Guerre à Gaza : « Le logement est la première étape », ces communes de gauche qui accueillent des familles réfugiées gazaouies en France

 

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Des familles d’exilés palestiniens, bénéficiaires du dispositif Pause, ont pu trouver refuge à Bagneux, Saint-Denis ou Corbeil-Essonnes. Dans ces municipalités, la solidarité s’est activée pour surmonter de nombreux obstacles.
Accueillir dans les meilleures conditions possibles, après l’horreur. Plusieurs mairies de gauche s’organisent pour offrir un refuge à des familles réfugiées gazaouies. Plusieurs d’entre elles ont bénéficié du programme Pause, créé au sein du Collège de France et qui vise à mettre à l’abri des chercheurs et des artistes exilés, ainsi que leur famille, dans des établissements d’enseignement supérieur français.
À Bagneux (Hauts-de-Seine), où il existe « une solide tradition d’accueil », la municipalité avait déjà hébergé « deux familles syriennes et une famille afghane », souligne Yasmine Boudjenah, première adjointe (PCF). La municipalité a fait savoir la disponibilité d’un logement, courant 2024, via le réseau de coopération décentralisée avec la Palestine. « Nous disposions d’un quatre-pièces qui pouvait accueillir une famille », explique l’élue.
Grâce au programme Pause, la ville a pu offrir une protection, à partir du mois de janvier, à un couple avec deux enfants. « Le père, Iyad, travaille dans la robotique. Il avait obtenu son doctorat en France quelques années plus tôt et parle le français. Après six mois au Caire, il a pu obtenir un visa « talent », grâce au programme », détaille Yasmine Boudjenah.

« Le gros frein, ce ne sont pas les villes, mais l’État »

Titre de séjour en poche, la famille a atterri à Bagneux, avec le « besoin de se poser ». S’il n’y a pas eu de problème notable pour les loger, « la scolarisation des trois enfants mineurs nous a beaucoup occupés », explique l’adjointe. Même son de cloche à Corbeil-Essonnes où la famille du psychiatre Fadel Afana a trouvé refuge. « Cela a été un parcours du combattant, en termes administratifs, pour scolariser la plus jeune des filles », souffle Max Leguem, directeur de cabinet du maire de cette commune de l’Essonne.
À Saint-Denis, c’est une famille d’architectes gazaouis, les Al Kurd, qui a été accueillie. Ahmed, le père, a pu bénéficier du dispositif Pause et entamer une thèse. Trouver un logement pour accueillir la famille n’a pas été une mince affaire. « On pense souvent que les villes ont des appartements sous la main, mais ce n’est pas toujours le cas », assure Oriane Filhol, adjointe (Génération.s) en charge des solidarités à la Mairie de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), et vice-présidente de Plaine Commune Habitat, le bailleur social qui a accueilli la famille, après deux mois d’attente. Indispensable, « le logement est seulement la première étape », ajoute-t-elle. La famille Al Kurd est accompagnée par une association d’intermédiation pour débloquer l’accès aux droits dont ils peuvent bénéficier.
« Ce serait bien qu’en France, on accueille dignement les gens. Si toutes les villes s’y mettent, même à l’échelle de l’Île-de-France, il n’y aura aucun problème pour leur offrir une protection, et ce dans de bonnes conditions, soutient Oriane Filhol. Le gros frein, ce ne sont pas les villes, mais l’État. » Si la solidarité s’organise dans certaines municipalités, Yasmine Boudjenah y voit toutefois « une petite goutte d’eau dans l’océan de honte qui devrait nous submerger ».

Lily Renaux et Elisabeth Fleury
L'Humanité du 04 juin 2025


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