La mort de l'écrivain italien Dario Fo, à l'âge de 90 ans, a été annoncée le jour de l'annonce du prix Nobel de littérature 2016, remis à Bob Dylan et dont il avait lui-même été lauréat en 1997. Lorsqu'elle était administratrice de la Comédie-Française, Muriel Mayette-Holtz a mis en scène son spectacle Mystère bouffe et l'a inscrit au répertoire du Français. En marge de l'inauguration, mercredi à la Villa Médicis, d'une exposition sur les 350 ans de l'Académie de France à travers les œuvres des pensionnaires qui s'y sont succédé, elle a évoqué l'auteur, et l'acteur, Dario Fo.
(Propos recueillis par Dominique Dunglas)
Que représente Mystère bouffe dans le panorama du théâtre du XXe siècle ?
C'est une des œuvres les plus importantes de la seconde partie du XXe siècle. D'abord, parce que c'est du vrai théâtre social qui n'a besoin d'aucun autre solfège pour être compris et un théâtre qui part de l'acteur. Dario Fo était un peintre, un metteur en scène, un écrivain, mais tout partait de l'acteur, du clown, dans le sens sublime du terme, qu'il était. C'est la raison pour laquelle j'ai absolument voulu qu'il entre au répertoire du Français, où il a été accepté à l'unanimité. Le théâtre de Fo est un théâtre engagé, mais engagé à travers le rire et accessible à tous. Dario s'inspirait de fables qui viennent de l'histoire orale et collective du Moyen Âge, des fables qu'il a remises au goût du jour. Ce sont des contes qui parlent des gens, qui donnent la parole aux faibles et aux humbles qui, à travers le rire, se vengent. Et ça, c'est universel. Quand il est venu comme metteur en scène à la Comédie-Française, il a mis en scène Le Médecin volant et Le Médecin malgré lui. Il est allé chercher chez Molière les farces qui ont un discours politique fort à travers le rire.
Comment sont reçus ses spectacles en France ?
Issues du Moyen Âge, ses pièces sont intemporelles et ne vieillissent pas. Mais davantage que ses textes, c'est l'acteur qui était aimé. Chez Fo, le dramaturge et l'acteur sont indissociables. Il était capable, à partir de rien, en faisant l'imbécile, de raconter le monde. Il était à la fois un clown et un enfant, c'est ce qui faisait son génie. Il avait l'énergie d'un gosse. On était obligé de tout lui pardonner, y compris ses excès, parce qu'il était excessif. Mais son rire, son masque de rire, a donné une dimension de plaisir qui manque tellement par moments.
L'attribution du prix Nobel à Dario Fo avait soulevé des perplexités en Italie. Des critiques avaient déclaré que c'était davantage le paladin de l'anti-berlusconisme que le grand écrivain qui avait été célébré. Qu'en pensez-vous ?
Comme Eduardo De Filippo ou Georges Feydeau, Dario Fo a été victime du préjudice qui minimise les auteurs qui sont avant tout des hommes de scène, des comédiens. Il y a la suspicion qu'ils ne sont pas de grandes plumes. Dario Fo n'était pas un écrivain littéraire. On a été obligés de réécrire Mystère bouffe parce qu'il l'avait écrit dans un langage d'acteur. Mais ça ne rend pas l'œuvre moins importante pour autant. Quant à son engagement, toutes les grandes œuvres sont engagées ! Dario Fo a remis le théâtre au cœur de la cité, comme Jean Vilar. Il allait dans les usines pour faire du théâtre utile. À travers les fables du Moyen Âge, il était capable de brasser l'actualité du monde. Dans sa vie intime, il a pris des positions politiques très différentes. C'est le parcours anarchique d'un acteur-auteur qui veut être utile et s'exprimer. D'un point de vue politique, ça peut se critiquer. Mais d'un point de vue artistique, Dario Fo est un immense monsieur.
Il formait avec sa femme Franca Rame un couple fusionnel aussi bien à la scène qu'à la ville. Qu'aurait été Dario Fo sans Franca Rame ?
Dario Fo était un homme de plateau, de troupe, d'équipe. Dans le couple, il a mis en scène Franca et Franca l'a influencé. Ils étaient insupportables, mais géniaux. Ils ne pouvaient pas vivre l'un sans l'autre, comme les artistes de cirque ou les acteurs de chez Mnouchkine. La famille et le groupe prennent le pas sur le reste. On ne peut pas différencier Franca de Dario. Et il y a quelque chose qui s'est déchiré pour lui quand Franca est morte.
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