| Un camp de déplacés dans le quartier de Zeitoun, à Gaza, le 14 janvier 2026. JEHAD ALSHRAFI/AP |
Trois mois après que Donald Trump a imposé un cessez-le-feu à Gaza, le 10 octobre 2025, le « plan de paix » du président américain pour l’enclave demeure un chantier tout entier à définir, soumis à l’attention épisodique qu’il porte à ce conflit. Craignant l’inertie, la Maison Blanche a donc fini par annoncer, mercredi 14 janvier, l’ouverture de la « deuxième phase » du plan Trump. Elle entérine, avant toute reprise des négociations, la formation d’un comité national palestinien pour l’administration de Gaza, censé gérer à terme les ruines de l’enclave.
Cet organe est le fruit d’un accord entre les factions palestiniennes, conclu mercredi au Caire. L’Autorité palestinienne (AP) et le Hamas s’y sont entendus sur une liste de technocrates apolitiques, qui devraient être menés par Ali Shaath, un ingénieur, ancien vice-ministre de la planification de l’AP. Originaire de Gaza, M. Shaath a été choisi pour ne gêner personne : ni Israël, qui s’est longtemps opposé à toute implication de l’AP dans l’enclave, ni le Hamas, qui promet de ne remettre ses armes qu’à un gouvernement palestinien.
Mercredi soir, le mouvement islamiste s’est dit prêt à faciliter le travail de ce comité, et à « s’engager dans des approches palestiniennes pour discuter du sujet des armes de la résistance. » Sur le réseau X, l’envoyé du président Trump, Steve Witkoff, a rappelé les objectifs : « La pleine démilitarisation et la reconstruction de Gaza, en premier lieu le désarmement de tous les personnels non autorisés. » Il engageait le Hamas à restituer le corps du dernier otage israélien à Gaza, et omettait de mentionner le retrait que l’armée israélienne doit poursuivre.
La Maison Blanche doit encore annoncer la formation d’un Conseil de la paix, censé superviser le travail des administrateurs gazaouis. M. Trump a souhaité en octobre 2025 en assumer la présidence. Il envisage de s’y entourer d’une quinzaine de chefs d’Etats, selon le site Axios. Une première réunion était évoquée dès la semaine prochaine, durant le Forum économique de Davos, en Suisse. Mais ce projet pourrait être repoussé, et Washington pourrait se contenter pour l’heure d’un comité exécutif du conseil, où siégeraient M. Witkoff et le gendre de M. Trump, Jared Kushner, selon le Financial Times.
Nickolay Mladenov sur le pont
Le futur représentant du Conseil à Gaza, le Bulgare Nickolay Mladenov, s’est déjà rendu en visite en Israël et en Cisjordanie les 8 et 9 janvier. Cet ancien coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix a acquis le respect des parties, en œuvrant jusqu’en 2020 à empêcher l’écroulement de l’enclave sous blocus israélien. Il conserve un souvenir amer de ces négociations indirectes entre Israël et le Hamas, par lesquelles l’armée consentait à desserrer l’étau, en échange d’un calme relatif à la frontière. « Cette logique de pression violente [de la part du Hamas] en échange de concessions [d’Israël] a fini en désastre pour tout le monde [le 7 octobre 2023] », jugeait-il dans un entretien avec Le Monde, en octobre 2025.
Selon le Financial Times, M. Mladenov s’est notamment entretenu, au bureau du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, avec Aryeh Lightstone, un Américain proche des cercles trumpiens. A leur côté se trouvaient des entrepreneurs américains et israéliens que les diplomates de Tel-Aviv surnomment « le groupe du Kempinski », d’après l’hôtel où ils séjournent en ville. « Ils n’ont aucune fonction officielle, mais ils ont l’oreille de Jared Kushner et mènent la danse, selon une logique hors sol d’entrepreneurs du bâtiment », avance l’une de ces sources diplomatiques. M. Lightstone et ces hommes portent un vaste plan immobilier pour Gaza, encore sans financements, que le Wall Street Journal évalue à 112 milliards de dollars (96 milliards d’euros) sur dix ans : le « Project Sunrise » (« aube »).
Avant le cessez-le-feu, ils ont été impliqués dans la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), un système de distribution de l’aide alimentaire chaotique. Des centaines de Palestiniens affamés avaient été tués par l’armée sur ses voies d’accès, avant que la GHF ne se dissolve en octobre. Elle a cédé ses locaux à un Centre de coordination civile et militaire (CMCC), dirigé par un général américain, où Israël tient occupés des diplomates et des militaires de multiples nationalités. Mais l’armée israélienne conserve la main sur les importations dans l’enclave. Elle s’emploie à en écarter plusieurs agences des Nations unies, ainsi que des ONG jugées trop critiques.
Depuis octobre, le Hamas a pour sa part mis au pas des groupes criminels et intimidé de grands clans, en procédant à des exécutions sommaires. La police patrouille de nouveau les rues. Les municipalités assistent les Nations unies pour identifier des terrains où installer des déplacés. Des milliers de policiers palestiniens ont par ailleurs été entraînés par l’Egypte et la Jordanie. Le flou le plus total demeure toujours sur la composition d’une force internationale, censée garantir le cessez-le-feu, tout comme sur le financement de la reconstruction. Depuis le 10 octobre, au moins 447 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne, selon le ministère de la santé de Gaza, sous l’autorité du Hamas, et trois soldats ont péri.
Louis Imbert
Le Monde du 15 janvier 26
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