Nétanyahou à Amman pour déminer les tensions avec la Jordanie

 

Benyamin Nétanyahou devait rassurer. Affirmer encore qu’il contrôle ce gouvernement israélien qu’il a formé en décembre 2022 avec l’extrême droite et les partis juifs ultraorthodoxes. Mardi 24 janvier, le premier ministre s’est plié à cet exercice à Amman, auprès du roi Abdallah II de Jordanie. Les deux hommes ne s’étaient pas revus depuis 2018. Leur relation est exécrable.
Début janvier, Amman s’était inquiété d’une visite du ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, sur l’esplanade des Mosquées de Jérusalem (le mont du Temple pour les juifs), dont la monarchie jordanienne est la gardienne. Cet élu d’extrême droite, suprémaciste juif condamné en 2007 pour incitation à la haine et soutien à une organisation terroriste, est le premier officiel israélien à se rendre sur le lieu saint depuis des années.
Il ne fait pas mystère de sa volonté de renverser le statu quo qui y régit la prière depuis 1967, l’année où l’armée israélienne a chassé les forces jordaniennes de Jérusalem-Est. L’Etat israélien avait alors rasé un quartier de la vieille ville, afin de ménager aux fidèles juifs un vaste espace de prière face au mur des Lamentations, vestige du Temple détruit par la légion romaine au premier siècle. Dans le même temps, Israël laissait aux musulmans le privilège exclusif de prier au-dessus du mur, sur l’esplanade des mosquées. Les juifs ne peuvent s’y rendre qu’en simples visiteurs.

Une monarchie affaiblie
M. Ben Gvir soutient les militants juifs, plus nombreux chaque année à briser ce statu quo. Ils traversent le lieu saint chaque matin sous la protection de policiers. Ils mènent des prières collectives à voix haute et des séances d’étude religieuse près de la porte Dorée. Ils s’inclinent et prient silencieusement sous les escaliers qui mènent au dôme du Rocher. Ministre, M. Ben Gvir a autorité sur ces policiers. Tout comme sur ceux qui gardent les entrées et le chemin de ronde surplombant Al-Aqsa, et qui y pénètrent régulièrement pour disperser des manifestants.
Mardi 17 janvier, ces policiers ont interdit à l’ambassadeur jordanien à Tel-Aviv de pénétrer sur l’esplanade des mosquées. Ils lui ont demandé de coordonner sa visite au préalable avec les autorités israéliennes. L’ambassadeur a quitté les lieux, Amman a protesté. La monarchie est d’autant plus sensible à un tel incident, qu’elle est affaiblie par une crise économique sans fin, qui a provoqué en décembre des manifestations en Jordanie. Mardi, le roi Abdallah a souligné « la nécessité de respecter et de ne pas toucher au statu quo historique et juridique sur l’esplanade des Mosquées » . Le bureau de M. Nétanyahou a indiqué pour sa part que la rencontre avait porté sur « des questions régionales » et de coopération.
Au fil des précédents mandats de M. Nétanyahou, la relation entre les deux pays, liés depuis 1994 par un traité de paix froide, n’avait cessé de se dégrader. La Jordanie s’estimait négligée. Les autorités jordaniennes craignent aujourd’hui de voir se répéter les violences perpétrées auprintemps 2021 par la police israélienne sur l’esplanade des Mosquées. Le Hamas palestinien avait alors riposté par des tirs de roquette sur Jérusalem, déclenchant une guerre à Gaza.
Face à Washington et à ses voisins arabes, M. Nétanyahou s’efforce de minimiser l’influence de M. Ben Gvir et de ses alliés d’extrême droite. Il entend distinguer les affaires intérieures d’Israël et sa diplomatie, sur laquelle il a toute autorité. Cette frontière a cependant été brouillée par le coup d’éclat de M. Ben Gvir à Jérusalem. Il avait contribué à repousser un voyage officiel que M. Nétanyahou espérait effectuer aux Emirats arabes unis, le premier de son mandat. Abou Dhabi avait condamné la visite de M. Ben Gvir.Membre non permanentdu Conseil de sécurité des Nations unies, les Emirats avaient demandé que celui-ci, au nom de l’Autorité palestinienne et d’Amman, se réunisse.
Depuis son arrivée au pouvoir, M. Nétanyahou a placé en tête de ses priorités l’élargissement des accords dits d’Abraham, qui ont permis à Israël de normaliser en 2020 ses relations avec plusieurs Etats arabes : les Emirats, Bahreïn, le Maroc et, de façon plus chaotique, le Soudan. Aidé par Washington, il se fait fort d’inclure l’Arabie saoudite dans ce « cercle de la paix ».
Selon plusieurs médias israéliens, dimanche, le ministre des affaires stratégiques, Ron Dermer, un proche de M. Nétanyahou, est allé « en secret » aux Emirats. Il devait y négocier une possible visite du premier ministre, qui a échoué à plusieurs reprises à s’y rendre après la signature des accords de 2020.

Louis Imbert
Le Monde du 26 janvier 2023

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