L’historien Vincent Lemire interdit de se rendre en Israël

 

L’historien français Vincent Lemire, qui a critiqué ouvertement les opérations israéliennes dans la bande de Gaza, a été interdit de voyager en Israël, où il devait se rendre pour une série de séminaires et de rencontres universitaires, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès de l’intéressé, lundi 12 janvier.
Professeur d’histoire à l’université Paris-Est Gustave-Eiffel et spécialiste du conflit israélo-palestinien, Vincent Lemire a notamment dirigé le centre de recherche français à Jérusalem de 2019 à août 2023.
Il a dénoncé publiquement à plusieurs reprises la situation humanitaire désastreuse de la population et des otages israéliens à Gaza ces deux dernières années, réclamant notamment des sanctions contre Israël. M. Lemire, qui devait s’envoler dimanche pour Tel-Aviv, a reçu le 7 janvier un courriel de l’autorité de l’état civil et de l’immigration lui notifiant son interdiction d’entrer en Israël, sans fournir d’explications.
« En raison d’un changement de circonstances vous concernant, l’approbation pour la demande (…) qui vous a été accordée le 27/02/2025 [27 février 2025] est révoquée », affirme le courriel, que l’AFP a pu consulter. Contactées par l’AFP, les autorités israéliennes n’avaient pas répondu dans l’immédiat.

Aucune justification
« Il s’agit d’une autorisation que j’avais obtenue en février 2025 et qui est normalement valable deux ans, je n’avais donc pas effectué de démarches particulières cette fois-ci. Cette notification quatre jours avant mon vol est très délibérée », a déclaré Vincent Lemire à l’AFP, qui précise n’avoir reçu « aucune justification » de la part des autorités israéliennes. « Mes prises de position ne sont pas nouvelles, mais je n’ai jamais boycotté Israël, j’invite régulièrement des universitaires israéliens et je vais en Israël depuis vingt-cinq ans, donc je suis très surpris », poursuit-il.
Vincent Lemire, qui avait prévu une vingtaine de séminaires et de rencontres avec des chercheurs et étudiants, notamment israéliens et palestiniens, affirme explorer les voies de recours possible pour inverser cette décision. « C’est mon terrain de recherche depuis vingt-cinq ans, mon laboratoire à ciel ouvert et en termes de liberté académique, cela est très problématique », dit-il. « Comme pour les 37 ONG interdites de travailler à Gaza, on a l’impression qu’on est dans une dynamique de règlement de comptes » à l’égard des voix critiques d’Israël.
Dans une tribune publiée en août dans Le Monde, Vincent Lemire avait, avec l’ancien ambassadeur d’Israël en France Elie Barnavi, exhorté Emmanuel Macron à prendre des sanctions contre Israël face à la situation à Gaza. « Monsieur le Président, si des sanctions immédiates ne sont pas imposées à Israël, vous finirez par reconnaître un cimetière. Il faut agir maintenant pour que la nourriture et les soins puissent entrer massivement à Gaza », écrivaient-ils, en référence à l’annonce française de la reconnaissance d’un Etat de Palestine, concrétisée en septembre à l’ONU.

(Avec les agences de presse du 12 janvier 26)

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