| Fadwa Barghouti, en mars 2021, à Ramallah, en Cisjordanie.© Abbas Momani/AFP |
Avocate, Fadwa Barghouti se bat depuis plus de vingt ans pour la libération de son époux, Marwan Barghouti. Malgré son emprisonnement, tous les sondages réalisés montrent qu’il reste l’homme politique le plus populaire en Palestine et donné vainqueur d’une élection présidentielle, y compris face au Hamas.
Marwan Barghouti est enfermé depuis vingt-trois ans. Gardez-vous espoir, bien qu’il ne figure pas sur la liste des prisonniers libérés lors de l’échange récent ?
Vous savez, la campagne pour sa libération a démarré en France, peu après son arrestation. C’est un combat difficile, épuisant, mais ce qui nous donne de la force, c’est de voir que vous êtes toujours restés à nos côtés. Bien sûr, nous avons été très déçus quand nous avons vu que Marwan n’a pas été libéré dans le cadre de l’échange des 500 prisonniers contre les Israéliens retenus à Gaza.
Malgré cela, nous ne pouvons pas nous permettre le luxe du désespoir. Nous avons le devoir de continuer le combat. Ils n’arriveront jamais à casser notre moral et notre détermination. Ce combat ne concerne pas seulement Marwan, c’est un combat pour la liberté de la Palestine et pour notre peuple.
Comment réagir face à cela ?
Depuis le début, nous avons toujours levé le drapeau des valeurs humaines, des valeurs de l’humanité. Notre combat s’inscrit dans le cadre du droit international, du respect du droit humain. Israël a fait en sorte de briser toutes ces notions, de s’affranchir de toute règle, de se permettre toutes les agressions qu’elles soient physiques, sexuelles ou qu’elles atteignent la dignité même des Palestiniennes et des Palestiniens.
Nous n’assistons pas simplement à des attaques contre Marwan et contre les hommes mais contre les droits humains en général. C’est pour cela que nous continuons à brandir le drapeau de la dignité humaine et de la défense du droit.
Plus de 800 000 Palestiniens sont passés par la prison. Plus de 32 000 ont été arrêtés ces deux dernières années. Il y a maintenant plus de 10 500 détenus dans les prisons israéliennes et parmi eux, seuls 1 500 ont été jugés ; 4 000 sont en détention administrative, c’est-à-dire que ni eux ni leurs avocats n’ont accès au dossier.
Ils ne savent pas de quoi ils sont accusés et peuvent rester enfermés sans procès pour une durée indéterminée. Au moment de l’échange de prisonniers, Israël a fourni les noms de 1 460 Palestiniens. Beaucoup de Gazaouis ont été arrêtés, dont on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Il n’y a aucune information.
Aujourd’hui, comment entendez-vous relancer la campagne ?
Marwan fait partie des 25 plus anciens prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes. Depuis vingt-quatre ans, nous menons ce combat avec le Réseau Marwan Barghouti et le Comité international pour la libération de Marwan Barghouti et l’ensemble des prisonniers.
Aujourd’hui, il faut arriver à trouver un nouveau souffle, un nouvel élan. Il faut mener un combat beaucoup plus fort, beaucoup plus intense. Évoquer le nom de Marwan Barghouti, c’est mettre l’ensemble des prisonniers palestiniens et même l’ensemble des Palestiniens sur le devant de la scène.
Le modèle que nous suivons depuis le début, c’est le modèle de Nelson Mandela. Lorsque l’Afrique du Sud se trouvait sous un régime d’apartheid, des combats ont été menés à travers le monde contre la ségrégation, personnifiés par Nelson Mandela.
On voit bien, à travers les attaques que Marwan subit en prison, mais également à travers les sondages parmi la population palestinienne, qu’il est celui qui, aujourd’hui, représente le combat du peuple palestinien, qu’il est le plus populaire et donc le plus dangereux pour l’occupation. Voilà pourquoi son visage doit représenter ceux des milliers de Palestiniens enfermés. Il faut forcer Israël à libérer Marwan Barghouti et, avec lui, l’ensemble des prisonniers palestiniens.
Vous êtes venue à plusieurs reprises à la Fête de l’Humanité pour populariser ce combat. Comment pensez-vous qu’il faille maintenant lier cette campagne en France avec celle menée dans le monde entier ?
Il faut un travail collectif, coordonné avec la campagne internationale qui travaille sur deux axes : l’axe populaire, donc s’adresser aux peuples, aux associations, aux sociétés civiles ; et l’axe officiel, concentré sur les autorités des pays pour qu’elles fassent pression sur Israël.
Je préside la campagne internationale et nous souhaitons vivement qu’elle réussisse. Il faut que toutes les forces de lutte s’unissent, renforcent le combat et unifient leurs voix sur un nom, celui de Marwan Barghouti.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 27 novembre 25
Liberté pour Marwan Barghouti, le symbole de la libération du peuple palestinien
Marwan Barghouti est injustement incarcéré, parmi les 10 500 prisonniers politiques palestiniens. Prisonnier depuis deux décennies pour avoir combattu l’occupation israélienne de la Palestine, que le droit international juge illégale. Ce député palestinien reste une figure très populaire ; il incarne l’espoir de toute une nation.
À l’heure où Gaza est livrée à la dévastation, au génocide, où le gouvernement israélien menace d’annexer la Cisjordanie, où les réfugiés palestiniens sont livrés à eux-mêmes, la libération de Marwan Barghouti serait un acte fort, un signal, une rupture dans un cycle interminable de violence et d’arbitraire colonial. Défendue par l’Humanité, par toutes les municipalités qui ont fait de ce prisonnier politique un citoyen d’honneur, par des personnalités du monde entier, sa libération est un enjeu politique majeur.
Le Mandela palestinien est une figure unitaire, capable de rassembler son peuple et les multiples courants palestiniens. Cela fait de lui un interlocuteur légitime, tout désigné pour renouer le dialogue avec les Israéliens dans une perspective de paix et de décolonisation, le protagoniste d’une reconstruction palestinienne mobilisant les solidarités régionale et internationale.
« Le premier jour de paix sera le dernier jour de l’occupation », affirmait-il en 2015 en faisant de l’affranchissement du peuple palestinien le préalable à tout processus de négociations futur. Sa libération serait une première étape de la décolonisation, seule voie vers une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens.
L’Humanité lance un appel en ce sens ; il rassemble des personnalités, des forces d’horizons divers, toutes attachées à la paix et aux droits du peuple palestinien. Nous inscrivons cette initiative dans la campagne internationale menée par la femme et les fils de Marwan Barghouti. Le nom de Marwan Barghouti est un symbole de libération du peuple palestinien. Faisons résonner partout l’écho de sa voix, celle de tout un peuple décidé à faire valoir son droit à l’autodétermination.
Fabien Gay
L'Humanité du 28 novembre 25
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