La focalisation du président états-unien sur le programme nucléaire iranien répond aux objectifs stratégiques d’Israël. Face à la menace, Téhéran multiplie les contacts régionaux afin d’éviter l’escalade.
Donald Trump se garde bien d’évoquer le renversement du pouvoir iranien. En se concentrant sur le massacre des manifestants, le président des États-Unis peut donner à ses menaces d’intervention des allures d’opération humanitaire. Sur son réseau Truth social, le milliardaire a averti Téhéran que « le temps était compté » avant une potentielle attaque.
Pour appuyer le caractère menaçant de la République islamique, Donald Trump en est venu au but : « Espérons que l’Iran acceptera rapidement de s’asseoir à la table et de négocier un accord juste et équitable – PAS D’ARMES NUCLÉAIRES. » L’Iran a déjà confirmé être prêt à négocier, mais pas sous la menace. Le chef de l’armée, le général Amir Hatami, s’est ainsi dit prêt à une « riposte écrasante »
Donald Trump relaie en cela les objectifs stratégiques d’Israël qui a toujours présenté le programme nucléaire iranien comme une « menace existentielle », sans dire mot de ses propres capacités. Tel-Aviv, qui serait, selon certaines informations, en train de mobiliser ses réservistes, était passé à l’attaque en juin 2025, mobilisant plus de 200 avions de chasse contre des sites nucléaires et militaires à travers tout le territoire iranien, avec l’aide de Washington.
Cette guerre dite « des douze jours » a néanmoins laissé un goût d’inachevé au premier ministre Benyamin Netanyahou. Selon un haut responsable états-unien, cité par le New York Times, le premier ministre israélien aurait toutefois demandé à Donald Trump de reporter ses projets d’attaque par peur des représailles iraniennes. Les navires de guerre états-uniens se sont rapprochés du Golfe persique, mais Tel-Aviv considère que les frappes ciblées, évoquées outre-Atlantique, ne suffiraient pas à déstabiliser la République islamique.
L’UE accompagne la campagne belliciste
Reste une option à Téhéran : garantir la sécurité dans son environnement proche. Lors d’un échange avec le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, ce dernier aurait garanti au président iranien Massoud Pezeshkian que Riyad n’autoriserait pas l’usage de son territoire pour une attaque. Le ministre saoudien de la Défense s’est rendu, ce 29 janvier à Washington, pour appuyer l’option diplomatique.
Le Qatar a quant à lui redit sa disponibilité pour des négociations en vue d’une désescalade. Autre grande puissance régionale, la Turquie, qui a actuellement toute l’attention de Donald Trump, se pose également en médiatrice potentielle. En parallèle, Ankara se tient prête à renforcer sa frontière avec l’Iran, déjà traversée par un mur de 380 kilomètres, sans évoquer cependant l’idée d’une zone tampon.
Dans ce paysage, l’Union européenne s’inscrit dans un suivisme déconcertant. Elle qui n’a pas été en mesure d’appliquer la moindre sanction contre Israël à l’aune du génocide à Gaza, est tombée d’accord, ce 29 janvier, pour désigner les gardiens de la révolution comme une « organisation terroriste », a annoncé la cheffe de la diplomatie Kaja Kallas.
Le ministre de l’Intérieur et le chef de la police sont également visés par des sanctions. « Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte », a-t-elle menacé. Une manière de préparer l’opinion à une intervention imminente qui, loin d’améliorer le quotidien des Iraniens, aggravera la situation locale et régionale au grand bénéfice d’Israël.
Lina Sankari
L'Humanité du 29 janvier 26
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