| Avec Trump, un point de bascule diplomatique et interventionniste est atteint.© Yuri Gripas/UPI/ABACAPRESS.COM |
Dernier coup d’éclat en date, son fameux « conseil de la paix », présenté comme clef de voûte de son plan pour Gaza en 20 points, annoncé le 29 septembre et qu’il s’est empressé de soumettre au Conseil de sécurité de l’ONU. C’était au mois de novembre. Sur ses 15 membres, 13 ont adopté la résolution 2803 et 2 (Chine et Russie) se sont abstenus. Combien de ces pays ont-ils réellement pensé que la mise sur pied d’une telle entité permettrait d’avancer vers une réelle paix à Gaza et la création d’un État palestinien ?
Toujours est-il que personne n’a pu s’y opposer. Les réels buts de Donald Trump apparaissent maintenant au grand jour. Les Nations unies se sont fait rouler dans la farine. L’apprenti est devenu arnaqueur. Le Conseil de sécurité croyait acheter une chose, le président états-unien lui en a vendu une autre.
Une officialisation à Davos
Au sommet, bien évidemment, Donald Trump lui-même. Empereur avec droit de vie et de mort sur les membres de sa cour quasiment désignés, il s’est constitué une garde rapprochée : Steve Witkoff, son envoyé spécial au Moyen-Orient ; Jared Kushner, son gendre ; Ajay Banga, président de la Banque mondiale ; et – peut-être dans le rôle du bouffon – l’ancien premier ministre britannique Tony Blair. Donald Trump a envoyé des invitations à l’Albanie, l’Argentine, l’Égypte, la Hongrie, l’Inde, la Turquie et le Vietnam ainsi qu’à la Russie et, bien évidemment, à ses (encore) alliés de l’Europe de l’Ouest.
La France refuse, pour l’instant, d’en faire partie, sentant le danger et l’éloignement par rapport aux principes de l’ONU. La cérémonie officielle avec intronisation doit avoir lieu ce jeudi 22 janvier, lors du forum économique mondial de Davos, où l’hôte de la Maison-Blanche s’est exprimé la veille.
Le mandat octroyé par sa seigneurie Trump 1er est de trois ans sauf pour ceux qui peuvent payer, en « cash » (sic) est-il précisé, 1 milliard de dollars. Tout cela semble délirant, digne d’un Caligula ou d’un Néron. Mais, en réalité, le plan est bien pensé, ne doit rien au hasard et s’inscrit totalement dans la stratégie de Donald Trump et de son vice-président, J. D. Vance.
Les objectifs des États-Unis sont clairs : maintenir leur prééminence et leur prédominance sur le monde, politiquement, économiquement et financièrement. L’affrontement avec le géant chinois a déjà commencé. Il s’agit donc pour Washington d’opérer une rupture significative avec l’existant pour contrecarrer tout ce (et tous ceux) qui pourrait obérer sa puissance. Les analystes de la Maison-Blanche le savent, l’un des dangers provient des Brics +.
En 2024-2025, les pays qui le composent (à l’origine le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, et désormais rejoints parl’Arabie saoudite, l’Iran, l’Égypte, l’Éthiopie et les Émirats arabes unis) ont dépassé le G7 (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon) en termes de PIB ajusté en parité de pouvoir d’achat, représentant plus de 32 % de la production mondiale, tandis que le G7 se situe autour de 29 à 30 %.
L’un des buts des Brics + est de réduire la position prééminente du dollar dans la finance mondiale. Si la liquidité et la stabilité du billet vert contribuent à sa domination actuelle, les Brics + remodèlent déjà les systèmes financiers en développant les échanges de devises locales et en créant des institutions alternatives.
Un impérialisme 2.0
Pour les États-Unis, il convient de stopper l’hémorragie (de nombreux pays, dont des alliés, lorgnent les Brics +, dominés par la Chine et la Russie) d’autant plus rapidement que, ces dernières années, ce qu’on appelle le Sud global (autrefois pays en voie de développement) a montré sa volonté d’intervenir dans le concert des nations et de ne plus laisser les nations occidentales décider du sort de la planète. Une attitude visible à l’ONU.
À l’évidence, Trump ne veut plus des Nations unies (qu’il a contribué à rendre inopérantes notamment pour aider son allié indéfectible, Israël), l’organisation qui inscrit dans sa Charte la défense de la paix et l’autodétermination des peuples, comme défini en 1945. Il entend imposer son conseil de la paix, qui établit que celui-ci « est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime et à garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par des conflits ». Sous cette couche de mots, la captation de juteux marchés financiers.
En même temps qu’il montre les muscles, souffle le chaud et le froid et gruge ses anciens alliés, Donald Trump met en place de nouvelles structures pour avoir les coudées franches. Un impérialisme 2.0 en quelque sorte.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 21 janvier 26
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