Après cent jours de conflit et l’entrée en vigueur, le 8 avril, d’un fragile cessez-le-feu, les explosions et alertes ont de nouveau retenti à Téhéran et Tel-Aviv. En cause : les attaques israéliennes contre Beyrouth.
Donald Trump s’évertue à jouer sur les deux tableaux. Depuis deux semaines au moins, il tente de contenter en même temps l’Iran et Israël, au moins en paroles. Mais il en est pour ses frais, comme viennent de le montrer les échanges de missiles qui ont repris le 7 juin au soir entre Téhéran et Tel-Aviv.
Une situation qui pourrait faire de nouveau basculer le Moyen-Orient dans une guerre incontrôlable. Lundi, l’Iran a donc lancé une série d’attaques contre Israël, qui a riposté en frappant le centre et l’ouest du pays. Il s’agissait de leur premier échange de tirs depuis le cessez-le-feu au début du mois d’avril.
De la part de Téhéran, il semble surtout qu’il s’agit d’une mise en garde. Ainsi, l’état-major iranien a déclaré avoir « infligé une riposte sévère » à Israël à la suite de ses attaques contre le Liban, notamment les frappes de dimanche aux abords de Beyrouth.
« En conséquence, les opérations des forces armées sont déclarées suspendues ; toutefois, il est souligné que si les agressions et les actes de sabotage se poursuivent – y compris au Liban du Sud – des mesures bien plus sévères et dévastatrices seront prises. » En revanche, un responsable militaire israélien a déclaré que son pays était prêt à mener des frappes militaires contre l’Iran selon diverses options, allant de quelques jours à « aussi longtemps que nécessaire ».
Le détroit d’Ormuz toujours bloqué
Ce qui s’est passé ce lundi représente un premier épilogue au bras de fer qui se joue autour d’une prolongation du cessez-le-feu entre Washington et Téhéran. Une prolongation d’autant plus importante qu’elle pourrait ouvrir la voie à de véritables négociations. Or, l’Iran a toujours considéré que la guerre menée contre lui se trouvait totalement liée à celle menée par Israël au Liban. Donald Trump a, ces dernières semaines, voulu jouer sur les deux tableaux parce que son premier souci reste d’obtenir l’ouverture du détroit d’Ormuz.
Une voie stratégique par laquelle transitent habituellement environ 20 % des hydrocarbures mondiaux. En affirmant vouloir empêcher Israël de frapper au Liban, la Maison-Blanche a donné des gages aux Iraniens. Benyamin Netanyahou n’a pas obtempéré. D’où ce simulacre de tension entre le premier ministre israélien et le président états-unien la semaine dernière.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a expliqué que Téhéran échangeait des messages avec Washington dans un climat de « méfiance extrême ». Les actions d’Israël au Liban, qu’elles aient été menées avec ou sans l’aval des États-Unis, visaient à saboter la diplomatie, a-t-il ajouté. « Les États-Unis portent la responsabilité directe de toute action entreprise par le régime sioniste visant à violer la paix et la sécurité régionales contre l’Iran. Personne ne peut croire que le régime israélien entreprendrait une quelconque action sans coordination avec les États-Unis. »
Preuve d’un possible engrenage, les Houthis du Yémen ont promis dans un communiqué de bloquer la navigation maritime israélienne en mer Rouge et ont affirmé avoir également tiré des missiles. Ce qui explique le fait que des représentants d’Égypte, d’Arabie saoudite, de Turquie, du Pakistan et du Qatar ont exhorté l’administration Trump à faire pression sur Israël afin qu’il mette fin à ses frappes contre l’Iran et Beyrouth. Ils ont également appelé les autorités iraniennes à cesser leurs attaques contre Israël.
Sans doute aussi pour apaiser les tensions, Trump a déclaré que des négociations étaient en cours en vue d’un cessez-le-feu entre Israël et l’Iran, sans toutefois fournir de détails. Il apparaît donc évident maintenant que les dossiers libanais et iranien doivent être traités de concert. Ce qui ne va pas faciliter la tâche du gouvernement libanais. Celui-ci a accepté de mener des négociations directes avec Tel-Aviv, malgré les dénonciations du Hezbollah.
« Les négociations finales sur la « paix » se poursuivent, sous réserve que l’ignorance ou la stupidité ne viennent pas s’y opposer », a posté Donald Trump sur son réseau Truth Social. Le milliardaire et roi de l’immobilier cherche une issue au conflit, très impopulaire aux États-Unis, à l’approche des élections de mi-mandat en novembre prochain.
Le président iranien, Massoud Pezeshkian, assure, lui, sur X, n’avoir quitté « ni le champ de bataille ni la table des négociations ». Outre le Liban, les points d’achoppement restent nombreux : le contrôle du détroit d’Ormuz, le programme nucléaire iranien et son stock d’uranium hautement enrichi ou le sort des avoirs de Téhéran gelés à l’étranger sous l’effet des sanctions.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 08 juin 2026
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