Des dizaines de milliers de partisans du mouvement des Houthis ont fait une démonstration de force jeudi à Sanaa au lendemain d'affrontements meurtriers avec l'autre composante du camp rebelle qui contrôle la capitale du Yémen depuis trois ans, selon des journalistes sur place.
La tension restait vive jeudi dans plusieurs quartiers de Sanaa où des combattants Houthis et des partisans armés de l'ex-président Ali Abdallah Saleh étaient positionnés dans certaines rues, selon des témoins.
Des Houthis se sont notamment déployés près des résidences de deux neveux de M. Saleh, selon une source proche de l'ancien chef d’État.
Le grand rassemblement des Houthis, à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet, s'est déroulé sur la grande place Sabyine, dans le centre de Sanaa, qui était noire de monde, selon des images de la chaîne de télévision Al-Massira, contrôlée par les Houthis.
En vue de cet évènement, des combattants Houthis ont voulu pénétrer mercredi dans la grande mosquée Saleh, située à proximité de la place, ce qui a provoqué des affrontements avec des partisans de l'ex-président Ali Abdallah Saleh qui la contrôlaient.
Les heurts ont fait cinq morts dans le camp Saleh et neuf chez les Houthis, selon des sources médicales. Une source à l'hôpital Jumhuriya a donné un bilan plus élevé, faisant état de six morts dans le camp Saleh et de dix-huit tués chez les Houthis.
Les Houthis et le camp Saleh sont pourtant officiellement alliés depuis qu'ils se sont emparés de la capitale Sanaa en septembre 2014.
La tension restait vive jeudi également autour de la mosquée Saleh, la plus grande du Yémen, des partisans de M. Saleh occupant des positions à l'intérieur de l'édifice et des Houthis étant positionnés à l'extérieur avec des véhicules militaires surmontés de mitrailleuses, a indiqué un témoin.
Des chefs tribaux ont entrepris des médiations entre les deux parties pour éviter que la situation ne dégénère totalement, selon des sources proches de M. Saleh.
Le camp de M. Saleh considère le mouvement des Houthis comme "entièrement responsable de chaque goutte de sang versé (...) et met en garde contre tous les actes qui, au lieu de servir l'unité nationale, la menace", affirme la formation de l'ex-président dans un communiqué.
De son côté, le ministère de l'Intérieur, contrôlé par les Houthis, a affirmé dans une déclaration: "nous avons été surpris de voir des forces armées dans la mosquée tirer sur la police sans le moindre avertissement, ce qui a entraîné une riposte de la police".
Les Houthis sont issus de l'importante minorité zaïdite, branche dissidente du chiisme. Ils sont soutenus par l'Iran qui nie cependant leur fournir le moindre appui militaire.
Ali Abdallah Saleh, à la tête du Yémen pendant plus de 30 ans, a dû quitter le pouvoir en 2012 à la suite d'importantes manifestations. Il a été remplacé par Abd Rabbo Mansour Hadi, mais celui-ci a été chassé de Sanaa il y a trois ans par l'alliance Houthis-Saleh.
En mars 2015, une coalition formée par l'Arabie saoudite est intervenue au Yémen pour venir en aide aux forces pro-Hadi, mais la situation militaire est quasiment figée, le camp Houthis-Saleh étant maître du nord et les troupes loyalistes contrôlant le sud.
Ce n'est pas la première fois que des tensions éclatent au sein du camp rebelle. En août, des heurts avaient fait trois morts.
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May exhorte Ryad à alléger le blocus pour "éviter une catastrophe"
La Première ministre britannique Theresa May a exhorté l'Arabie saoudite à alléger d'urgence le blocus imposé au Yémen afin d'"éviter une catastrophe" dans ce pays en guerre et menacé de famine, a indiqué jeudi son bureau.
Mme May a rencontré le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane mercredi soir à Ryad dans le cadre d'une tournée au Moyen-Orient qui l'a conduite aussi en Irak et en Jordanie.
Dans une déclaration à la radio-télévision britannique BBC, elle avait promis plus tôt de faire passer "un message fort en Arabie saoudite" au sujet du Yémen, qui connaît "la pire crise humanitaire de la planète", selon les Nations unies.
Le royaume saoudien est à la tête d'une coalition arabe intervenant militairement au Yémen depuis mars 2015 aux côtés des forces gouvernementales contre les rebelles houthis, dans une guerre qui a fait plus de 8.500 morts.
Il avait imposé un blocus complet aux zones contrôlées par les rebelles au Yémen après avoir intercepté début novembre un missile tiré par les Houthis au-dessus de Ryad.
Soumis à la pression internationale, la coalition a récemment permis l'arrivée d'aide dans la capitale Sanaa et dans le port de Salif, tous les deux aux mains des rebelles.
"La Première ministre a clairement fait savoir que le flux des approvisionnements commerciaux (...) devait reprendre si nous voulons éviter une catastrophe humanitaire", a souligné son bureau dans un communiqué.
"Ils se sont mis d'accord sur les étapes à suivre pour trouver une solution à cela", a ajouté la même source, en référence à Mme May et au roi Salmane.
L'Arabie saoudite est le principal partenaire commercial de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient. Les Britanniques ont notamment signé pour plus de 3,3 milliards de livres (3,7 milliards d'euros) de contrats d'armement avec Ryad depuis mars 2015.
Lors de sa tournée, Theresa May a effectué mercredi une visite surprise à Bagdad, où elle a rencontré son homologue irakien Haider al-Abadi. Jeudi, elle a été reçue à Amman par le roi Abdallah II, selon le palais royal.
"Le renforcement des liens dans le domaines économiques, l'éducation et l'emploi ont été évoqués" par la Première ministre britannique dont le pays s’apprête à quitter l'Union européenne.
Le Royaume-Uni a accordé à cette occasion une aide de 127 millions de dollars (106 millions d'euros) pour soutenir l'économie de la Jordanie, largement affectée par les conflits dans les pays voisins, la Syrie et l'Irak, mais aussi pour promouvoir des projets éducatifs, a-t-on annoncé de source officielle à Amman.
Le royaume hachémite accueille plus de 650.000 réfugiés syriens selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. Ils sont 1,3 million, selon les autorités.
En octobre, le royaume jordanien a estimé à plus de 10 milliards de dollars (8,3 milliards d'euros) le coût de sa prise en charge de centaines de milliers de réfugiés syriens depuis le début du conflit en Syrie en 2011.
S'exprimant devant la presse, Mme May a évoqué le danger des groupes extrémistes islamistes dont le "attaques terroristes ne visent pas seulement les gens dans les pays du Moyen-Orient, mais aussi les rues du Royaume-Uni".
Alors que l'ONU mène des négociations à Genève avec les belligérants syriens, elle a plaidé pour une "solution politique au conflit syrien susceptible de neutraliser la menace terroriste" et de permettre le retour des réfugiés.
