvelle gravité.

Théo Bourrieau
L'Humanité du 05 janvier 26

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