La Tunisie a annoncé vendredi la levée de l'état d'urgence, réintroduit
après l'attentat sanglant de Sousse, à la faveur d'une accalmie
sécuritaire dans le pays, confronté à une montée du danger jihadiste
depuis la révolution de 2011.
"L'état d'urgence, annoncé le 4 juillet et prolongé le 31 juillet, se
termine aujourd'hui sur tout le territoire", a indiqué la présidence de
la République dans un communiqué.
"Il avait été prolongé pour deux mois et cette période se termine" à
minuit, a déclaré à l'AFP le porte-parole de la présidence, Moez
Sinaoui, sans autre commentaire.
L'état d'urgence, qui accorde des pouvoirs d'exception aux forces de
l'ordre, avait été réintroduit huit jours après l'attaque jihadiste la
plus sanglante de l'histoire de la Tunisie (38 morts), puis prolongé
pour deux mois fin juillet face à la persistance de menaces.
"Les causes (ayant conduit à son instauration) sont toujours là. On est
en guerre contre le terrorisme", avait alors relevé M. Sinaoui.
Le 26 juin, 38 touristes, dont 30 Britanniques, ont été tués lorsqu'un
étudiant tunisien armé d'une Kal achnikov a ouvert le feu dans un hôtel
de Port El Kantaoui, près de Sousse. L'attentat a été revendiqué par
l'organisation Etat islamique (EI), tout comme celui qui avait visé des
touristes au musée du Bardo à Tunis le 18 mars (21 touristes et un
policier décédés).
L'auteur de l'attentat de Sousse, formé selon les autorités au maniement
des armes en Libye voisine --pays en plein chaos--, a été enterré
mercredi dans la plus grande discrétion et sous étroite surveillance à
Gaâfour (nord-ouest), plus de trois mois après avoir été abattu par la
police.
La levée de l'état d'urgence intervient à la faveur d'une période
d'accalmie sécuritaire. Interrogé pour savoir si cette mesure en
constituait un témoignage, le porte-parole de la présidence a répondu
par l'affirmative, sans autre déclaration.
Ces dernières semaines, les autorités ont annoncé l'arrestation de
plusieurs dizaines de personnes soupçonnées de "terrorisme", et "15
cellules" au total ont été démantelées depuis l'attentat du Bardo, a
indiqué à l'AFP le chargé de communication du ministère de l'Intérieur,
Walid Louguini.
Mercredi soir, selon ce ministère, deux véhicules chargés d'armes et
d'explosifs, ainsi que des documents portant la marque de l'EI, ont été
interceptés à la frontière libyenne, où Tunis a entrepris la
construction d'un mur. Ses occupants ont pris la fuite à bord d'une
autre voiture en direction du territoire libyen, d'après la même source.
- Crise du tourisme -
La menace reste néanmoins perceptible dans le pays, qui fait face,
depuis la révolution de 2011, à une montée d'une mouvance jihadiste
extrémiste, responsable selon les autorités de la mort de dizaines de
touristes mais aussi de soldats et d'agents de sécurité. La Tunisie
reste l'un des plus touchés par le phénomène d'enrôlement de
ressortissants --plusieurs milliers-- par des groupes jihadistes.
Début septembre, l'avenue Habib Bourguiba, artère principale de Tunis, a
ainsi été en grande partie interdite aux véhicules pendant plusieurs
jours en raison de "menaces".
Les Tunisiens avaient déjà vécu plus de trois ans sous état d'urgence,
du 14 janvier 2011, quelques heures avant la fuite du dictateur Zine El
Abidine Ben Ali, à mars 2014.
Cette mesure permet notamment aux autorités d'interdire les grèves et
les réunions "de nature à provoquer ou entretenir le désordre", de
fermer provisoirement "salles de spectacle et débits de boissons" ainsi
que de "prendre toute mesure pour assurer le contrôle de la presse et
des publications de toute nature".
Son rétablissement avait suscité des interrogations, certains craignant
une restriction des libertés et une criminalisation des mouvements
sociaux sous couvert de lutte antiterroriste.
Si une manifestation a été dispersée par la force début septembre à Tunis, d'autres rassemblements ont pu se tenir normalement.
Les attentats du Bardo et de Sousse ont par ailleurs gravement affecté
le tourisme, secteur vital pour l'économie de la fragile démocratie
naissante.
De source officielle, le nombre d'entrées en provenance d'Europe a ainsi
chuté de moitié depuis janvier, et plusieurs voyagistes (Club Med,
Marmara) ont annoncé la fermeture de leurs établissements tunisiens pour
le prochain hiver.
(02-10-2015
- Avec les agences de presse)
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