Le gouvernement israélien avance à marche forcée sur les colonies en Cisjordanie

 

Des bulldozers israéliens commencent les travaux sur des terres appartenant à un palestinien, afin de faire place à la construction de colonies dans la région de Sarouj, située entre les villes de Silat Al-Harithiya et Yamoun, à l’ouest de Jénine, en Cisjordanie, le 22 décembre 2025. ZAIN JAAFAR/AFP
Avec des appels d’offres pour 9 600 logements pour des familles juives en Cisjordanie occupée, l’année 2025 établit un record, dont l’objectif affiché est de porter « un coup de grâce à l’idée d’un Etat palestinien ».
C’est un appel d’offres comme les administrations du monde entier en publient des milliers chaque année : 3 401 logements à construire sous forme d’immeubles. Un bail de quatre-vingt-dix-huit ans, renouvelable une fois, comme c’est souvent le cas en Israël. Avec une échéance fixée au 16 mars, « à midi pile », pour déposer les propositions auprès de l’administration. La localisation : Maalé Adoumim, une des principales colonies juives à l’est de Jérusalem. D’apparence anodine, le document marque pourtant une nouvelle étape-clé pour la Cisjordanie occupée, la viabilité de l’Etat de Palestine et le développement, à marche forcée, de la colonisation par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou. Car l’appel d’offres, publié en décembre 2025, actualisé mardi 6 janvier, témoigne d’une nouvelle avancée d’un projet majeur d’extension d’une colonie juive en périphérie de Jérusalem connue sous le nom d’E1.
Le projet existe depuis des décennies mais avait été bloqué à plusieurs reprises sous la pression internationale. En août 2025, le gouvernement a validé sa mise en œuvre, présentée par Bezalel Smotrich, ministre des finances et des colonies (extrême droite), comme « un coup de grâce porté à l’idée d’un Etat palestinien » en raison de son impact territorial sur la Cisjordanie. Depuis, la machine administrative avance rapidement, réduisant l’hypothèse d’un possible retour en arrière en cas de changement de gouvernement – les élections législatives sont prévues d’ici à octobre 2026.
Avec la publication de cette annonce, qui entre en phase opérationnelle, le gouvernement a terminé l’année 2025 avec un record d’appels d’offres lancés : plus de 9 600 logements, soit plus que le cumul des six précédentes années, selon l’ONG Peace Now, l’une des plus anciennes associations israéliennes engagées en faveur de la paix.
L’enjeu est majeur. « Les projets d’établir une colonie de 3 401 logements dans la zone E1 sont considérés comme particulièrement préjudiciables aux perspectives de paix et à la viabilité d’une solution à deux Etats, commente Peace Now. La construction dans la zone E1 diviserait en deux la Cisjordanie, empêchant ainsi le développement d’une zone métropolitaine palestinienne contiguë entre Ramallah, Jérusalem-Est et Bethléem. » Une décision « inacceptable et une violation du droit international », avaient réagi une vingtaine de pays européens au mois d’août 2025 alors que la France, notamment, travaillait à la reconnaissance officielle de l’Etat de Palestine.
Dans le même temps, le gouvernement a annoncé, fin décembre, qu’il entendait autoriser la création de 19 nouvelles colonies en Cisjordanie occupée, lesquelles s’ajouteront aux 49 autres autorisées depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuelle coalition fin 2022, conduite par Benyamin Nétanyahou. A titre de comparaison, rappelle Peace Now, « à la veille de la formation du gouvernement, environ 141 colonies officiellement reconnues étaient en activité en Cisjordanie, construites au cours des cinquante-cinq dernières années ». Là non plus, l’ambition du gouvernement n’est pas dissimulée : « Sur le terrain, nous bloquons l’établissement d’un Etat palestinien terroriste. Nous continuerons à développer, construire et à nous implanter sur la terre de notre patrimoine ancestral », a expliqué Bezalel Smotrich.

Poursuite des expulsions
Dans les cartons, en cours d’examen, un autre projet majeur pourrait aussi contribuer à redessiner la géographie de la métropole de Jérusalem dans la partie occupée par Israël depuis 1967 : la création d’un immense quartier entre Ramallah et Jérusalem, sur l’emplacement d’un aéroport abandonné, à Atarot, entre plusieurs villes et quartiers palestiniens. Près de 9 000 logements auraient vocation à accueillir des familles, notamment ultraorthodoxes, ainsi qu’une zone industrielle et une zone commerciale. Avec, là aussi, un impact significatif : « En érigeant des barrières physiques et sociales, ce projet sape systématiquement les revendications palestiniennes sur Jérusalem-Est comme future capitale et réduit les chances d’un règlement du conflit », prévient un rapport de l’Arab Center for Alternative Planning, une ONG qui défend les droits des Arabes israéliens.
En parallèle, de façon moins visible, l’administration continue aussi d’expulser des Palestiniens dans des quartiers de Jérusalem et de sa périphérie où des mouvements de colons souhaitent installer des familles juives. Dans la ville arabe de Silwan, à proximité immédiate de Jérusalem, plus de 130 Palestiniens sont par exemple menacés d’expulsion imminente après le rejet de leurs recours devant la Cour suprême israélienne, a annoncé, vendredi 2 janvier, l’ONG Ir Amim, dont le champ d’action est concentré sur la métropole de Jérusalem.
« Ces expulsions ne sont pas des litiges immobiliers isolés, mais s’inscrivent dans le cadre d’une politique systématique visant à chasser les Palestiniens de Jérusalem-Est par le biais de lois discriminatoires et de mécanismes soutenus par l’Etat, souligne Amy Cohen, directrice du plaidoyer chez Ir Amim. Derrière les procédures judiciaires se cache un projet politique coordonné visant à remodeler la ville et à affaiblir la présence palestinienne. »
L’extrême droite et les mouvements de colons n’entendent pas s’arrêter là. L’association Regavim, dont M. Smotrich a été un des fondateurs, très contestée par les organisations de défense des droits des Palestiniens, mais très influente au sein de la droite nationaliste, a rendu publique devant la Knesset, fin novembre 2025, une étude avançant le chiffre, non vérifiable, de 2 500 constructions illégales érigées à Jérusalem-Est en vingt-cinq ans. Avec un message explicite en direction de ses alliés au sein du gouvernement : démolir plus vite et plus massivement ces bâtiments habités par des Palestiniens.

Luc Bronner
Le Monde du 08 janvier 26

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