« Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2 », sort en salles ce mercredi, 28 janvier 2026. Le film d’Olivier Azam et Daniel Mermet éclaire l’histoire états-unienne sous un autre jour à partir du travail colossal du grand historien. Indispensable pour comprendre notre présent.
« Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs. » Ce proverbe africain, qui colle si bien au travail d’Howard Zinn, introduit la deuxième partie d’une entreprise colossale à laquelle se livrent Olivier Azam et Daniel Mermet, depuis qu’en 2003, ils découvrent aux éditions Agone Une histoire populaire des États-Unis (de 1492 à nos jours).
Un énorme pavé de l’historien américain Howard Zinn, un livre écrit et augmenté entre 1980 et 2005, qui provoque alors un séisme aux États-Unis tant il bouscule le récit officiel, le grand roman national relaté dans les livres d’histoire et une partie du cinéma hollywoodien.
Le livre se propage dans les universités, on l’évoque dans des sitcoms populaires, son impact est immense. Il dérange les tenants de l’historiographie dominante qui passait sous silence le génocide indien, l’esclavage, l’histoire du mouvement ouvrier, les grèves, les guerres impérialistes, les répressions, la solidarité…
Une campagne se déchaîne contre Howard Zinn, une croisade féroce pour discréditer son travail, orchestrée par les tenants du libéralisme et par tous ces affairistes et politiciens qui défendent bec et ongles l’American Way of Life, le mythe du pays fondateur de la démocratie. Parmi eux, parmi ceux qui dénoncent un livre « malsain », Donald Trump. Il n’est pas encore le président des États-Unis mais un milliardaire dévoré d’ambition qui, dans ses diatribes, dénonce les méfaits du livre de Zinn sur la jeunesse américaine.
Une œuvre d’utilité publique
Dix ans après la première partie, cette deuxième tombe à pic, tant ce qui se passe aujourd’hui dans le monde, cette accélération de l’histoire nous oblige à regarder le passé pour ne pas subir, ne pas être les lapins de ce dérèglement mondial.
À partir de témoignages, d’entretiens avec Howard Zinn qu’ils ont longuement rencontré de son vivant, d’images d’archives précieuses et impressionnantes, d’un montage au cordeau qui fait des allers-retours dans l’histoire, le film d’Azam et Mermet fait œuvre d’utilité publique et nous donne rendez-vous avec un présent américain qu’on voudrait nous faire croire émanant de la folie d’un seul homme, alors qu’il est le fruit d’un système fondé sur l’oppression, la violence, la répression.
Loin d’être accablant, le film nous éclaire sur ce qui se joue aujourd’hui aux États-Unis et, par ricochet, dans le monde. Qui se souvient de Henry Ford si ce n’est à travers le prisme du grand constructeur automobile visionnaire qui a bouleversé l’industrie ?
Outre sa chasse aux syndicalistes et aux communistes dans ses usines, il est l’auteur du Juif international, qui sera le livre de chevet du chef des Jeunesses hitlériennes comme ce dernier l’avouera lors du procès de Nuremberg. Qui se souvient de l’affaire des Neuf de Scottsboro, neuf jeunes Afro-Américains accusés de viol par deux jeunes filles en 1931 ? Le film s’attarde sur cet épisode à juste titre tant il est révélateur d’un racisme systémique qui sévit encore aujourd’hui.
Et pourtant, le film renvoie à la résistance du peuple américain, de cette gauche américaine qui semble renaître de ses cendres, depuis les mobilisations massives contre l’exécution de Sacco et Vanzetti aux marches pour les droits civiques, des grandes grèves des Bread and Roses à celle des précaires des Starbucks à New York et là, en ce moment, aux mobilisations contre les rafles organisées par la milice de Trump. Voilà ce que nous raconte ce film. L’histoire a bien rendez-vous avec le présent, et n’oublions jamais, ce sont les peuples qui l’écrivent.
Marie-José Sirach
L'Humanité du 27 janvier 26
Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2, d’Olivier Azam et Daniel Mermet, France, 1 h 52, en salles le 28 janvier
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