Depuis quasiment le déclenchement de la guerre Israël-Iran, le 13 juin 2025, les citoyens concernés se lèvent le matin anxieux pour aller à la pêche aux « breaking news ». La question existentielle, Trump a-t-il cédé à la démence belliqueuse ? C’est chose fait ce 21 juin. L’US Air a largué sa tristement fameuse GBU-57, la bombe anti-bunker qui torpille un peu plus la paix. Mais est-ce si surprenant dans la politique étrangère des USA depuis 1945 ?
Soft power versus hard power. Voici les deux piliers de la diplomatie américaine depuis son triomphe sur le nazisme et le fascisme. La question qui se pose ; qui des deux approches l’emportent. Par définition le soft power passe en douce, inaudible, sans faire de dégâts. Que reste-t-il alors sinon les traînées de victimes et de cendres du hard power augmenté à son maximum, par le largage des bombes. Et en cela, les États-Unis d’Amérique, depuis 1945, sont passées maîtres dans l’art de la guerre depuis les nuages.
Premier épisode, unique dans l’histoire de l’humanité. Celui de la première bombe nucléaire sur la ville japonaise d’Hiroshima. L’horreur est autant dans l’effet dévastateur que dans l’aménagement technique et technologique qui l’y mène. Une préméditation lente à coup sûr Hiroshima. Une bombe apocalyptique de 4 tonnes dont le transport nécessite un agencement de la soute du B-29 chargé de la larguer. Plus encore, le machiavélisme technologique ne s’arrête pas en si bon chemin. La bombe est retenue par un parachute. Un attirail de capteurs calcule l’altitude et la pression. Objectif ; exploser au moment opportun pour répandre la mort avec une précision millimétrée.
Second épisode. Nagasaki. Là la préméditation est double. C’est l’explosion nucléaire en série. Une autre bombe nucléaire, sauf que celle-ci est en plutonium et non pas en uranium comme la précédente sur Hiroshima. La différence est palpable pour les scientifiques. Qui des deux matières fissiles allait se montrer plus déprédatrice ? L’horreur dans le Hard Power et le Hard Power dans l’horreur font dans la finesse rationnelle. Face à l’indicible, le philosophe Jean-Paul Sartre, entre moult intellectuels, réagit dans un article dans la revue Combat, en octobre 1945. Il l’intitule : « La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie ». Hélas, ce n’était que « (…) le premier degré de sauvagerie ».
Un peu moins d’une décennie plus tard, c’est la guerre de Corée. Bis repetita. L’obsession de la superbombe. Plus de 550 000 tonnes de bombes lâchées sur les deux Corées. Le Général Mac Arthur réclame à cor et à cri l’utilisation de la mégabombe atomique. Mais la Maison blanche ne l’écoute pas. On se contentera, entre autres, de la Mark-77. La bombe incendiaire à napalm. Ce n’est pas nouveau, Tokyo l’a déjà expérimenté en 1944. Le napalm, c’est la symbolisation de l’enfer au travers d’une bombe qui réduit par le feu et les flammes, mais purifie en même temps l’axe du mal et du maléfice, aussi bien le nipponisme, le bolchevisme que l’islamisme. La bombe incendiaire ne quittera plus les soutes des bombardiers stratégiques pour le demi-siècle qui suit, depuis l’Indochine à l’Irak en passant par l’Afghanistan et le Vietnam.
Le Vietnam justement. 1 660 000 tonnes de bombes sur ce pays. Le napalm y a le vent en poupe. « Les soldats américains présents au Vietnam « éprouvaient une vive répugnance à l’égard de cette arme, en raison notamment de l’odeur de chair brûlée qui accompagnait son utilisation ». Une victime l’emblématise et l’immortalise ; la « Napalm girl » en 1972. Qu’importe. Pas de place aux sentiments dans le Hard Power américain. Comment l’ego viril de l’État-major du Pentagone plierait-il devant l’image d’une « collateral damage » !
La guerre du Golfe. En août 2003, les bombes napalm pleuvent sur la région frontalière irako-koweitienne de Safwan. Le but. Éradiquer par le feu le barrage des soldats de Saddam Hussein pour laisser le champ libre aux forces de la coalition.
L’Afghanistan. Là également, les tentations pour l’utilisation d’une superbombe se font très rapidement jour. La GBU-43/B Massive Ordonance Air Blast ou « mother of all bombs ». La « mère de toutes les bombes » est larguée en Afghanistan dans le district d’Ashun sous l’ère Trump 1, le jeudi 13 avril 2017 ; 10 000 kilogrammes de TNT. Là également toute la panoplie de l’horreur, parachute freinant la descente, capteur GPS pour optimiser les dégâts. L’atrocité technologique dans tout son art. Elle est somme toute l’antichambre du recours au nucléaire.
DE la GBU-43 à la GBU-57, la boucle de l’horreur technologique à l’américaine est bouclée. Sur des sites nucléaires de surcroît ravivant dans le spectre de la catastrophe par l’atome. Trump, le président des GBU. Qui, après cet acte, des hommes et des nations les plus dangereuses au monde, l’Iran et son ayatollah cancéreux ? La Corée du Nord, et un Kim Yong-Un, un autocrate isolé ou Donald Trump, l’illuminé de la Maison Blanche, première puissance militaire de la planète. À bon entendeur…
Par Farid Bahri, historien belgo-marocain.
Tribune - L'Humanité du 24 juin 2025


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