À New York, Zohran Mamdani, premier maire socialiste et musulman, entre en fonction

 

Premier maire musulman de la ville, Zohran Mamdani a prêté serment sur un exemplaire du Coran ayant appartenu à un écrivain et historien pionnier de l’histoire des Africains-Américains, Arturo Schomburg, figure du quartier de Harlem.© Amir Hamja / POOL / AFP
En présence de Bernie Sanders et d’Alexandria Ocasio-Cortez, le premier maire socialiste et musulman de la ville a prêté serment. Il doit désormais s’atteler à la mise en œuvre de son programme de campagne.
À campagne et victoire extraordinaires, cérémonie d’investiture hors des sentiers battus. Élu maire de New York le 4 novembre 2025 avec plus de 50 % des suffrages, le socialiste Zohran Mamdani a choisi de procéder en deux temps pour son entrée en fonction, multipliant les symboles qui sont autant de signaux politiques.
L’acte 1, en petit comité, s’est déroulé mercredi 31 décembre à minuit, alors qu’une foule se massait à Times Square pour le traditionnel décompte de fin d’année. Le nouveau maire de 34 ans se trouvait à quelques kilomètres plus au sud, dans l’île de Manhattan.
Plus précisément, dans une historique station de métro désaffectée desservant autrefois l’hôtel de ville. Le choix du lieu, chef-d’œuvre architectural datant de la création du métro en 1904, ne doit évidemment rien au hasard : Zohran Mamdani y voit le symbole d’« une ville qui osait être à la fois belle » et « capable de transformer la vie des classes laborieuses ».
Le nom de celle qui a dirigé la prestation n’est pas moins anodin : Letitia James. La procureure générale de l’État de New York avait obtenu la condamnation de Donald Trump en 2024 dans une vaste affaire de fraudes puis subi des tentatives (infructueuses) de vendetta politique de la part de l’hôte de la Maison-Blanche. Premier maire musulman de la ville, Zohran Mamdani a prêté serment sur un exemplaire du Coran ayant appartenu à un écrivain et historien pionnier de l’histoire des Africains-Américains, Arturo Schomburg, figure du quartier de Harlem.

Un hommage à Bernie Sanders
L’acte 2, lui, s’est tenu jeudi 1er janvier en début de soirée (heure française), à l’Hôtel de Ville de manière beaucoup plus officielle mais tout aussi symbolique. C’est Alexandria Ocasio-Cortez, qui a été chargée du discours de présentation. La députée de New York depuis 2018, elle aussi membre du DSA (Democratic socialists of America, la plus grande organisation se réclamant du socialisme démocratique aux États-Unis), avait apporté son soutien à Zohran Mamdani dès le début de sa campagne alors qu’il plafonnait à… 1 % des intentions de vote.
La prestation de serment a été menée par une autre figure de la gauche états-unienne : Bernie Sanders, sénateur du Vermont mais natif de Brooklyn, New York. Lors de l’un des derniers meetings de sa campagne, Zohran Mamdani avait rendu un hommage appuyé à Bernie Sanders : « Je parle le langage du socialisme démocratique car Bernie Sanders l’a parlé en premier. »
La scénographie autour du trio majeur de la gauche américaine délivre un double message : il s’agit de changer New York mais aussi la politique américaine ; aucune « normalisation », selon les termes de l’establishment démocrate, n’aura lieu. Zohran Mamdani souhaite notamment transformer l’enthousiasme militant de sa campagne en force de changement pratique.
Avant même l’élection, Bernie Sanders, qui a été maire de Burlington (Vermont) de 1981 à 1989, avait conseillé à la base militante de ne pas se démobiliser : « Quand Zohran sera élu maire, votre boulot ne sera pas terminé. Il aura besoin de vous tous les jours. » Comme un avant-goût de cette nouvelle ère annoncée, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées hier juste après la prestation de serment du nouvel édile, pour une grande « fête de quartier », avec retransmissions sur écrans géants, musiques et performances le long de Broadway.

Garantir “à chaque New-Yorkais tout ce dont il a besoin pour mener une vie digne”
« Le plus dur commence ce 1er janvier 2026 », nous confiait récemment une des chevilles ouvrières du DSA à New York. Zohran Mamdani a renversé l’establishment démocrate en mobilisant des primo-électeurs, jeunes ou abstentionnistes, bravé l’oligarchie new-yorkaise et défié Donald Trump sur la base d’un projet de changement radical.
Pour rendre la ville « plus abordable » – thème central de sa campagne – il a mis en avant trois mesures principales, mais pas exclusives : le gel des loyers dans le secteur encadré (un quart des familles new-yorkaises sont concernées) et la construction de 200 000 logements, la gratuité des bus et la généralisation d’un système de garde d’enfants. Le tout financé par l’augmentation de la fiscalité des plus riches.
« Être un socialiste démocratique à la tête de notre ville, explique-t-il dans un entretien exclusif accordé au magazine progressiste The Nation, c’est avoir l’opportunité de diriger avec une vision qui garantit à chaque New-Yorkais tout ce dont il a besoin pour mener une vie digne, et de traduire cette conviction dans la réalité matérielle quotidienne de ceux qui considèrent cette ville comme leur foyer. »

Christophe Deroubaix
L'Humanité du 1er janvier 26

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